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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119189

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119189

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL (SELAFA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2021, M. A H, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler le tableau de mutations polyvalent du ministre de l'intérieur publié le 12 juillet 2021 ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a fait droit aux demandes de mutations à la circonscription de sécurité publique de Saint-Nazaire au titre de l'année 2021 de M. D E, de M. C G et de M. F J ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à compter du jugement à intervenir, de l'affecter au sein de la circonscription de sécurité publique de Saint-Nazaire au titre de l'année 2021 ou de réexaminer son dossier, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tableau de mutation ne mentionne ni le nom de son auteur, ni sa qualité, ni ne comporte sa signature manuscrite et méconnaît ainsi l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'est pas établi que les signataires des décisions attaquées disposaient de délégations de signature régulières ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de son droit à bénéficier d'une mutation au sein de la circonscription de sécurité publique de Saint-Nazaire pour lui permettre d'y mener une vie familiale normale, que sa candidature était recevable et a été appuyée par son chef de service et qu'il n'est pas établi que la valeur professionnelle et les points des agents qui y ont été affectés seraient supérieurs aux siens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête de M. H est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas accompagnée du tableau de mutation attaqué ;

- les moyens soulevés par M. H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le décret n°95-654 du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gandolfi,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. H, gardien de la paix, en poste à la sous-direction de la sûreté du service de la protection de Paris depuis le 1er juillet 2019 a, par un arrêté du 22 septembre 2020, été affecté à la sous-direction des ressources et des moyens mobiles du service de la protection à compter du 1er mars 2020. Le 26 mai 2021, M. H a sollicité, dans le cadre du mouvement de mutations polyvalent au titre de l'année 2021, sa mutation à la circonscription de sécurité publique de Saint-Nazaire. Par un télégramme du 29 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a diffusé la liste des agents mutés. M. H demande au tribunal d'annuler le tableau de mutation polyvalent au titre de l'année 2021 et les décisions portant mutations de M. E, de M. G et de M. J.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

3. Si la copie du tableau de mutation produit par le requérant ne comporte ni le nom, ni la qualité, ni la signature de son auteur, il ressort des pièces du dossier que le télégramme du 29 juillet 2021 auquel était joint ledit tableau et diffusant la liste des fonctionnaires mutés au titre du mouvement de mutations polyvalent 2021 est signé par M. K B, cheffe du bureau des gradés et gardiens de la paix. Par suite, le moyen tiré de ce que les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration auraient été méconnues doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, par une décision du 11 mai 2021, publiée au journal officiel de la République française du 27 mai 2021, Mme K B a reçu délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions ou conventions relevant des attributions de la direction des ressources humaines et des compétences de la police nationale, à l'exclusion des décrets, aux fins d'exercice des permanences qu'elle est amenée à assurer. D'autre part, les arrêtés datés du 8 octobre 2021 portant mutations de M. E, de M. G et de M. J, sont signés par Mme M L, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cette fin par une décision du 22 février 2021 publiée au journal officiel de la République française du 24 février 2021. Par suite, les moyens tirés de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'un vice d'incompétence manquent en fait et doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 visée ci-dessus, dans sa rédaction alors en vigueur : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. Priorité est donnée : / 1° Au fonctionnaire séparé de son conjoint pour des raisons professionnelles, ainsi qu'au fonctionnaire séparé pour des raisons professionnelles du partenaire avec lequel il est lié par un pacte civil de solidarité s'il produit la preuve qu'ils se soumettent à l'obligation d'imposition commune prévue par le code général des impôts ; / () / 3° Au fonctionnaire qui exerce ses fonctions, pendant une durée et selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles ; / () ". Aux termes de l'article 25 du décret du 9 mai 1995 visé ci-dessus dans sa rédaction alors en vigueur : " Les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée sont applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale. ".

6. Ces dispositions ne subordonnent la légalité des mutations prononcées lors de ces mouvements de mutations ni au respect d'un régime de priorité, ni à l'observation d'un barème de mutation, lequel, est purement indicatif. En outre, il résulte de ces dispositions que, lorsque dans le cadre d'un mouvement de mutation, un poste a été déclaré vacant, alors que des agents se sont portés candidats dans le cadre de ce mouvement, l'administration doit procéder à la comparaison des candidatures dont elle est saisie en fonction, d'une part, de l'intérêt du service et d'autre part, si celle-ci est invoquée, de la situation de famille des intéressés, appréciée compte tenu des priorités fixées par les dispositions de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984. L'administration doit également tenir compte de l'ancienneté dans le corps, de l'expérience professionnelle et du grade des candidats ainsi que des caractéristiques du poste à pourvoir.

7. En l'espèce, d'une part, si M. H a sollicité sa mutation à la circonscription de sécurité publique de Saint-Nazaire au titre du " rapprochement de conjoint ", il est constant que M. E, M. G et M. J ont sollicité de leur mutation sur le fondement du 3° de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 précité.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. H a intégré les effectifs de la police nationale le 1er février 2008, était affecté au service de la protection de la police nationale depuis le 2 octobre 2013, a bénéficié d'une mise à disposition pour convenance personnelle entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2019 jusqu'à sa réintégration le 1er juillet 2019 et a obtenu, au titre de l'année 2020, la note de 3.

9. Or, il ressort des pièces du dossier que M. G, qui a intégré les effectifs de la police nationale le 1er mars 2002 en qualité de gardien de la paix et qui était affecté à la circonscription de sécurité publique de Cergy-Pontoise à la brigade anti-criminalité de nuit depuis le 1er août 2014, après avoir été affecté à la direction de la sécurité publique de Mamoudzou à compter du 15 mai 2012, a obtenu les notes de 7 au titre des années 2018, 2019 et 2020. Ainsi, M. G bénéficiait d'une notation supérieure à celle de M. H et justifiait d'une ancienneté dans les effectifs de la police nationale plus importante que celle du requérant. Par suite, en décidant de faire droit à la demande de mutation de M. G plutôt qu'à celle de M. H, le ministre de l'intérieur n'a pas, compte tenu notamment de l'expérience professionnelle et des notes de M. G, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il ressort également des pièces du dossier que M. E, qui a intégré les effectifs de la police nationale le 1er février 2007 en qualité de gardien de la paix et qui était affecté à la circonscription de sécurité publique de Lyon depuis le 1er février 2008, a obtenu les notes de 6 au titre des années 2018, 2019 et 2020. Ainsi, M. E bénéficiait d'une notation supérieure à celle de M. H et justifiait d'une ancienneté dans les effectifs de la police nationale plus importante que celle du requérant. Par suite, en décidant de faire droit à la demande de mutation de M. E plutôt qu'à celle de M. H, le ministre de l'intérieur n'a pas, compte tenu notamment de l'expérience professionnelle et des notes de M. E, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. J, qui a intégré les effectifs de la police nationale le 1er janvier 2013 en qualité de gardien de la paix, après avoir été cadet du 1er septembre 2008 jusqu'au 31 août 2009 et policier adjoint du 1er septembre 2009 au 31 décembre 2012, et qui était affecté à la SS/US/PSP de Paris à compter du 1er décembre 2013 avant de rejoindre la brigade anti-criminalité à Paris à compter du 4 septembre 2017, a obtenu les notes de 6 au titre des années 2018, 2019 et 2020. Ainsi, si M. J justifiait d'une ancienneté dans grade de gardien de la paix de la police nationale moins importante que celle de M. I, il bénéficiait d'une notation supérieure à celle de ce dernier. Par suite, en décidant de faire droit à la demande de mutation de M. J plutôt qu'à celle de M. H, le ministre de l'intérieur n'a pas, compte tenu notamment de l'expérience professionnelle et des notes de M. J, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre de l'intérieur, que les conclusions à fin d'annulation présentées pour M. H doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A H et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Ladreyt, président,

- M. Gandolfi, premier conseiller,

- Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 mai 2023.

Le rapporteur,

G. Gandolfi

Le président,

J-P. Ladreyt La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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