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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119140

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119140

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantREVAULT D'ALLONNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021, M. G D, représenté par Me Revault d'Allonnes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel le ministre de l'intérieur l'a radié des cadres et admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 16 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de lui permettre de poursuivre son activité au-delà de la limite d'âge ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente ;

- la signature étant illisible, l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'avis défavorable à la prolongation d'activité est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le certificat médical d'inaptitude du 7 juillet 2021 et l'avis défavorable à la prolongation d'activité ne lui ont pas été communiqués avant la décision en litige et qu'il n'a pu formuler d'observations ;

- elle méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle est entaché d'une erreur de fait dès lors que sa demande de prolongation était datée du 9 juillet 2021 et non du 8 juillet 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision procède d'une discrimination en raison de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, la ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

9 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélard,

- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, agent titulaire de la police nationale depuis le 1er octobre 1987, était affecté au service de la brigade des chemins de fer de Paris depuis le 1er septembre 2008. Le 8 juin 2021, il a demandé son maintien en activité sur le fondement de l'article 1-1 de la loi n° 84-834 du

13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public. Par une décision du 12 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande puis, par un arrêté du même jour, l'a radié des cadres et admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du

16 juillet 2021. Le 28 juillet 2021, M. D a présenté un recours gracieux. Par la présente requête, M. D doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du

12 juillet 2021, rejetant sa demande de prolongation d'activité, de l'arrêté du même jour, l'admettant à la retraite, et le rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1 du décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / () les directeurs d'administration centrale (). " Par un décret du 24 juillet 2019, publié au journal officiel de la République française le 25 juillet 2019, M. C B a été nommé directeur des ressources et des compétences de la police nationale. Par une décision du 12 mai 2021, publiée au journal officiel de la République française du 27 mai 2021, M. B a donné délégation à Mme F A, administratrice civile hors classe, cheffe du bureau des gradés et gardiens de la paix, à l'effet de signer les arrêtés portant mise à la retraite des personnels actifs de la police nationale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. " La signature, le nom, le prénom et la qualité de Mme A étant mentionnés en caractère lisibles sur la décision contestée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit, dès lors, être écarté.

4. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que l'avis des supérieurs hiérarchiques de l'agent, relatif à l'intérêt pour le service de son maintien en activité, qui n'est qu'un acte préparatoire à la décision relative au maintien, doive être motivé. Partant, le moyen tiré du défaut de motivation de cet avis doit être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public: " Sous réserve des droits au recul des limites d'âge reconnus au titre des dispositions de la loi du 18 août 1936 concernant les mises à la retraite par ancienneté, les fonctionnaires dont la durée des services liquidables est inférieure à celle définie à l'article L. 13 du code des pensions civiles et militaires de retraite peuvent, lorsqu'ils atteignent les limites d'âge applicables aux corps auxquels ils appartiennent, sur leur demande, sous réserve de l'intérêt du service et de leur aptitude physique, être maintenus en activité. "

6. Le fonctionnaire atteint par la limite d'âge qui lui est applicable sans disposer du nombre de trimestres nécessaires pour obtenir le pourcentage maximum de la pension civile de retraite ne dispose d'aucun droit acquis à être maintenu en activité en application des dispositions précitées de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public. Il en résulte que la décision de ne pas le maintenir en activité au-delà de la limite d'âge n'est pas au nombre des mesures qui ne peuvent légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de faire valoir ses observations ou de prendre connaissance de son dossier, et n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et les règlements.

7. Aucune disposition législative ou règlementaire n'obligeant l'administration à communiquer le certificat médical d'aptitude ou les documents relatifs à l'intérêt du maintien de l'agent en fonctions pour le service, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.

8. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire n'est pas assorti des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.

9. En sixième lieu, contrairement à ce que soutient M. D, sa demande de maintien en activité a été formulée le 8 juin 2021, ainsi que le visent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. En septième lieu, pour rejeter la demande de maintien en activité formulée par M. D, l'administration a estimé, d'une part, que son maintien ne répondait pas à l'intérêt du service, et, d'autre part, que M. D avait été déclaré inapte au maintien dans ses fonctions.

11. D'une part, M. D ne conteste pas avoir rencontré des difficultés dans l'exercice de ses fonctions de garde-frontière. En outre, il ne conteste pas davantage avoir été arrêté pour raison de santé à hauteur de 310 jours pour les année 2020 et 2021. D'autre part, M. D, dont il ressort des pièces du dossier qu'il souffre de deux maladies auto-immunes, n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause le constat d'inaptitude du 7 juillet 2021. Dans ces conditions, l'administration, en rejetant sa demande de prolongation d'activité, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

12. En huitième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison () de leur état de santé (). "

13. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. Les dispositions de l'article 1-1 de la loi du 13 septembre 1984 prévoient le maintien en activité sous réserve de l'aptitude physique de l'agent. En l'espèce, M. D n'apporte aucun élément remettant en cause le constat d'inaptitude du 7 juillet 2021, ainsi qu'il a été dit précédemment. En outre, il ne se prévaut d'aucun élément de fait susceptible de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Dans ces conditions, le moyen tiré de la discrimination en raison de son état de santé ne peut être qu'écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses demandes présentées au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

R. HELARD

La présidente,

C. RIOULa greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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