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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119138

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119138

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 8 septembre 2021 sous le n° 2119138 et un mémoire enregistré le 16 septembre 2022, Mme A Robert, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre des solidarités et de la santé a refusé, d'une part, de lui accorder un congé pour invalidité temporaire imputable au service, d'autre part, le versement d'une somme de 7 184,03 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) d'enjoindre au ministre des solidarités et de la santé de lui accorder un congé pour invalidité temporaire imputable au service ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner le ministère des solidarités et de la santé à lui verser la somme de

7 184,03 euros assortie des taux d'intérêt légaux et capitalisation, en réparation des préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'avis préalable de la commission de réforme ;

- la demande adressée à l'administration le 4 mai 2021 était une première demande de congés pour invalidité temporaire imputable au service, indépendante de la transmission de la déclaration d'accident du travail transmise en juin 2019 ;

- la demande adressée à l'administration le 4 mai 2021 constitue donc une nouvelle déclaration d'accident de service, auquel le délai de prescription de 15 jours, illégal car adopté par voie règlementaire et non législative, n'est donc pas applicable ; l'article 47-3 du décret

n° 86-442 du 14 mars 1986 est également illégal en tant qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision contestée est illégale en ce que la responsabilité sans faute, pour risque, aurait dû lui être appliquée et permettre l'indemnisation de son préjudice ; la réparation de ses préjudices aurait également dû être fondée sur la responsabilité pour faute de l'administration découlant à la fois du comportement fautif de son supérieur au cours de l'altercation du

29 mars 2019, du défaut de protection de la santé et de la sécurité des agents de l'antenne de Paris de la Mission nationale de contrôle et d'audit des organismes de sécurité sociale, du délai anormalement long dans lequel l'administration a instruit la déclaration d'accident de service de la requérante et enfin du fait de l'illégalité des décisions des 31 décembre 2019 et

29 septembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le ministre de la santé et de la prévention conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir d'une part que la requête est irrecevable, d'autre part que les moyens soulevés par Mme Robert ne sont pas fondés.

II- Par une requête enregistrée le 1er juin 2022 sous le n° 2212052 et un mémoire enregistré le 19 octobre 2022, Mme A Robert, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle le ministre des solidarités et de la santé a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre des solidarités et de la santé de lui accorder la protection fonctionnelle ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision contestée :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucune enquête administrative n'a été diligentée ;

- est entachée d'erreur de droit et d'appréciation dès lors que la situation de harcèlement moral dont elle est victime est établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le ministre de la santé et de la prévention conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme Robert ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Feghouli,

- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bourgeois représentant Mme Robert.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes visées ci-dessus ont été introduites par un même agent, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, dès lors, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme Robert, secrétaire administrative, est affectée au sein de l'antenne de Paris de la Mission nationale de contrôle et d'audit des organismes de sécurité sociale. Le 29 mars 2019, un différend l'oppose à son chef de service, suite à une arrivée tardive à son poste de travail. Le

7 juin 2019, la requérante transmet à son service des ressources humaines une déclaration d'accident de service qu'elle impute à l'altercation du 29 mars 2019. Le 31 décembre 2019, son administration conclut à l'irrecevabilité de cette déclaration, jugée tardive et rejette également, par une décision expresse du 29 septembre 2020, le recours gracieux introduit par Mme Robert. Par un courrier du 4 mai 2021, la requérante sollicite l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service ainsi que l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Par une première décision attaquée en date du 9 juillet 2021, l'administration a rejeté ces demandes. Par un courrier du 6 octobre 2021, Mme Robert a également demandé à bénéficier de la protection fonctionnelle, estimant faire l'objet de harcèlement de la part de sa hiérarchie. Par la seconde décision attaquée du 6 décembre 2021, le ministre des solidarités et de la santé a rejeté sa demande. Par les deux requêtes jointes, la requérante demande au tribunal l'annulation des décisions du 9 juillet et 6 décembre 2021.

Sur les conclusions d'annulation dirigées contre la décision du 9 juillet 2021

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense

3. Contrairement à ce que soutient le ministre des solidarités et de la santé, la demande de Mme Robert en date du 4 mai 2021 n'est pas un recours hiérarchique à l'égard de la décision du 31 décembre 2019, mais une demande d'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service ainsi qu'une demande d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Dès lors la fin de-non-recevoir ne peut être qu'écartée.

Sur l'octroi d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service suite à l'altercation du 29 mars 2019 :

4. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service () ". L'article 47-2 du décret du 14 mars 1986 précise que : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire, ou son ayant-droit, adresse par tout moyen à son administration une déclaration d'accident de service () accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Un formulaire type est mis en ligne sur le site internet du ministère chargé de la fonction publique et communiqué par l'administration à l'agent à sa demande ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, s'il y a lieu, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant. ". Enfin, aux termes de l'article 47-3 du même décret : " I.- La déclaration d'accident de service ou de trajet prévue à l'article 47-2 est adressée à l'administration dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / Ce délai n'est pas opposable à l'agent lorsque le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 est établi dans le délai de deux ans à compter de la date de l'accident. Dans ce cas, le délai de déclaration est de quinze jours à compter de la date de cette constatation médicale. () / IV.- Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée. / Les délais prévus aux I, II et III ne sont pas applicables lorsque le fonctionnaire () justifie d'un cas de force majeure, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes. ". Aux termes de l'article 13 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 : " La commission de réforme est consultée notamment sur () 2. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les conditions prévues au titre VI bis ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que pour solliciter la reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident et bénéficier du congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire en activité doit en faire la demande en adressant à son administration une déclaration d'accident de service. Cette déclaration doit, en principe, être adressée dans un délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. Toutefois, si un certificat médical relatif aux lésions résultant de l'accident a été établi dans un délai de deux ans à compter dudit accident, la déclaration d'accident de service doit être adressée dans un délai de quinze jours à compter de la date de ces constatations médicales. Les deux délais mentionnés précédemment ne sont néanmoins pas opposables aux fonctionnaires justifiant d'un cas de force majeur, d'impossibilité absolue ou de motifs légitimes.

6. Il ressort des pièces du dossier que suite à l'altercation qu'elle a eue avec son chef de service, le 29 mars 2019, Mme Robert a transmis à son administration le 7 juin de la même année un formulaire de " Déclaration d'accident de service " faisant référence à la fiche " incident " transmise au CHSCT où elle relate le différend avec son chef d'antenne. Cette déclaration était accompagnée d'un certificat médical d'accident du travail faisant état d'un " syndrome anxiodépressif réactionnel à souffrance au travail " en lien avec l'accident survenu le 29 mars 2019. Cette demande, qui contrairement à ce que soutient la requérante, et conformément aux dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, était une demande d'octroi de congé pour invalidité temporaire imputable au service, a fait l'objet d'un rejet par son administration le 29 septembre 2020, que la requérante n'a pas contesté et qui est donc devenu définitif.

7. Il résulte de ce qui précède, qu'à la date de décision attaquée du 9 juillet 2021, la demande d'octroi de congé pour invalidité temporaire imputable au service de Mme Robert avait été définitivement rejetée. Si la requérante soutient, au contraire, que sa demande du 4 mai 2021, était une " première demande " de congé pour invalidité temporaire imputable au service, force est de constater qu'elle était alors nécessairement tardive, compte tenu de la date d'établissement du certificat médical constatant ses lésions au 7 juin 2019 et que son administration était donc fondée à la rejeter. Dès lors, l'ensemble des moyens relatifs à la procédure d'octroi de ce congé, telle l'obligation de saisine préalable de la commission de réforme ou les exceptions d'illégalités de l'article 47-3 du décret du 14 mars 1986 susvisé, sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 9 juillet 2021 doivent être rejetées.

Sur la responsabilité de l'administration

9. En premier lieu, les fonctions de secrétaire administrative au sein d'une antenne de la Mission nationale de contrôle et d'audit des organismes de sécurité sociale ne comportent en elles-mêmes aucun risque particulier. Dès lors, Mme Robert ne saurait utilement soutenir que l'Etat engagerait sa responsabilité sans faute, sur le fondement du risque résultant des tâches qu'il lui faisait exécuter en cette qualité.

10. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le 29 mars 2019, suite à une arrivée tardive de la requérante à son poste de travail, un échange vif a eu lieu entre cette dernière et son supérieur hiérarchique, le chef d'antenne. Ce dernier aurait coupé la parole à la requérante, soucieuse d'expliquer les causes de son retard et lui aurait dit : " Dans cette antenne, on ne respecte pas la hiérarchie, assieds-toi, c'est moi le chef, tu vas m'écouter ". L'ampleur de tels propos, aussi vifs soient-ils, n'excède toutefois pas la manifestation du pouvoir hiérarchique, et ne saurait donc caractériser l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité pour faute.

11. En troisième lieu, Mme Robert soutient que l'Etat a commis une faute en ne prenant pas de mesures pour protéger sa santé. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a pu consulter dès le 1er avril 2019 la médecine du travail qui l'a orientée vers le service de qualité de la vie au travail, qu'un aménagement de son poste a été proposé ainsi qu'une médiation avec son chef d'antenne. Une inspection a également été diligentée dès le mois de juillet 2019 et a permis l'audition de l'ensemble des agents du service de la requérante. Le

27 septembre 2021, la requérante a également été reçue par la cheffe de Mission nationale de contrôle et d'audit des organismes de sécurité sociale.

12. Enfin ni le délai de réponse au recours gracieux de la requérante, ni, en l'absence d'illégalité, les décisions des 31 décembre 2019 et 29 septembre 2020 ne sont constitutifs de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat dans la présente espèce.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les faits invoqués par Mme Robert ne sont pas de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Dans ces conditions, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante doivent être rejetées

Sur les conclusions d'annulation dirigées contre la décision du 6 décembre 2021 refusant la protection fonctionnelle

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

15. La décision attaquée vise, d'une part, l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, et, d'autre part, mentionne les raisons pour lesquelles le ministre des solidarités et de la santé estime que les faits dont se prévaut la requérante ne constituent pas l'une des atteintes prévues par ces dispositions. Ainsi, elle comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

16. En deuxième lieu, Mme Robert ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision contestée des dispositions de l'article 6 quater A de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 1er du décret du 13 mars 2020, lesquels sont relatifs à la mise en place d'un dispositif de signalement des actes de violence, de discrimination, de harcèlement et d'agissements sexistes prévoyant une procédure d'orientation vers les autorités compétentes. Ces dispositions ne sauraient, en tout état de cause, être regardées comme instituant une obligation pour l'administration de procéder à une enquête administrative dans le cadre de l'instruction d'une demande tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, tenant à l'absence de réalisation d'une enquête administrative, doit être écarté.

17. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés ()".

18. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

19. D'autre part, selon les termes de l'article 11 de la même loi, dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ". Il résulte de ces dispositions que des agissements répétés de harcèlement moral sont au nombre de ceux qui peuvent permettre à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

20. Mme Robert soutient qu'elle a été victime, depuis plusieurs années, d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie ayant conduit à la dégradation de ses conditions de travail et de sa santé mentale.

21. Il ressort des pièces du dossier que le 29 mars 2019, suite à une arrivée tardive de la requérante à son poste de travail, un échange vif a eu lieu entre cette dernière et son supérieur hiérarchique, le chef d'antenne. Ce dernier aurait coupé la parole à la requérante, soucieuse d'expliquer les causes de son retard et lui aurait dit : " Dans cette antenne, on ne respecte pas la hiérarchie, assieds-toi, c'est moi le chef, tu vas m'écouter ". Si la requérante évoque par ailleurs l'existence d'autres " agissements harcelants " ou " d'humiliations " de la part de ce même supérieur hiérarchique, force est de constater qu'elle ne les circonstancie pas de manière précise et détaillée à l'exception de la seule altercation du 29 mars 2019 sus-évoquée. Au surplus, il peut être relevé que les allégations très générales sur le comportement maltraitant du supérieur de la requérante ne sauraient être établies par les seuls courriels d'alerte produits par les organisations syndicales, et qu'aucun commencement de preuve de l'exactitude matérielle des allégations qu'ils contiennent ne vient étayer. En outre, le ministre de la santé et de la prévention fait valoir en défense l'attitude conflictuelle de Mme Robert, ce qui ressort clairement du compte-rendu de la réunion organisée 7 juillet 2021 par la cheffe de Mission nationale de contrôle et d'audit des organismes de sécurité sociale avec les autres agents de l'antenne de Paris. Aussi, la seule altercation évoquée du 29 mars 2019, à défaut de faire état d'autres d'événements précis et circonstanciés, ne permet pas de présumer l'existence de faits de harcèlement.

22. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des faits invoqués par Mme Robert pris isolément ou dans leur ensemble, ne peuvent être regardés comme laissant présumer qu'elle aurait été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral. Par suite, l'Etat n'a méconnu ni les dispositions de l'article 6 quinquies ni l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Pour les mêmes motifs, l'Etat n'a pas manqué à son obligation de sécurité, ni porté atteinte à la santé de la requérante.

23. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les requêtes de Mme Robert, en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: Les requêtes de Mme Robert sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Robert et au ministre de la santé et de la prévention.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

Le rapporteur, Le président,

M. B

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2119138 - 221205

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