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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2120843

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2120843

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2120843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET LEXCASE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 27 septembre 2021, 30 juillet 2022 et 17 mars 2023, l'association centre Babel, représentée par Me Apelbaum, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a fixé à 152 397,62 euros le solde de la convention attributive de subvention conclue le 17 septembre 2015 avec l'association centre Babel portant sur le projet intitulé " formation à l'interculturalité des professionnels intervenant dans les domaines du soin, de la prévention, de la protection de l'enfance et de la réussite éducative " et, en conséquence, lui a indiqué qu'elle était redevable d'une somme de 91 202,38 euros ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme, tiré de son insuffisante motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, tiré du fait qu'elle repose sur un rapport d'audit réalisé par la commission interministérielle de coordination des contrôles (CICC) de manière non contradictoire, sans qu'elle en soit informée, sans qu'elle ait été informée de la liste exhaustive des documents utilisés par cette commission dans le cadre de sa mission, documentation qui s'avère en tout état de cause incomplète, sans qu'elle puisse formuler des observations en retour ni qu'elle ait été informée des suites données aux documents qu'elle a transmis postérieurement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, tirée de ce qu'elle a respecté l'ensemble des conditions d'octroi de la subvention définies par la convention attributive du 17 septembre 2015 en réalisant le projet, ce que ne conteste pas l'administration, et en lui communiquant l'ensemble des documents nécessaires à la liquidation du montant définitif de la subvention ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, tirée de l'impossibilité de subordonner l'octroi de la subvention aux conclusions du rapport de la CICC, qui a fixé des conditions nouvelles non prévues par la convention attributive ou l'objet même du projet ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, tirée de ce que le rapport de la CICC, qui porte uniquement sur la méthodologie d'audit du ministère de l'intérieur, est sans incidence sur l'appréciation de l'éligibilité de ses dépenses à la subvention ;

- elle est entachée d'erreurs d'appréciation, dès lors que les rapports établis par la CICC et le cabinet Sirus ne concernent pas les mêmes périodes et qu'elle a produit des justificatifs détaillés et circonstanciés permettant de répondre à chacun des griefs relevés par ces rapports, en particulier en ce qui concerne des postes de dépense de frais de mission, des salaires, le non-respect des règles de la commande publique et des coûts indirects ;

- ses pièces n° 18 et n° 6 sont valables, contrairement à ce que soutient le ministre en défense, et démontrent que le personnel de l'association était bien affecté à la réalisation du projet conventionné ;

- le ministre n'a pas eu une approche plus bienveillante que celle du rapport de la CICC en ce qui concerne l'ensemble des formateurs intervenus dans le cadre du projet ;

- la lettre de mission n'est qu'une synthèse certifiée des actions réalisées par les formateurs, sachant que les lettres de mission individuelle n'étaient ni demandées ni obligatoires avant la réalisation des actions dans le cadre du projet ;

- le ministre ne démontre pas qu'elle aurait utilisé de manière frauduleuse le logo FAMI.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 514/2014 du 16 avril 2014 ;

- le règlement (UE) n° 516/2014 du 16 avril 2014 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2002-1576 du 30 décembre 2002 ;

- le décret n° 2008-548 du 11 juin 2008 ;

- le décret n° 2015-44 du 21 janvier 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Martin, représentant l'association centre Babel.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du programme 2014-2020 du Fonds Asile Migration et Intégration (FAMI), le ministère de l'intérieur a conclu le 17 septembre 2015 une convention de subvention avec l'association centre Babel, portant sur le financement du projet " formation à l'interculturalité des professionnels intervenant dans les domaines du soin, de la prévention, de la protection de l'enfance et de la réussite éducative " pour la période du 1er septembre 2014 au 31 août 2017. Cette convention, telle que modifiée par l'avenant du 19 avril 2017, prévoyait que le coût total prévisionnel éligible du projet était de 536 306 euros, et que le montant de la subvention prévisionnelle attribuée s'élevait à 341 860 euros. Conformément à cette convention, l'association requérante, qui a justifié du démarrage de son projet, de son exécution et de ses dépenses sur la période du 1er septembre 2014 au 31 août 2016 auprès du ministre de l'intérieur, a bénéficié du versement d'une avance de 20 % et de deux acomptes de 30 % sur le montant de la subvention prévisionnelle. Le 26 septembre 2017, l'association centre Babel a adressé à l'administration le rapport d'exécution et la demande de paiement final du solde de la subvention. Parallèlement à l'instruction de cette demande de paiement final par le ministre de l'intérieur, autorité responsable des demandes de subvention relevant du FAMI, la commission interministérielle de coordination des contrôles (CICC), autorité d'audit des fonds européens, a effectué un contrôle des dépenses déclarées jusqu'à présent à la Commission européenne par le ministre pour le projet en cause. A l'issue de ce contrôle validé le 26 novembre 2018, la CICC a estimé que, sur la période du 1er septembre 2014 au 31 août 2016, plusieurs postes de dépenses, s'élevant à 257 996 euros et concernant des salaires, des frais de mission et des coûts indirects, étaient inéligibles et ne devaient donc pas être utilisés pour le calcul de la subvention. Les résultats de cet audit ont été pris en compte dans le rapport de contrôle de service fait réalisé le 23 juillet 2021, procédant à l'examen de l'ultime demande de paiement de l'association centre Babel du 26 septembre 2017. A la lumière de ce rapport, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 28 juillet 2021, estimé que l'association centre Babel pouvait bénéficier d'une subvention FAMI de 152 397,62 euros et que, compte tenu des sommes qui lui avaient déjà été versées, elle était redevable de la somme 91 202,38 euros. L'association centre Babel demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ".

3. Il ressort de la décision attaquée que celle-ci était accompagnée des rapports définitifs du contrôle de service fait et de l'audit d'opération mené par la CICC qui ont permis d'effectuer les calculs de la subvention FAMI de l'association centre Babel et de la somme dont elle est redevable au ministre de l'intérieur. Ainsi, alors, en outre, que cette décision se réfère à la convention liant l'autorité responsable pour la France du FAMI et l'association requérante et mentionne l'article 5 relatif aux modalités de paiement de la subvention à l'origine du litige, contrairement à ce que soutient l'association requérante, la décision attaquée est suffisamment motivée en fait et en droit. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 514/2014 du parlement européen et du conseil du 16 avril 2014 : " 1. En appui à l'avis donné conformément à l'article 59 du règlement (UE, Euratom) n° 966/2012, l'autorité d'audit fait en sorte que des audits des systèmes de gestion et de contrôle soient réalisés, sur la base d'un échantillon approprié des dépenses figurant dans les comptes annuels. La Commission est habilitée à adopter, en conformité avec l'article 58 du présent règlement, des actes délégués relatifs au statut des autorités d'audit et aux conditions que leurs audits doivent remplir. / 2. Lorsque les audits sont réalisés par un organisme autre que l'autorité d'audit, celle-ci s'assure que ledit organisme dispose de l'expertise spécifique et de l'indépendance fonctionnelle nécessaires. / 3. L'autorité d'audit s'assure de la conformité du travail d'audit avec les normes d'audit internationalement reconnues ". En vertu de l'article 60 de la loi n° 2002-1576 du 30 décembre 2002 : " Il est institué une commission interministérielle de coordination des contrôles dont l'organisation et les missions sont fixées par décret en Conseil d'Etat. Cette commission effectue des contrôles portant sur les opérations cofinancées par des fonds européens, dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, et exerce les mêmes pouvoirs de contrôle que ceux prévus au I de l'article 43 de la loi n° 96-314 du 12 avril 1996 portant diverses dispositions d'ordre économique et financier à l'égard des organismes intervenant dans la mise en œuvre de ces fonds, notamment les collectivités territoriales, des personnes morales ou physiques qui bénéficient des fonds européens et qui mettent en œuvre des opérations inscrites dans les programmes bénéficiant de ces fonds ainsi que des organismes par lesquels ont transité ces concours. / () ". Selon l'article 1er du décret n° 2008-548 du 11 juin 2008 : " La commission interministérielle de coordination des contrôles, autorité d'audit pour les fonds européens en France, instituée par l'article 60 de la loi du 30 décembre 2002 susvisée, est chargée d'exercer, pour la France, les missions confiées aux autorités d'audit par les règlements européens, les règlements délégués et d'exécution pris en application de ceux-ci et les décisions des institutions européennes portant sur les fonds européens dont la liste figure en annexe. / 1° Au titre de la programmation 2014-2020 : () b) L'autorité d'audit chargée de contrôler le bon fonctionnement des systèmes de gestion et de contrôle et d'établir un avis d'audit et un rapport de contrôle exposant les conclusions principales des audits qu'elle réalise ou fait réaliser pour son compte en application de () l'article 29 du règlement (UE) n° 514/2014 du Parlement européen et du Conseil du 16 avril 2014 ; ". En vertu de l'article 2 du même texte : " La commission élabore, après consultation des autorités concernées, une stratégie d'audit fondée sur une évaluation des risques, en tenant compte de la description du système de gestion et de contrôle. Elle définit l'organisation et l'orientation de l'ensemble des audits et veille à l'établissement et à l'exécution des programmes d'audits. / Elle adresse aux autorités impliquées dans la gestion et le contrôle des fonds visés par le présent décret, notamment les collectivités territoriales, et aux ministères concernés toute recommandation nécessaire pour améliorer les systèmes de gestion et de contrôle, leur propose les mesures appropriées pour remédier aux déficiences constatées et est informée des suites qui y sont données. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'audit qui a été réalisé par la CICC porte sur le contrôle exercé par le ministre de l'intérieur, autorité responsable du programme FAMI, des dépenses éligibles au calcul de la subvention prévue par ce programme. L'association centre Babel, qui n'était pas directement concernée par ce contrôle, n'avait donc pas à y être associé. Par ailleurs et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de l'établissement, par le cabinet Sirius, du rapport de contrôle de service fait, l'association requérante a, le 21 décembre 2020, présenté ses observations sur l'inéligibilité des dépenses identifiées dans l'audit du CICC. Le moyen tiré du vice de procédure en ce que le contrôle du CICC n'aurait pas été mené contradictoirement doit donc, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant des erreurs de droit :

6. En premier lieu, la décision attaquée ne repose pas sur l'absence de réalisation du projet mais sur l'inéligibilité de certaines dépenses insusceptibles d'être prises en compte pour la détermination du montant de la subvention de l'association centre Babel. Ainsi, la circonstance que cette dernière ait réalisé avec succès le projet en cause est sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Ce moyen doit donc être écarté

7. En deuxième lieu, l'association requérante ne peut utilement soutenir qu'elle a transmis l'intégralité des pièces requises par l'article 5.1 de la convention attributive de subvention pour permettre au ministre de l'intérieur de procéder au contrôle de service fait dès lors que la décision attaquée ne repose pas sur l'incomplétude des pièces prévues à cet article. Ce moyen doit donc être écarté.

8. En troisième lieu, la circonstance que le rapport d'audit de la CICC aurait à tort reproché au ministre de l'intérieur de ne pas avoir sollicité des devis auprès des candidats pour la mission d'expert-comptable est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui ne fonde pas l'inéligibilité des dépenses retenues sur ce motif. Ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

9. En dernier lieu, l'association requérante ne peut utilement soutenir que, par principe, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'erreur de droit en décidant de s'approprier une partie des conclusions du rapport d'audit de la CICC dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait estimé en situation de compétence liée vis-à-vis de celui-ci et alors, en outre, que la décision attaquée est motivée par les conclusions du contrôle de service fait effectué le 23 juillet 2021. Ce moyen doit donc être écarté.

S'agissant des erreurs d'appréciation :

10. La circonstance que le rapport de contrôle de service fait établi le 23 juillet 2021 a repris les conclusions du CICC pour la période du 1er septembre 2014 au 31 août 2016 et n'a rejeté aucune des dépenses pour la période du 31 août 2016 au 31 août 2017 ne permet pas de remettre en cause la fiabilité des conclusions de ce rapport. Ce moyen doit donc être écarté

Quant à l'inéligibilité des salaires pour 635 euros

11. L'association requérante n'a formulé aucune observation au sujet de l'inéligibilité de cette dépense, qui n'est donc entachée d'aucune erreur d'appréciation.

Quant à l'inéligibilité des frais de mission pour 2 364,70 euros

12. Il ressort du rapport d'audit de la CICC, repris par le ministre de l'intérieur, que le poste de dépenses en cause est inéligible en raison de l'absence de pièce ou de la production de pièces non probantes pour justifier la réalisation de l'opération, ainsi que de pièces illisibles ou altérées, des titres de transports de personnels non-salariés, d'irrégularités formelles et du fait que certains bénéficiaires ne sont pas identifiables.

13. Si l'association requérante indique qu'elle a communiqué l'ensemble des pièces justifiant l'éligibilité de ce poste de dépense, elle ne le démontre pas. En outre, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été sollicitée pour fournir des pièces plus lisibles ou manquantes alors qu'elle a été mise à même de présenter ses observations sur l'inéligibilité de cette dépense. Le ministre de l'intérieur n'a donc entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation en rejetant cette dépense.

Quant à l'inéligibilité des frais de mission pour 272,50 euros

14. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2015-44 du 21 janvier 2015 : " " Le territoire d'éligibilité s'étend : / - pour le FAMI, à la France (métropole et régions ultrapériphériques) et, le cas échéant, aux pays tiers (hors Union européenne) ; () ".

15. Conformément aux dispositions précitées, c'est à bon droit que le ministre de l'intérieur a exclu l'éligibilité de ces frais de missions concernant un déplacement à Bruxelles pour un colloque du réseau mère-enfant de la francophonie. Le ministre de l'intérieur n'a donc entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation en rejetant cette dépense.

Quant à l'inéligibilité des salaires pour 68 442,10 euros

16. Il ressort du rapport d'audit de la CICC, repris par le ministre de l'intérieur, que le poste de dépenses en cause correspond au cumul des salaires du directeur de l'association requérante qui ne pouvait toutefois être employé par celle-ci par un contrat de droit privé entre le 1er septembre 2014 et le 31 janvier 2016, en raison d'une incompatibilité de fonction liée à son statut de fonctionnaire en exercice.

17. La société requérante soutient que cette dépense, qu'elle a supportée, était nécessaire à la réalisation du projet et concernait une personne impliquée dans sa mise en œuvre qui a effectivement exercé ses missions à temps partiel conformément à son contrat de travail. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur le motif de rejet de la dépense en cause, tenant à l'incompatibilité des fonctions exercées par le salarié embauché par l'association requérante, qui est également fonctionnaire en exercice. Par ailleurs, si cette association indique également que le supérieur hiérarchique de cet agent avait donné son accord à son emploi par l'association en dehors des heures du service, elle ne l'établit pas, en se bornant à produire une attestation de cet agent. Le ministre de l'intérieur n'a donc entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation en rejetant cette dépense.

Quant à l'inéligibilité des salaires pour 7 316 euros

18. Aux termes de l'article 19 du décret n° 2015-44 du 21 janvier 2015 : " Les dépenses suivantes ne sont pas éligibles : / - les pénalités, notamment les amendes pour retard de paiement des impôts, les pénalités financières ou les coûts liés à des procédures judiciaires ; () "

19. Il ressort du rapport d'audit de la CICC, repris par le ministre de l'intérieur, que le poste de dépenses en cause est inéligible en raison du fait qu'il s'agit de pénalités appliquées par l'URSSAF. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement d'une lettre d'observations adressée par l'URSSAF Ile-de-France, que cette somme correspond à un rappel de cotisations et de contributions de sécurité sociale, d'assurance chômage et d'AGS et n'inclut pas les majorations de retard légalement prévues par le code de la sécurité sociale. Par suite, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en déclarant cette dépense, d'un montant de 7 316 euros, inéligible.

Quant à l'inéligibilité des salaires pour 56 458,88 euros

20. Le ministre de l'intérieur a rejeté l'éligibilité de cette dépense au motif que la traçabilité des opérations réalisées était insuffisante dès lors que les contrats des formateurs occasionnels ne précisent pas les dates d'intervention et que les feuilles d'émargement ne permettent pas d'attester la présence du salarié comme formateur occasionnel. Toutefois, si les contrats des formateurs occasionnels indiquent généralement qu'ils sont susceptibles d'être appelés à donner des formations pendant une période d'un an sans préciser les dates de leurs interventions, les feuilles d'émargement remplies lors de ces formations qui comportent les nom et prénom du formateur permettent d'attester de sa présence à la formation donnée. Il en va de même des attestations de présence remplies par les responsables des organismes qui nomment les formateurs de l'association requérant ayant dispensé des formations dans leur établissement. A cet égard, il ressort notamment des pièces du dossier qu'il est établi que M. G a dispensé une formation le 6 novembre 2014 au sein du service social de protection de l'enfance, que M. F A a donné une formation le 4 juillet 2016, tout comme Mme E C le 4 mars 2015 ou Mme D le 27 janvier et le 13 mai 2016. Par suite, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que les dépenses en cause n'étaient pas éligibles à hauteur de 56 458,88 euros.

Quant à l'inéligibilité des frais de mission pour 11 785,23 euros

21. L'association requérante n'a produit aucune pièce pour justifier de la réalité des des frais de mission dont elle réclame l'éligibilité. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que le ministre de l'intérieur a estimé que cette dépense n'était pas éligible.

Quant à l'inéligibilité des salaires pour 86 810,02 euros

22. Il ressort du rapport d'audit de la CICC, repris par le ministre de l'intérieur, que le poste de dépenses en cause est inéligible en raison du fait que les justificatifs de la dépense ne sont pas probants, que les contrats de travail n'ont pas été signés ou que les rémunérations ne correspondent pas aux contrats signés ou que ceux-ci ne sont pas valides.

23. En premier lieu, si l'association requérante soutient que les frais de mission de la personne recrutée sur le poste d'assistante des actions de formation à la faveur d'un contrat signé le 2 janvier 2016 étaient éligibles à la subvention, cette circonstance, à supposer même qu'elle soit fondée, est sans influence sur l'appréciation de l'éligibilité des salaires en cause. Le ministre de l'intérieur n'a donc entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation en rejetant cette dépense.

24. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les salaires des deux salariés occupant les fonctions de secrétaire de formation dont l'association requérante demande la prise en charge dans le cadre du calcul de la subvention correspondent aux salaires de leur contrat de travail respectif. Par ailleurs, l'association requérante ne démontre pas qu'il conviendrait de retenir les sommes correspondant au salaire du mois d'août 2016 pour ces deux salariés pour reconstituer le montant de leur salaire, éligible à la subvention. Le ministre de l'intérieur n'a donc entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation en rejetant cette dépense.

Quant à l'inéligibilité des coûts indirects pour 20 895,08 euros

25. Les coûts indirects éligibles à la subvention étant notamment calculés à partir des dépenses de salaires mentionnés au point 20, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en rejetant l'éligibilité de cette dépense pour le montant de 20 895,08 euros.

Quant à l'inéligibilité des salaires pour 2 513,72 euros

26. Il ressort du rapport d'audit de la CICC, repris par le ministre de l'intérieur, que le poste de dépenses en cause, qui correspond à la différence entre le montant des dépenses initialement retenues par le ministre de l'intérieur dans le cadre de son contrôle administratif sur pièce du 3 avril 2018, soit 304 283,05 euros, et celles déclarées par l'association requérante, à hauteur de 301 769,33 euros, n'est pas justifié, ce qui le rend inéligible.

27. L'association centre Babel, qui se borne à se référer au contrôle administratif sur pièce précité, n'apporte aucun élément justifiant que la majoration, par le ministre de l'intérieur, de ses dépenses déclarées à hauteur de 2 513,72 euros soit prise en compte au titre des dépenses éligibles. Le ministre de l'intérieur n'a donc entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation en rejetant cette dépense.

Quant à l'inéligibilité des frais de mission pour 503,56 euros

28. Il ressort du rapport d'audit de la CICC, repris par le ministre de l'intérieur, que le poste de dépenses en cause correspond à la différence entre le montant des dépenses déclarées par l'association requérante, soit 14 422,43 euros, et celles retenues par le ministre de l'intérieur dans le cadre du son contrôle administratif sur pièce du 3 avril 2018, soit 13 918,87 euros, différence qui s'élève à 503,56 euros.

29. Toutefois, cette différence correspondant à une minoration et non à une majoration des dépenses déclarées par l'association requérante à hauteur de 14 422,43 euros, mais dont l'éligibilité n'a été reconnue qu'à hauteur de 13 918,87 euros. Par suite, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en minorant de 503,56 les dépenses éligibles au titre des frais de mission.

30. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 19, 20, 25 et 29 que la décision du 28 juillet 2021 attaquée en tant que par celle-ci le ministre de l'intérieur a soustrait au montant des dépenses éligibles au subventionnement les sommes de 7 316 euros, 56 458,88 euros, 20 895,08 euros et 503,56 euros au titre de la convention conclue le 17 septembre 2015 est annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

31. Le motif d'annulation retenu implique seulement que le ministère de l'intérieur et des outre-mer réexamine le calcul du solde à verser à l'association centre Babel au regard de la convention citée au point 1. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à l'association centre Babel d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 28 juillet 2021 en tant que par celle-ci le ministre de l'intérieur a soustrait au montant des dépenses éligibles au subventionnement les sommes de 7 316 euros, 56 458,88 euros, 20 895,08 euros et 503,56 euros au titre de la convention conclue le 17 septembre 2015 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer le calcul du solde à verser à l'association centre Babel au regard de la convention conclue le 17 septembre 2015, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à l'association centre Babel une somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association centre Babel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, présidente

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

J. GRANDILLON

La présidente,

J-F. SIMONNOTLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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