lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2120528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FRANKLIN (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2021, la société Lilou, représentée par Me Mestoudjian, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recettes n° 108561 émis le 12 juillet 2021 par la ville de Paris pour un montant de 10 000 euros ;
2°) d'annuler l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021 fixant, à compter du 1er janvier 2021, les tarifs de redevances pour certaines occupations de la voie publique ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le titre de recettes n° 108561 est illégal, car il est fondé sur l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021 qui est lui-même illégal, dès lors qu'il ne lui a pas été notifié, en méconnaissance de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration, qu'il prévoit une augmentation disproportionnée de la redevance qui n'est justifiée ni par la survenance d'éléments nouveaux postérieurement à la délivrance de l'autorisation dont elle bénéficie, ni par une contrepartie dans les prestations fournies, et qu'il constitue un abus de position dominante de la part de la ville de Paris, en méconnaissance de l'article 102 a) du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Lilou ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée à la direction régionale des finances publiques d'Île-de-France et du département de Paris qui n'a pas présenté d'observations.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté municipal du 11 janvier 2021, publié au bulletin officiel de la ville de Paris du 29 janvier 2021, en raison de leur tardiveté.
Par ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Berland,
- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Lilou exploite un fonds de commerce situé 23, avenue Paul Doumer, dans le 16ème arrondissement de Paris. Depuis le 29 mars 2005, elle bénéficie, au droit de son établissement, d'une place de stationnement réservée au transport de fonds. Le 12 juillet 2021, la maire de Paris a émis un titre de recettes n° 108561 d'un montant de 10 000 euros portant sur la redevance due pour cet emplacement réservé pour l'année 2021. Par la présente requête, la société Lilou demande au tribunal d'annuler ce titre de recettes et d'annuler l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021 sur lequel il est fondé.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021 :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021 a régulièrement été publié au bulletin officiel de la ville de Paris du 29 janvier suivant. En outre, la société requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration, qui ne s'appliquent pas aux actes règlementaires. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté, enregistrées le 22 septembre 2021, ont été présentées au-delà du délai de recours contentieux et doivent, par suite être rejetées pour tardiveté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation du titre de recettes n° 108561 :
3. La société requérante conteste la légalité du titre de recettes n° 108561, et excipe, à cet effet, de l'illégalité de l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021 fixant, à compter du 1er janvier 2021, les tarifs de redevances pour certaines occupations de la voie publique.
4. L'illégalité d'un acte administratif réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception, à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure, que si cette dernière décision a été prise pour l'application de cet acte réglementaire ou s'il en constitue la base légale. Une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a pour base légale l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021, de sorte que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cet arrêté est recevable.
6. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. () ". Aux termes de l'article L. 2125-1 du même code : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2125-3 de ce code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation. ".
7. Qu'elle détermine ou qu'elle révise le tarif d'une redevance d'occupation domaniale, l'autorité compétente doit tenir compte des avantages de toute nature que le titulaire de l'autorisation est susceptible de retirer de l'usage privatif du domaine public. Cette fixation ou cette révision du tarif ne saurait aboutir à ce que le montant de la redevance atteigne un niveau manifestement disproportionné au regard de ces avantages.
8. Par l'article 1-15 de l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021, la maire de Paris a fixé le tarif des redevances à recouvrer d'avance, sur les permissionnaires autorisés à occuper un emplacement de stationnement réservé sur la voie publique pour les transports de fonds, à 10 000 euros par an par emplacement. La ville de Paris fait valoir, en défense, que ce tarif, en augmentation substantielle par rapport au tarif annuel antérieur, qui était en 2020 de 1 621 euros, est justifié par l'inadéquation des tarifs, fondés sur une base tarifaire datant de 2003, avec les réalités économiques actuelles, dès lors que la neutralisation permanente d'un emplacement de stationnement payant au profit des véhicules de transport de fonds génère un manque à gagner pour la ville. Elle invoque également l'entretien des aménagements de voirie et de la signalisation règlementaire de l'emplacement " transport de fonds " assuré par la ville de Paris. Enfin, elle justifie ce tarif par référence aux pratiques tarifaires d'autres communes de grande taille.
9. Toutefois, la maire de Paris, qui devait, pour fixer le montant de la redevance exigée, tenir compte des avantages de toute nature retirés par l'occupant du domaine public, ne pouvait légalement tenir compte, pour prendre la disposition en cause, du coût induit par la neutralisation de places de stationnement. En outre, les coûts supportés à raison de la gestion du domaine public ne font pas partie des critères qui peuvent légalement fonder le tarif d'une redevance d'occupation domaniale. Enfin, les tarifs appliqués dans d'autres communes ne sauraient constituer, à eux seuls, un élément de nature à déterminer le montant des avantages de toute nature procurés aux occupants du domaine public, faute de tout élément permettant de comparer les situations. Par suite, la société Lilou est fondée à soutenir que l'article 1-15 de l'arrêté tarifaire du 11 janvier 2021 est entaché d'une erreur de droit.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Lilou est fondée à demander l'annulation du titre de recettes n° 108561 émis le 12 juillet 2021.
Sur les frais de justice :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris le versement à la société Lilou de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de recettes n° 108561 émis le 12 juillet 2021 est annulé.
Article 2 : La ville de Paris versera à la société Lilou une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Lilou et à la ville de Paris.
Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
La rapporteure,
F. BERLAND
La présidente,
M.-O. LE ROUX La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026