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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119243

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119243

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantOSBORNE CLARKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2119243 le 9 septembre 2021, la société Air Canada, représentée par Me Le Mière (cabinet Osborne Clarke), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 janvier 2021 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. A C ainsi que la décision implicite par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique du 9 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'inspection du travail de réexaminer sa demande d'autorisation de licenciement pour motif économique de M. C dans le délai d'un mois à compter du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 8 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 15 janvier 2021 est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la réalité du motif économique du licenciement dès lors qu'elle justifie de ses difficultés économiques ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la nécessité de la suppression du poste en cause ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la régularité de la consultation du comité social et économique ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation quant au choix des catégories professionnelles ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle justifie du respect de l'obligation de reclassement ;

- la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique est illégale par voie de conséquence.

Par un mémoire, enregistré le 23 juin 2022, la société Air Canada, représentée par Me Le Mière, conclut au non-lieu à statuer compte tenu de l'intervention de la décision du 2 novembre 2021 par laquelle la ministre du travail a, d'une part, retiré sa décision implicite de rejet du 10 juillet 2021, d'autre part, annulé la décision de l'inspectrice du travail du 15 janvier 2021, enfin, autorisé le licenciement pour motif économique de M. A C, et à ce que la somme de 8 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le litige a perdu son objet compte tenu de l'intervention de la décision du 2 novembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête.

Il soutient que le litige a perdu son objet compte tenu du retrait, par la décision du 2 novembre 2021, des décisions attaquées.

Par des mémoires, enregistrés les 22 février 2023 et 7 avril 2023, la société Air Canada, représentée par Le Mière, conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, qu'elle n'a pas entendu se désister de ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dès lors que la décision du 2 novembre 2021 n'est pas devenue définitive.

Par un mémoire, enregistré le 23 mars 2023, M. A C, représenté par Me Gubler et Me Lemoine, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Air Canada au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Air Canada ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200178 le 3 janvier 2022, et un mémoire, enregistré le 14 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Gubler et Me Lemoine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 novembre 2021 par laquelle la ministre du travail a, après avoir retiré sa décision implicite rejetant le recours hiérarchique formé contre la décision de l'inspectrice du travail du 15 janvier 2021 et annulé cette dernière décision, autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable dès lors que la décision attaquée a été produite dans son intégralité ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la cause réelle de son licenciement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où la procédure d'information du comité social et économique n'a pas été respectée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'employeur n'a pas justifié avoir respecté son obligation de reclassement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que le ministre n'a pas apprécié la situation économique de la société et les possibilités de reclassement à la date de sa décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés les 24 juin 2022 et 17 novembre 2022, la société Air Canada, représentée par Me Le Mière (cabinet Osborne Clarke), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en application de l'article R. 412-1 du code de justice administrative en l'absence de production de la décision attaquée dans son intégralité ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 5 décembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,

- les observations de Me Lançon, représentant la société Air Canada, et celles de Me Gubler et de Me Lemoine, représentant M. C.

Une note en délibéré, présentée pour la société Air Canada dans la requête n° 2200178, a été enregistrée le 13 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2119243 et 2200178, présentées respectivement pour la société Air Canada et pour M. C, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. La société Air Canada est une société de droit étranger qui dispose d'une succursale en France constituée de quatre établissements dont l'un, situé à l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, est rattaché au siège parisien de la succursale. Le 30 septembre 2020, elle a présenté au comité social et économique un projet de réorganisation de la filière " exploitation escale " de l'établissement de Roissy-Charles de Gaulle. Ce projet prévoyait notamment le licenciement de sept salariés, parmi lesquels M. C, membre suppléant de la délégation du personnel au comité social et économique dont il était prévu la suppression du poste de coordinateur d'escale senior. Après avoir organisé un entretien préalable au licenciement le 10 novembre 2020 puis recueilli l'avis défavorable du comité social et économique le 12 novembre 2020, la société Air Canada a sollicité l'autorisation de licencier ce salarié protégé pour motif économique. Par une décision du 15 janvier 2021, l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de M. C. La société Air Canada a formé un recours hiérarchique contre cette décision le 9 mars 2021. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la ministre du travail sur ce recours. Par la requête n° 2119243, la société Air Canada demande au tribunal d'annuler la décision de l'inspectrice du travail du 15 janvier 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique. Toutefois, par une décision du 2 novembre 2021, la ministre du travail a, d'une part, retiré sa décision implicite de rejet, d'autre part, annulé la décision de l'inspectrice du travail du 15 janvier 2021, enfin autorisé le licenciement pour motif économique de M. C. Par la requête n° 2200178, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. Dans cette hypothèse, toutes les parties concernées seront, en cas d'exercice d'une voie de recours, mises en cause et celle à laquelle un non-lieu a été opposé, mise à même de former, si elle le souhaite, un recours incident contre cette partie du dispositif du jugement.

4. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du ministre du 2 novembre 2021 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir :

5. Aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué () ". La page manquante de la décision attaquée du 2 novembre 2021 a été versée au dossier par M. C avant la clôture de l'instruction. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de production de cette décision dans son intégralité doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision :

6. Aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail : " Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment : 1° A des difficultés économiques caractérisées soit par l'évolution significative d'au moins un indicateur économique tel qu'une baisse des commandes ou du chiffre d'affaires, des pertes d'exploitation ou une dégradation de la trésorerie ou de l'excédent brut d'exploitation, soit par tout autre élément de nature à justifier de ces difficultés. Une baisse significative des commandes ou du chiffre d'affaires est constituée dès lors que la durée de cette baisse est, en comparaison avec la même période de l'année précédente, au moins égale à : () d) Quatre trimestres consécutifs pour une entreprise de trois cents salariés et plus ; () La matérialité de la suppression, de la transformation d'emploi ou de la modification d'un élément essentiel du contrat de travail s'apprécie au niveau de l'entreprise. Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise s'apprécient au niveau de cette entreprise si elle n'appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d'activité commun à cette entreprise et aux entreprises du groupe auquel elle appartient, établies sur le territoire national, sauf fraude. () ".

7. D'une part, en vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise ou au sein du groupe auquel appartient cette dernière.

8. D'autre part, lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre chargé du travail doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision. Dans le cas où le ministre, ainsi saisi d'un recours hiérarchique, annule la décision par laquelle un inspecteur du travail a rejeté la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, il est tenu de motiver l'annulation de cette décision ainsi que le prévoit l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 pour les décisions de retrait ou d'abrogation de décisions créatrices de droits - dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration - et en particulier, lorsqu'il estime que le ou les motifs fondant une décision de refus d'autorisation de licenciement sont illégaux, d'indiquer les considérations pour lesquelles il estime que ce motif ou, en cas de pluralité de motifs, chacun des motifs fondant la décision de l'inspecteur du travail, est illégal.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par sa décision du 15 janvier 2021, l'inspectrice du travail a refusé d'accorder à la société Air Canada l'autorisation de licencier M. C aux motifs, premièrement, que la cause économique du licenciement n'était pas établie, deuxièmement, que la réalité de la suppression de poste n'était pas non plus établie compte tenu des catégories professionnelles maintenues, troisièmement, que la procédure de consultation des représentants du personnel n'avait pas été respectée et, quatrièmement, que l'obligation de reclassement avait été méconnue, en développant son argumentation au soutien de chacun de ces quatre motifs.

10. Pour annuler la décision prise par l'inspectrice du travail par la décision attaquée du 2 novembre 2021, la ministre a, d'une part, précisé les raisons pour lesquelles l'élément causal et l'élément matériel du motif économique devaient être regardés comme établis, d'autre part, indiqué que l'employeur avait justifié du caractère sérieux de ses efforts de reclassement compte tenu notamment de l'absence de poste de qualification équivalente et, enfin, relevé l'absence de lien avec le mandat de l'intéressé. La décision du 2 novembre 2021 indique ainsi, qu'au regard de ces éléments, c'est à tort que l'inspectrice du travail a refusé à la société Air Canada l'autorisation de procéder au licenciement pour motif économique du salarié. Ce faisant, la ministre s'est abstenue de mentionner les raisons pour lesquelles elle estimait ne pas devoir retenir également le motif tenant à l'irrégularité de la procédure de consultation du comité social et économique sur lequel s'était également fondée l'inspectrice du travail pour rejeter la demande. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la ministre a insuffisamment motivé sa décision, en méconnaissance des règles rappelées au point 8 du présent jugement.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2200178, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 novembre 2021.

12. Il y a lieu, par suite, de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision de l'inspectrice du travail du 15 janvier 2021 qui est rétablie dans l'ordonnancement juridique.

Sur les conclusions dirigées contre la décision de l'inspectrice du travail du 15 janvier 2021 :

13. Premièrement, il ressort des pièces du dossier que, pour retenir l'absence de cause économique du licenciement, l'inspectrice du travail a relevé que si la société Air Canada subissait des difficultés en raison de la crise sanitaire, la nécessité de la suppression de la totalité des postes des services coordination escale et billetterie auxquels appartenaient les deux représentants du personnel visés par la procédure, dont M. C, n'était pas établie. La décision du 15 janvier 2021 relève à cet égard que la société avait en réalité engagé une réorganisation de la filière escale dès l'année 2019, qu'elle bénéficiait de l'activité partielle et qu'il existait une nécessité opérationnelle (techniques et commerciales) de maintien de certaines compétences détenues par les salariés en cause, en cas d'amélioration de la situation et pour l'activité fret qui était maintenue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée du 15 janvier 2021, la société Air Canada justifiait, au cours des quatre trimestres de l'année 2020, de résultats d'exploitation en baisse, et même déficitaires, en comparaison avec les résultats largement bénéficiaires des deux années précédentes. De même, il ressort des pièces du dossier que les ventes de billets et le nombre de passagers transportés au cours de l'année 2020 étaient également significativement en baisse, par rapport à l'année 2019, en conséquence des mesures sanitaires liées à l'épidémie de Covid-19 qui ont gravement impacté le trafic aérien. En outre, à la date du 15 janvier 2021, il n'existait aucune perspective de reprise de l'activité à une échéance proche, la filière " fret ", bien que moins impactée que la filière " escale ", étant également concernée par la baisse d'activité et l'activité partielle. Dans ces conditions, les circonstances que la société bénéficiait du dispositif de chômage partiel, pour une durée qui n'était au demeurant pas non plus certaine, et que la réorganisation de la filière " exploitation escale " répondait par ailleurs aux objectifs d'une réorganisation structurelle plus large engagée depuis l'année 2019, ne sont pas de nature à remettre en cause la réalité du motif économique à la date de la décision de l'inspectrice du travail. Par ailleurs, l'inspectrice du travail a relevé que l'intégration de M. C dans la catégorie professionnelle de " superviseur d'escale " et le regroupement au sein d'une même catégorie professionnelle des postes de " coordinateur d'escale " et de " superviseur d'escale " n'auraient pas conduit au licenciement de l'intéressé par application des critères d'ordre. Toutefois, il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces que les catégories professionnelles concernées par le licenciement auraient été déterminées par la société Air Canada en se fondant sur des considérations étrangères à celles qui permettent de regrouper, compte tenu des acquis de l'expérience professionnelle, les salariés par fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune. De même, la circonstance également relevée par l'inspectrice du travail selon laquelle " la définition des catégories professionnelles opérée par l'employeur a eu pour effet, de manière globale, de supprimer l'ensemble des postes des catégories professionnelles auxquelles appartenaient les deux salariés protégés concernés par la procédure ", n'est pas non plus, en elle-même, de nature à établir que la catégorie professionnelle des " coordinateurs d'escale " aurait été définie dans le but de permettre le licenciement de M. C en raison de son mandat ou de son affectation dans un service dont la suppression était recherchée. Par suite, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que la situation de la société Air Canada justifiait, à la date de la décision attaquée, la suppression de l'emploi de M. C et que cet emploi a effectivement été supprimé, la société Air Canada est fondée à soutenir que la décision du 15 janvier 2021 est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la réalité du motif économique et à la matérialité de la suppression de poste.

14. Deuxièmement, aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. () Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que, pour retenir que l'employeur n'avait pas satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'inspectrice du travail a considéré qu'il lui appartenait de maintenir M. C dans l'emploi, " compte tenu de l'activité partielle et de son expertise, en l'affectant à des tâches opérationnelles devant être maintenues (exploitation en tant que superviseur) ou en appui de secteur fret, ne fût-ce que temporairement et partiellement ". Toutefois, il est constant qu'à la date de la décision attaquée du 15 janvier 2021, aucun poste de reclassement n'était disponible. En particulier, il ressort des pièces du dossier qu'aucun poste de " superviseur " n'était vacant ni aucun poste au sein du service " fret ", les salariés des deux filières " exploitation " et " fret " étant encore placés en activité partielle. Dans ces conditions, dès lors que la société Air Canada avait justifié de l'absence de postes de reclassement disponibles, elle est fondée à soutenir que l'inspectrice du travail a commis une erreur d'appréciation en retenant qu'il lui appartenait néanmoins de chercher à affecter temporairement le salarié à d'autres tâches.

16. Troisièmement, aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " Le licenciement envisagé par l'employeur d'un membre élu à la délégation du personnel au comité social et économique titulaire ou suppléant ou d'un représentant syndical au comité social et économique ou d'un représentant de proximité est soumis au comité social et économique, qui donne un avis sur le projet de licenciement dans les conditions prévues à la section 3 du chapitre II du titre Ier du livre III. () ". Aux termes de l'article R. 2421-9 de ce code : " L'avis du comité social et économique est exprimé au scrutin secret après audition de l'intéressé. () ".

17. Saisie par l'employeur d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé auquel s'appliquent ces dispositions, il appartient à l'administration de s'assurer que la procédure de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'autorisation demandée que si le comité a été mis à même d'émettre son avis en toute connaissance de cause, dans des conditions qui ne sont pas susceptibles d'avoir faussé sa consultation.

18. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'avant la réunion du 12 novembre 2020 relative au licenciement de M. C, le comité social et économique a été informé, lors de quatre réunions, du projet de licenciement et de réorganisation en cause, à l'occasion desquelles le motif économique du licenciement, le contexte de l'activité partielle autorisée et la définition des catégories professionnelles ont notamment été débattus. En outre, il est constant qu'une note d'information précisant le projet et l'organisation cible et évoquant les conséquences sur la santé, la sécurité et les conditions de travail a notamment été remise aux membres du comité. Il ressort en particulier des procès-verbaux de ces différentes réunions que l'objectif poursuivi par les suppressions de poste à l'escale a été débattu, de même que les perspectives économiques de l'entreprise et du secteur aérien. Si les membres du comité social et économique ont néanmoins déploré le manque de précisions sur la réorganisation et la redistribution des tâches, il ressort des pièces du dossier qu'il leur a été répondu à plusieurs reprises que la visibilité sur la nouvelle organisation et la charge de travail à venir était encore limitée compte tenu de l'incertitude sur le niveau d'activité lié aux mesures sanitaires à venir mais qu'en l'état de la situation d'activité très réduite, les tâches incombant aux postes supprimés seraient réparties entre les superviseurs et la cheffe d'escale, certaines tâches devant disparaître et d'autres être transférées à la sous-traitance avec un appui plus important du service support au Canada. Dans ces conditions, la société Air Canada est également fondée à soutenir que l'inspectrice du travail a commis une erreur de droit en retenant que la consultation du comité social et économique était irrégulière car privée de toute portée utile au vu des informations relatives à l'organisation cible opérée dans le projet de réorganisation.

19. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête n° 2119243, que la société Air Canada est fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 15 janvier 2021.

Sur l'injonction :

20. L'annulation de la décision refusant d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé a pour seul effet de saisir à nouveau l'administration de la demande d'autorisation initialement formée par l'employeur. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à l'inspecteur du travail compétent de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. C présentée par la société Air Canada, dans un délai qu'il convient de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

21. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Air Canada pour la requête n° 2119243 et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Air Canada, qui n'est pas la partie perdante dans la requête n° 2119243, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

22. D'autre part, il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C pour la requête n° 2200178 et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la requête n° 2200178, la somme demandée par la société Air Canada au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 janvier 2021 de l'inspectrice du travail est annulée.

Article 2 : La décision du 2 novembre 2021 de la ministre du travail est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'inspecteur du travail compétent de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de licenciement de M. A C présentée par la société Air Canada, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la société Air Canada (requête n° 2119243) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. C (requête n° 2200178) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les conclusions de M. C dans la requête n° 2119243 présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées

Article 7 : Les conclusions de la société Air Canada dans la requête n° 2200178 présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 8 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2119243 et 2200178 est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et à la société Air Canada.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

M. Rézard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

N. AMAT

La greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein l'emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2119243, 2200178

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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