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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119668

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119668

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2021, Mme A E B, agissant en son nom propre et celui de son fils mineur, M. D G C, représentée par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 21 juillet 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé le rétablissement à leur bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de procéder provisoirement au rétablissement des conditions matérielles d'accueil d'asile à titre rétroactif depuis la demande de rétablissement, et ce dans un délai de trois jours franc à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ou, à défaut, de mettre cette somme à la charge de l'OFII au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- elle n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations préalablement à son adoption ;

- il n'est pas établi qu'elle n'aurait pas respecté son obligation de se présenter aux autorités ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 novembre 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 7 décembre 2021, Mme E B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E B, ressortissante somalienne, née le 11 mai 1968, a sollicité l'asile en France et accepté, à la suite du dépôt de sa demande, les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 29 avril 2019. Le 16 juin 2020, elle a fait l'objet d'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil en raison de son défaut de présentation aux autorités. Elle a demandé le rétablissement de ces conditions à son bénéfice et celui de son enfant mineur, qui leur a été refusé par la décision du 21 juillet 2021 dont elle demande, par la présente requête, l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 7 décembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, postérieure à l'enregistrement de la requête, Mme E B a été admise au bénéfice total de l'aide juridictionnelle. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que celle-ci contient les considérations de droit et de fait, qui en constituent le fondement, notamment la circonstance que la requérante a commis un manquement résultant de sa non présentation devant les autorités, méconnaissant ainsi les exigences imposées par celles en charge de l'asile. En outre, l'OFII n'est pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle de la requérante, mais seulement ceux qui fondent sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la requérante, dont il n'est pas contesté qu'elle a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien avant que l'OFII statue sur sa demande. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a bien procédé à un nouvel examen de la vulnérabilité le 1er juillet 2021, préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit, en tout état de cause, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ()La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à

compter de sa signature ".

6. D'une part, les dispositions précitées de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui imposent une procédure contradictoire avant l'intervention de la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil, ne s'appliquent pas aux demandes tendant au rétablissement de celles-là. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

7. D'autre part, pour édicter la décision attaquée, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que la requérante n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, en s'abstenant de se présenter à leurs convocations. Il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est en effet abstenue de se présenter aux rendez-vous fixé le 21 février 2020 et le 28 février suivant, si bien qu'elle a été déclarée en fuite le 2 mars 2020 par le préfet de police. Si la requérante produit une lettre d'excuse, adressée à la préfecture de police indiquant qu'elle ne pouvait pas se rendre aux rendez-vous précités en raison de son état de santé, lequel justifiait un repos de quinze jours à compter du 19 février 2020, toutefois, la réalité de telles allégations n'est pas établie par les pièces du dossier, notamment le certificat médical daté du 21 février 2020, soit la date correspondant à la première convocation précitée, qui se borne à mentionner que l'état de santé de la requérante imposait un repos de deux jours. Dans ces circonstances, l'OFII pouvait à bon droit considérer que la requérante avait manqué à ses obligations et édicter la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E B, M. D G C, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et à Me Orhant.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La rapporteure,

N. FLe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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