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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119750

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119750

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantAMAUDRIC DU CHAFFAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 septembre et 24 octobre 2021, les 6 janvier, 15 mars, 14 juin, 16 juin et 5 juillet 2022, la société Service Maintenance et Propreté (SMP), représentée par Me Rousseau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté sa demande d'autorisation de licencier M. B pour motif disciplinaire ;

2°) d'enjoindre à l'inspection du travail d'autoriser le licenciement de M. B ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucun délai légal ni règlementaire ne s'imposait à l'employeur pour saisir l'administration du travail et que les dispositions de l'article L. 1332-2 du code du travail ne s'appliquaient pas s'agissant de la procédure de licenciement d'un salarié protégé ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que les faits reprochés à M. B et fondant la demande d'autorisation de licenciement sont établis ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que les fautes reprochées à M. B sont suffisamment graves pour justifier le licenciement ;

- la demande d'autorisation de licenciement ne présente pas de lien avec le mandat syndical de M. B.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 novembre 2021, le 24 mai et 21 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Amaudric du Chaffaut, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que la société Service Maintenance et Propreté lui verse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu ; au 6 septembre 2022 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guglielmetti ;

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Rousseau, représentant la société SMP.

Une note en délibéré présentée par la société SMP a été enregistrée le 16 juin 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La société Service Maintenance et Propreté (SMP) emploie depuis le 1er décembre 2016, M. A B, en qualité de contremaître sur le site SNCF de la Gare du Nord. M. B est également délégué syndical d'établissement depuis le 12 novembre 2019. Par un courrier du 30 juillet 2020, la société SMP a demandé l'autorisation de le licencier pour motif disciplinaire. Cette demande ayant été implicitement rejetée par l'inspection du travail, la société SMP a, par courrier du 2 décembre 2020, réceptionné le 4 décembre, formé un recours hiérarchique contre la décision implicite de rejet de l'inspectrice du travail. Par une décision explicite du 16 juillet 2021 le ministre du travail a confirmé sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique. Par la présente requête, la société SMP demande l'annulation de la décision du 16 juillet 2021 portant rejet de son recours hiérarchique.

Sur la fin de non-recevoir :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours () ". Par ailleurs, pour l'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, l'article R. 2422-1 du code du travail prévoit que : " Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente ou auquel il a donné mandat à cet effet. / Ce recours est introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de l'inspecteur. / Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur ce recours vaut décision de rejet ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : () Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation (). "

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les délais de recours contre une décision administrative prise en matière d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, soit dans sa notification si la décision est expresse, soit dans l'accusé de réception de la demande l'ayant fait naître si elle est implicite. Il en va ainsi alors même que la décision du ministre du travail, prise à la suite de l'exercice d'un recours hiérarchique qui n'est pas un préalable obligatoire au recours contentieux, ne se substitue pas à la décision de l'inspecteur du travail qui a fait l'objet de ce recours.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le ministre du travail a accusé réception par courrier du 12 janvier 2021 du recours hiérarchique introduit le 4 décembre 2020 par la société SMP. Ce courrier indiquait à la requérante d'une part, qu'une décision implicite de rejet était susceptible d'intervenir le 5 avril 2021 en l'absence de réponse expresse du ministre à son recours, et d'autre part, précisait les voies et délais de recours ouverts à l'encontre de cette décision, soit, en l'espèce, de deux mois " à compter soit de la date à laquelle la décision implicite de rejet est née, soit la date à laquelle la décision expresse a été notifiée ". Ainsi, l'accusé de réception du recours hiérarchique, qui ne comportait aucune ambiguïté de nature à induire la société requérante en erreur sur les délais de recours contentieux, répondait aux conditions exposées au point 3. En outre, la circonstance que l'administration ait poursuivi ses échanges, initiés le 15 mars 2021, avec la société requérante dans le cadre d'une contre-enquête, n'est pas de nature, contrairement à ce que soutient la société SMP, à avoir fait obstacle à la naissance de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique. Ainsi, à la date de la décision attaquée du 16 juillet 2021 portant rejet explicite du recours hiérarchique de la société SMP, le délai de recours contre la décision implicite de rejet de recours hiérarchique était expiré. Dès lors, et en l'absence de tout changement dans les circonstances de droit ou de fait, révélé notamment par la contre-enquête, la décision du 16 juillet 2021 ne peut qu'être regardée comme purement confirmative de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre du travail sur le recours hiérarchique formé le 4 décembre 2020. Il s'ensuit que la décision du 16 juillet 2021 n'a pas eu pour effet d'ouvrir un nouveau délai de recours contentieux de deux mois et que la requête de la société SMP ne peut qu'être rejetée comme étant entachée de tardiveté. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SMP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Service Maintenance et Propreté, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, et à M. B.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Amat, présidente,

- M. Rezard, premier conseiller,

- Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

S. Guglielmetti

La présidente,

N. Amat

La greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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