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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119463

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119463

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantLUGAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2021, et un mémoire enregistré le 27 avril 2023 non communiqué, M. A C, représenté par Me Lugand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2021 le radiant de la liste des candidats admissibles et admis au concours externe de recrutement de professeur de sport, conseiller d'administration sportive au titre de l'année 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation, de la jeunesse, des sports, de l'enseignement supérieur et de la recherche de l'affecter sur un poste de professeur de sports et de régulariser sa situation administrative et financière dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance de l'article 4 du décret n° 85-720 du 10 juillet 1985 modifié relatif au statut particulier du corps des professeurs de sport ; il était de la responsabilité de l'administration de s'assurer qu'il remplissait les conditions pour se présenter au concours au plus tard à la date de clôture des inscriptions au concours soit au 2 avril 2021, étant rappelé qu'il a déposé son dossier le 23 mars 2021 ; or, la décision de la commission d'équivalence rendue le 10 juin 2021 et confirmée le 24 juin 2021 est, quelle que soit la date retenue, intervenue au-delà de la date limite et après les résultats de l'admissibilité ;

- la décision défavorable de la commission des équivalences sur lequel prend appui la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle a refusé de prendre en compte les trois années de son contrat à durée déterminée alors que les missions qu'il a exercées dans ce cadre étaient comparables à celles d'un professeur de sport.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2023, la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- tous les moyens du requérant doivent être écartés comme inopérants, la ministre étant en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée ;

- en tout état de cause, ils ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 85-720 du 10 juillet 1985 modifié ;

- le décret n° 2007-196 du 13 février 2007 ;

- l'arrêté du 5 septembre 1996 fixant la liste des diplômes admis en équivalence à la licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives en application du 1° du premier alinéa de l'article 4 du décret n° 85-720 du 10 juillet 1985 ;

- l'arrêté du 22 janvier 2010 portant création de la commission d'équivalence de diplômes pour l'accès au concours de recrutement dans le corps des professeurs de sport ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;

- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lugand, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B s'est présenté à la session 2021 du concours externe de recrutement de professeur de sport, conseiller d'administration sportive. Ne remplissant pas les conditions de diplôme nécessaires pour se présenter à ce concours, il a saisi le 31 mars 2021, en vertu des dispositions du décret du 13 février 2007 relatif aux équivalences de diplôme requises pour se présenter aux concours d'accès aux corps et cadres d'emplois de la fonction publique, la commission d'équivalence, afin que son expérience professionnelle puisse être reconnue en équivalence du diplôme d'Etat supérieur de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport. A l'issue du concours, il a été inscrit sur la liste des candidats admis et a été informé de sa nomination, à compter du 1er septembre 2021 en qualité de professeur de sport stagiaire. Par une décision du 16 juillet 2021, le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports l'a radié de la liste des candidats admis au concours au motif de l'irrecevabilité de sa candidature, la commission ayant rendu une décision défavorable à sa demande d'équivalence. M. C demande l'annulation de la décision du 16 juillet 2021.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du décret susvisé du 10 juillet 1985, relatif au statut particulier des professeurs de sport, dans leur version applicable : " Les professeurs de sport sont recrutés par la voie de trois concours distincts : / 1° Le premier est ouvert aux candidats titulaires de la licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives ou d'un diplôme admis en équivalence, inscrit sur une liste fixée par arrêté conjoint du ministre de la jeunesse et des sports et du ministre chargé de la fonction publique, ou de titres ou diplômes jugés équivalents par la commission prévue par le décret du 30 août 1994 susvisé ()Les conditions requises des candidats aux concours prévus au présent article s'apprécient à la date respective de clôture des registres d'inscription de chacun de ces concours, fixée par arrêté conjoint du ministre chargé de la jeunesse et des sports et du ministre chargé de la fonction publique. ". Et aux terme de l'article 20 de la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relative à la fonction publique d'Etat, " () S'il apparaît, au moment de la vérification des conditions requises pour concourir, laquelle doit intervenir au plus tard à la date de la nomination, qu'un ou plusieurs candidats déclarés aptes par le jury ne réunissaient pas lesdites conditions, il peut être fait appel, le cas échéant, aux candidats figurant sur la liste complémentaire ".

3. La circonstance qu'un candidat a participé aux épreuves d'un concours et a été déclaré admis ne suffit pas à elle seule à révéler l'existence d'une décision de l'autorité administrative qu'il remplit les conditions requises pour concourir, laquelle doit intervenir, au plus tard, eu égard aux dispositions précitées, à la date de la nomination. En l'espèce, il était donc loisible à la commission d'équivalence de diplômes puis au ministre de l'éducation de vérifier si M. B remplissait les conditions requises pour concourir après le 2 avril 2021, date de clôture des inscriptions au concours externe de recrutement des professeurs de sport. Le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions précitées doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 5 septembre 1996, pris pour l'application de ces dispositions : " La liste des diplômes admis en équivalence à la licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives en application du 1° du premier alinéa de l'article 4 du décret du 10 juillet 1985 modifié susvisé est fixée ainsi qu'il suit : / Brevet d'Etat d'éducateur sportif du deuxième degré ; Diplôme de guide de haute montagne. Diplôme d'Etat supérieur de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport spécialité " performance sportive ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 22 janvier 2010 portant création de la commission d'équivalence de diplômes pour l'accès au concours de recrutement dans le corps des professeurs de sport : " Pour l'accès par voie de concours au corps des professeurs de sport est créée une commission chargée de se prononcer sur les demandes d'équivalence du diplôme suivant : Licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives ". Aux termes de l'article 7 du décret n°2007-196 du 13 février 2007 relatif aux équivalences de diplômes requises pour se présenter aux concours d'accès aux corps et cadres d'emplois de la fonction publique : " Lorsque le recrutement par voie de concours est subordonné à la possession d'un titre de formation ou d'un diplôme spécifique portant sur une spécialité précise, les candidats présentent leur demande d'équivalence conformément au présent chapitre ". Aux termes de l'article 8 du même décret : " La demande est adressée à une commission instituée dans les conditions fixées au chapitre IV. Celle-ci procède à une comparaison des connaissances, compétences et aptitudes attestées par le ou les titres de formation, éventuellement complétés par l'expérience professionnelle du candidat au regard du titre ou diplôme requis. Seuls les titres de formation ou l'expérience professionnelle relevant du domaine d'activité de la profession à laquelle le concours donne accès peuvent être utilement pris en compte. Pour établir cette comparaison, la commission tient compte de la durée, incluant, le cas échéant, les périodes de formation pratique, du cycle d'études nécessaire pour obtenir le diplôme requis, des matières couvertes par ce cycle ainsi que du niveau initial requis pour y accéder ". Et aux termes de l'article 11 : " Le candidat qui justifie de l'exercice d'une activité professionnelle salariée ou non salariée, exercée de façon continue ou non, pendant une durée totale cumulée d'au moins trois ans à temps plein dans l'exercice d'une profession comparable par sa nature et son niveau à celle à laquelle la réussite au concours permet l'accès peut également demander à la commission l'autorisation de s'inscrire au concours () ".

6. Il est constant qu'à la date de clôture du registre d'inscription au concours, soit le 2 avril 2021, M. B qui n'avait pas obtenu la validation totale de ses acquis de l'expérience en vue de l'obtention du diplôme d'Etat supérieur de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport n'était détenteur ni de la licence en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) requise pour se présenter au concours externe de professeur de sport ni du diplôme d'Etat supérieur de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport (DESJEPS) admis en équivalence à la licence STAPS. Le seul diplôme détenu et présenté par l'intéressé, le diplôme d'Etat de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport (DEJEPS) était d'un niveau inférieur à celui des diplômes susmentionnés et ne lui permettait pas de se présenter au concours, ce qu'il ne conteste pas.

7. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que les fonctions exercées par M. C du 4 juillet 2019 au 6 juillet 2019, du 22 juillet 2019 au 5 août 2019 et du 2 octobre 2019 au 2 avril 2021, étaient comparables, par leur nature et leur niveau, à celles dévolues aux professeurs de sport, elles ne l'ont cependant été que sur une durée inférieure à trois années à temps plein, insuffisante au regard des dispositions précitées. S'agissant les fonctions exercées par M. B du 3 octobre 2016 au 30 septembre 2019, pour la Ligue Nouvelle Aquitaine de football américain, en qualité d'agent administratif et technique, dans le cadre d'un contrat de travail à durée déterminée régi par les dispositions alors applicables aux emplois d'avenir requérant peu de qualifications, les missions inscrites à son contrat portant principalement sur l'aide administrative à la rédaction de dossiers (labellisation des associations, interventions sur les formations entraîneurs, permanences téléphoniques et administratives en lien avec le secrétaire de la Ligue, aide à la rédaction de compte-rendu de réunion et de projets associatifs) et plus accessoirement sur des projets plus sportifs (mise en place de projets ponctuels régionaux, aide à la gestion du suivi et de l'organisation des compétitions, rédaction de documents officiels, mise en place d'initiation dans les écoles et animations en centres de loisir), ne peuvent être regardées comme équivalentes à celles confiées à un professeur de sport.

8. Et si son tuteur indique dans un courrier du 9 juillet 2021 que M. B a été nommé responsable technique du Pôle d'entrainement régional en septembre 2018, fonctions qu'il a conservées à compter d'octobre 2019 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, en tout état de cause, la prise en compte de cette expérience professionnelle, du 1er septembre 2018 au 30 septembre 2019, à la supposer équivalente à celle dévolue à un professeur de sport, ne permet toujours pas à l'intéressé de justifier d'une durée totale cumulée d'au moins trois ans à temps plein dans l'exercice d'une profession comparable par sa nature et son niveau à celle de professeur de sports à la date du 2 avril 2021.

9. Dans ces conditions, malgré la qualité de son parcours, M. B n'est pas fondé à soutenir que la commission d'équivalence a entaché ses décisions d'erreur d'appréciation. Par suite, dès lors que ni le diplôme détenu par l'intéressé ni son expérience professionnelle ne lui permettaient l'accès au concours externe de professeur de sport, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 16 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports a rejeté sa candidature en le radiant de la liste des admissibles et des admis au concours.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

La rapporteure,

C. KantéLa présidente,

C. Riou

La greffière,

A. Louart

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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