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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2120923

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2120923

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2120923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er octobre 2021 et le 30 novembre 2021, M. B C, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2021 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'autoriser le regroupement familial sollicité, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il se fonde sur l'absence de documents qu'il a versés lors du dépôt de sa demande ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce que les pièces versées ont été légalisées contrairement à ce que soutient le préfet ; en outre, l'exigence d'une telle légalisation ajoute une condition illégale ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet a rejeté sa demande alors qu'il remplissait l'intégralité des conditions posées ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'il l'empêche, alors qu'il vit régulièrement en France depuis le 10 novembre 2013, de vivre avec son épouse avec laquelle il s'est marié le 2 septembre 2019.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 3 novembre 2021 et le 7 décembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de la Haye du 5 octobre 1961 supprimant l'exigence de la légalisation des actes publics étrangers ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice ;

- la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ;

- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;

- la décision n° 2021-972 QPC du 18 février 2022 du Conseil constitutionnel ;

- la décision n°s 448296, 448305, 454144, 455519 du Conseil d'Etat, statuant au contentieux, du 7 avril 2022 ;

- l'avis n°s 457494, 458031 du Conseil d'Etat, statuant au contentieux, du 21 juin 2022 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Riou, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sri-lankais né le 19 août 1963, titulaire d'une carte de résident de dix ans valable jusqu'au 9 novembre 2023, a présenté, le 9 juillet 2020, une demande de regroupement familial au bénéfice de Mme A C qu'il a présentée comme son épouse. Par arrêté du 10 septembre 2021, le préfet de police a rejeté sa demande au motif que les actes d'état civil sri-lankais produits à l'appui de cette demande étaient dépourvus de légalisation. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : /1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; /2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; () ". Aux termes de l'article L. 411-2 de ce code : " Le regroupement familial peut également être sollicité pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint dont, au jour de la demande, la filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ou dont l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ". Aux termes de l'article L. 411-3 du même code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ". Selon les termes de l'article L. 314-11 de ce code, auquel renvoie l'article L. 411-4 du même code, l'enfant visé par ces dispositions s'entend de l'enfant ayant une filiation légalement établie, y compris l'enfant adopté.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. Les dispositions citées au point 3 de l'article 47 du code civil posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de regroupement familial, M. C a présenté son acte de naissance, celui de Mme A D ainsi qu'un acte de mariage émanant des autorités sri-lankaises, et dont la traduction a été réalisée par des interprètes assermentés. Le préfet de police soutient que ces documents sont dépourvus de toute légalisation. Toutefois, si le préfet de police fait valoir qu'il existe une différence entre les deux traductions du même acte de mariage, l'incohérence ainsi alléguée ne vise que les commentaires mentionnés par le traducteur dans un courriel et non le document lui-même, lequel comporte bien un tampon officiel ainsi qu'un QR code permettant son authentification par une application dédiée. Dans ces conditions, le préfet de police n'établit pas que le document en cause serait irrégulier ou inexact. En outre, il est constant que le requérant remplissait les conditions de ressources et justifiait d'un logement adapté. Par suite, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit et à en demander l'annulation pour ce motif.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. L'annulation du refus en litige implique la délivrance à M. C de l'autorisation de regroupement familial demandée. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de faire droit à la demande de regroupement familial de l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 10 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

C. Riou

L'assesseure la plus ancienne,

C. Kanté

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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