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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2119805

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2119805

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2119805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantZURFLUH - LEBATTEUX - SIZAIRE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 septembre 2021 et 28 octobre 2022, la société Stephy, représentée par la SCP Zurfluh - Lebatteux - Sizaire et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel la maire de Paris a rejeté sa demande de permis de construire pour le changement de destination d'un commerce situé 21 rue Jean et Marie Moinon dans le 10ème arrondissement de Paris par transformation en hébergement hôtelier au rez-de-chaussée sur rue et sur cour avec modification de la façade sur rue de l'immeuble, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la maire de Paris, à titre principal, de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- la maire de Paris a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant le projet sur le fondement du 2ème alinéa de l'article UG. 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- la maire de Paris a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant le projet sur le fondement des 1er, 2e et 5ème alinéas du 2° de l'article UG. 11.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- la substitution de motif demandée par la maire de Paris ne peut être accueillie dès lors que les réponses des services de la Ville de Paris aux demandes de renseignement d'urbanisme ne retenaient pas le classement de la voie en cause en voie comportant une protection particulière de l'artisanat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par la société Stephy ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, si le motif fondant la décision de rejet est annulé, il pourra lui être substitué le motif tiré de la méconnaissance du 2° de l'article UG. 2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Drouet, représentant la société Stephy.

Considérant ce qui suit :

1. La société Stephy a déposé une demande de permis de construire le 1er décembre 2020 pour le changement de destination d'un commerce situé 21 rue Jean et Marie Moinon dans le 10ème arrondissement de Paris par transformation en hébergement hôtelier au rez-de-chaussée sur rue et sur cour avec modification de la façade sur rue de l'immeuble. Par une décision du 19 mars 2021 la maire de Paris a rejeté cette demande. Par un recours gracieux reçu le 14 mai 2021, la société Stephy a sollicité le retrait de cette décision. Suite au silence gardé par la maire de Paris, une décision implicite de rejet de cette demande est née. La société Stephy demande l'annulation de ces deux décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 2511-27 du code général des collectivités territoriales : " Le maire de la commune ou le maire de Paris peut donner sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature () aux responsables de services communaux ".

3. Par un arrêté du 2 novembre 2020, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 10 novembre 2020, la maire de Paris a donné délégation à M. B C, chef du service du permis de construire et du paysage de la rue, signataire de l'arrêté attaqué du 19 mars 2021, à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives aux permis de construire. Alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les autres agents bénéficiaires d'une telle délégation n'ont pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article UG. 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / () ".

5. Si les constructions projetées portent atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

6. En l'espèce, la rue Jean et Marie Moinon où s'implante le projet en cause est marquée par de nombreuses façades de " style atelier " caractérisées par des allèges pleines maçonnées et des menuiseries métalliques avec trame resserrée. Ces façades présentent toutefois des couleurs, des matériaux et des rythmes très divers. Si le projet en cause prévoit une modernisation de la façade préexistante, il respecte les caractéristiques rappelées des façades de la rue et ne marque pas de rupture telle que son insertion harmonieuse dans le bâti environnant serait remise en cause. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'architecte des Bâtiments de France, qui a émis un avis favorable au projet, a participé à la conception du projet et que le pétitionnaire a tenu compte de ses remarques et recommandations, portant notamment sur le choix des matériaux et du rythme de la façade. Par suite, la Ville de Paris ne pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, se fonder sur les dispositions précitées de l'article UG. 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris pour s'opposer au projet en cause.

7. En troisième lieu, aux termes du 2° de l'article UG. 11.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Les devantures, qui participent de façon très importante à l'animation commerciale et visuelle de la ville, doivent s'intégrer de la façon la plus harmonieuse possible au cadre bâti et à son patrimoine. Les dispositifs comportant des locaux directement ouverts sur voie (de type comptoir sans devanture) sont proscrits. / Les règles suivantes doivent être respectées pour assurer une bonne insertion des devantures : / () / les devantures peuvent être implantées, soit en saillie par rapport au plan de la façade pour les devantures dites "en applique", soit en retrait limité (10 à 20 cm) pour les devantures dites "en feuillure". / () ".

8. Il ressort du dossier de demande de permis de construire que la façade prévue comporte une allège de hauteur inchangée, dont la finition sera en peinture claire et des ouvrants de même hauteur munis d'un vitrage clair transparent, dont le retrait est identique et modeste, comme en attestent les plans de coupe. Il ressort également des pièces du dossier que le rythme des menuiseries, dont il a été précisé au point 6 qu'il a été conçu en collaboration avec l'architecte des Bâtiments de France, est adapté au bâti environnant. Dès lors, la Ville de Paris ne pouvait refuser le projet pour le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.

9. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. La décision attaquée a été prise sur le fondement des dispositions des articles UG. 11.1 et UG. 11.1.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que ces motifs ne peuvent, à eux seuls, justifier ce refus.

11. Aux termes de l'article UG. 2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " 3. Voies comportant une protection particulière de l'artisanat : / La transformation de surfaces d'artisanat* à rez-de-chaussée sur rue est interdite ; la transformation de surfaces de commerce* à rez-de-chaussée sur rue en une autre destination que le commerce ou l'artisanat est interdite / () ".

12. La maire de Paris fait valoir en défense que la demande de permis de construire pouvait être refusée sur le fondement des dispositions précitées de l'article UG. 2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. La société Stephy soutient que le local en cause n'est pas situé dans une voie comportant une protection particulière de l'artisanat et produit au soutien de ses allégations deux réponses adressées par les services de la Ville de Paris les 11 décembre 2019 et 17 février 2020 à des demandes de renseignements d'urbanisme. Ces documents mentionnent que la voie en cause ne figure pas parmi les voies comportant une protection particulière de l'artisanat. Toutefois, d'une part, il est précisé que les réponses ainsi données constituent un simple document d'information et ne peuvent être considérées comme une autorisation administrative ou un certificat d'urbanisme. D'autre part, le plan de zonage annexé au règlement du plan local d'urbanisme de Paris classe la rue Jean et Marie Moinon dans la zone UG et dans un secteur de protection du commerce et de protection particulière de l'artisanat. Par conséquent, le local en cause, à destination de commerce, ne peut être transformé en une autre destination que le commerce ou l'artisanat en application des dispositions précitées. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la maire de Paris aurait pris la même décision si elle avait entendu se fonder initialement sur ce motif. Ce dernier peut être substitué aux motifs fondant la décision dès lors que cette substitution n'a pour effet de priver la société Stephy d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Stephy est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Stephy et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

F. A

La présidente,

M-P. VIARD La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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