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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119355

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119355

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantLEDRU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 septembre 2021 et le 23 février 2022, M. A C, représenté par Me Ledru, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2019 par lequel le préfet de police a décidé de l'expulser du territoire français et la décision du 12 juillet 2021 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, tiré du défaut de saisine de la commission prévue à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur ;

- il méconnaît les dispositions des 1°, 2°, 4 °et 5° de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur ;

- il méconnaît l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 décembre 2021 et 9 février 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ledru, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turque né le 1er octobre 1974 à Civril (Turquie), demande l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2019 par lequel le préfet de police a ordonné son expulsion du territoire français, ainsi que de la décision du 12 juillet 2021 de rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " I. - Sauf en cas d'urgence absolue, l'expulsion ne peut être prononcée que dans les conditions suivantes : / () 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée : / a) Du président du tribunal de grande instance du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ; / b) D'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal de grande instance du chef-lieu du département ; / c) D'un conseiller de tribunal administratif ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu par la commission prévue au 2° du I de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a rendu un avis le 17 décembre 2019. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation de cette commission doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du même code alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; / () / 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui, ne vivant pas en état de polygamie, est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; / 5° L'étranger résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. / () ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a été scolarisé du 1er septembre 1981 au 31 août 1985 dans une école élémentaire située à Charleville-Mézières et, entre 1988 et 1990, dans un collège de Beauvais, en classe de 4ème et de 3ème et qu'il a exercé une activité salariée dans le secteur privé en 1993, entre 1995 et 2001, en 2003 et 2004, de 2010 à 2013, en 2015 et en 2016, comme l'indique le relevé de carrière établi le 14 décembre 2021 par son assurance retraite. Toutefois, ces pièces sont insuffisantes pour justifier de la présence de M. C de manière habituelle en France depuis l'âge de treize ans. Par ailleurs, si M. C soutient qu'il réside en France de manière régulière depuis qu'il y est entré à l'âge de deux ans, il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations, tout comme il ne démontre pas participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Du reste, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à une peine d'interdiction du territoire français de trois ans le 29 avril 1999 par le tribunal correctionnel de Beauvais dont il a seulement été relevé le 22 mars 2001, soit moins de vingt ans avant l'édiction de l'arrêté attaqué. En outre, il ressort également des pièces du dossier que le préfet de police l'a convoqué à trois reprises, le 3 janvier, le 15 mai et le 6 août 2019 afin qu'il justifie de son séjour continu en France et de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant mais qu'il ne s'est pas rendu à ces rendez-vous. D'autre part, si M. C verse aux débats des pièces médicales, dont plusieurs certificats médicaux dont l'un indique qu'il ne peut pas quitter la France sous peine d'aggravation de son état de santé, il ne ressort d'aucune de ces pièces que son état de santé nécessite une prise en charge médical dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il entre dans le champ d'application des 1°, 2°, 4° et 5° de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance du régime applicable aux expulsions fixé par cet article L. 521-3 du code précité. Ce moyen inopérant doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public ". Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné à neuf reprises par le tribunal correctionnel de Beauvais ou la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel d'Amiens entre 1999 et 2018 dont le 29 avril 1999 à cinq ans d'emprisonnement en raison de l'acquisition, la détention, le transport et l'offre ou la cession non autorisée de stupéfiants, le 10 avril 2014 à deux ans d'emprisonnement pour recel de bien provenant d'un vol, vol en réunion et escroquerie, le 11 avril 2016 à huit mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, vol et conduite d'un véhicule sans permis et, le 19 février 2018, à huit mois d'emprisonnement dont trois mois avec sursis pour appels téléphoniques malveillants réitérés, violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, faits commis à la fin du mois de décembre 2017 et au début du mois de janvier 2018. En outre, M. C ne démontre pas qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de son fils, ni qu'il entretient des liens avec sa famille, dont il ne démontre d'ailleurs même pas la présence en France. Ainsi, compte tenu de la gravité et du caractère récent des derniers faits pour lesquels il a été condamné et de l'ensemble des circonstances de l'espèce, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que le préfet de police a, le 27 décembre 2019, estimé que M. C constituait une menace grave pour l'ordre public au sens de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, en dépit de l'avis exprimé par la commission d'expulsion. Ce moyen doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. C soutient que l'ensemble de ses attaches sont en France, où il a toujours séjourné sous couvert d'un titre de séjour, qu'il est parent d'un enfant français né en 2010 et qu'il vit auprès de ses parents, de sa fratrie et de ses neveux et cousins qui sont tous installés en France, il ressort toutefois de ce qui a été indiqué au point 5 du présent jugement qu'il ne justifie ni de l'ancienneté, ni du caractère régulier de son séjour en France, qu'il ne démontre pas participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant ni entretenir des liens avec les membres de sa famille dont il n'établit d'ailleurs pas la présence en France. En outre, et comme cela a été indiqué au point 7 ci-dessus, M. C représente une menace grave à l'ordre public. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que son éloignement porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes du 1 de de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". En vertu du 1 de l'article 9 de la même convention : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré () ".

11. D'une part, et comme cela a été indiqué au point précédent, M. C n'établit ni même n'allègue participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté. D'autre part, M. C ne peut utilement se prévaloir du 1 de l'article 9 de cette même convention, dès lors que cet article crée seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2023.

Le rapporteur,

J. GRANDILLON

Le président,

J-F. SIMONNOTLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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