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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2120840

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2120840

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2120840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDIOP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2021, l'association Urban Sax, représentée par Me Diop, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération 2021 DAE 148-2 du conseil de Paris par laquelle la convention d'occupation du domaine public qu'elle avait signée le 11 mai 1992, modifiée par avenant du 1er juillet 1992, pour trois locaux, situés bâtiment B, dans l'immeuble dit " A ", 19, rue des Frigos, dans le 13ème arrondissement de Paris, a été résiliée ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le principe du contradictoire a été méconnu, dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations antérieurement à l'édiction de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que l'association Urban Sax ne justifie pas de sa qualité à agir ;

- les moyens soulevés par l'association Urban Sax ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 novembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland,

- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 mai 1992, la SNCF, propriétaire des lieux, a signé une convention d'occupation du domaine avec l'association Urban Sax, pour trois locaux d'une superficie de 177 m², 86,45 m² et 8,39 m², situés dans le bâtiment B d'un immeuble à usage d'entrepôt sis 91, quai de la Gare, dans le 13ème arrondissement de Paris, afin d'y mener une activité d'atelier de répétition, studio d'enregistrement et confection de décors. Cette convention, modifiée par avenant le 1er juillet 1992, a été conclue pour une durée indéterminée. Par acte de vente du 5 août 2003, le conseil de Paris a décidé l'acquisition de l'ensemble immobilier sis 19, rue des Frigos, anciennement 91, quai de la Gare, appartenant au domaine de Réseau ferré de France, au sein duquel se trouvent les locaux occupés par l'association Urban Sax. Les conventions d'occupation du domaine public existantes ont été reprises par la ville de Paris lors du transfert de propriété. Faute pour l'association Urban Sax de s'être acquittée des sommes réclamées au titre de la redevance due pour l'occupation de ces locaux, par délibération 2021 DAE 148-2 adoptée lors de sa séance des 6, 7, 8 et 9 juillet 2021, le conseil de Paris a résilié pour faute la convention d'occupation du 1er juillet 1992 dont l'association Urban Sax était titulaire. Cette décision a été notifiée par huissier à l'intéressée le 26 juillet 2021. L'association Urban Sax demande l'annulation de cette décision de résiliation.

Sur le cadre juridique applicable au litige :

2. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. Elle doit exercer ce recours, y compris si le contrat en cause est relatif à des travaux publics, dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle elle a été informée de la mesure de résiliation.

3. Il incombe au juge du contrat, saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles, lorsqu'il constate que cette mesure est entachée de vices relatifs à sa régularité ou à son bien-fondé, de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité. Dans l'hypothèse où il fait droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il peut décider, si des conclusions sont formulées en ce sens, que le requérant a droit à l'indemnisation du préjudice que lui a, le cas échéant, causé la résiliation, notamment du fait de la non-exécution du contrat entre la date de sa résiliation et la date fixée pour la reprise des relations contractuelles.

4. Pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise des relations contractuelles, il incombe au juge du contrat d'apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général et, eu égard à la nature du contrat en cause, aux droits du titulaire d'un nouveau contrat dont la conclusion aurait été rendue nécessaire par la résiliation litigieuse.

5. Eu égard au cadre juridique applicable au litige tel qu'exposé précédemment, les conclusions de la requête de l'association Urban Sax tendant à l'annulation de la délibération par laquelle le conseil de Paris a décidé de résilier la convention d'occupation du domaine public qui lui avait été consentie doivent être regardées comme tendant à la reprise des relations contractuelles.

Sur les conclusions de la requérante tendant à la reprise de relations contractuelles :

6. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. / (). ". Aux termes de l'article L. 2122-3 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable. ". Aux termes de l'article L. 2125-1 de ce code : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance sauf lorsque l'occupation ou l'utilisation concerne l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière ou nécessaires à la liquidation et au constat des irrégularités de paiement de toute taxe perçue au titre de l'usage du domaine public routier. / (). ".

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".

8. La délibération attaquée, qui vise le code général des collectivités territoriales et le code général de la propriété des personnes publiques, mentionne les courriers du 21 novembre 2018, 5 août 2019, 20 décembre 2019 et 30 octobre 2020, par lesquels la ville de Paris a successivement interrogé l'association requérante sur les raisons de ses arriérés de loyers, lui a demandé de respecter les engagements pris à l'oral lors de la réunion du 20 décembre 2018, a réitéré ses demandes précédentes, et l'a mise en demeure de payer les sommes dues sous huit jours. En outre, la délibération attaquée était accompagnée, ainsi que l'atteste l'acte de notification par voie d'huissier, d'une lettre datée du 19 juillet 2021 ayant pour objet la notification de la décision de résiliation de la convention d'occupation temporaire du 11 mai 1992. Cette lettre vise les stipulations contractuelles, à savoir les articles VIII et XIII de la convention en litige, permettant la résiliation pour défaut de paiement des redevances dues, ainsi que le montant des arriérés de redevance. Cette lettre d'accompagnement de la délibération précisant à l'association intéressée les éléments de fait et de droit qui en constituaient le fondement, l'obligation de motivation a été respectée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article XIII de la convention d'occupation du 11 mai 1992 : " Par ailleurs, en cas de défaut de paiement ou de toute autre infraction aux clauses de la présente convention, celle-ci se trouvera résiliée de plein droit huit jours après l'envoi d'une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception adressé à l'occupant pour l'inviter à faire cesser l'infraction en cause. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le 30 octobre 2020, la ville de Paris a notifié par voie d'huissier à l'association Urban Sax une mise en demeure de respecter ses obligations contractuelles, et notamment de payer ses arriérés de loyer, montant à la somme de 205 188 euros, sous 8 jours. En outre, ce courrier précisait qu'en l'absence de régularisation de sa situation, la ville de Paris pourrait prononcer la résiliation immédiate du contrat. En l'absence de toute personne lors du passage de l'huissier lors de son passage, le 4 novembre 2021, un avis de passage a été laissé à l'intention de l'association Urban Sax dans les conditions prévues par l'article 658 du code de procédure civile. Ainsi, la signification de ce courrier a été régulièrement faite. Par suite, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations antérieurement à l'édiction de la délibération attaquée. Ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non- recevoir opposée en défense, que l'association Urban Sax n'est pas fondée à contester la mesure de résiliation pour faute prise par le Conseil de Paris, et à solliciter la reprise des relations contractuelles. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Urban Sax est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Urban Sax et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Madé, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

La rapporteure,

F. BERLAND

La présidente,

M.-O. LE ROUXLa greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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