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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2120976

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2120976

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2120976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 1er octobre 2021 et le 13 juillet 2022, M. A C représenté par Me Ntsama, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner en France pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que l'arrêté :

- est entaché d'incompétence ;

- est illégal faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- a été pris en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention de New York.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 1er août 2022 a ré-ouvert l'instruction puis fixé la clôture de celle-ci au 16 août 2022.

Par une décision du 7 janvier 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Paris a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New York relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, né le 22 janvier 1983, à Besbes, a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 23 septembre 2021, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner en France pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B D, adjointe à la cheffe du 9ème bureau à la délégation de l'immigration de la préfecture de police, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté n° 2021-00539 du 9 juin 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen approfondi de la situation personnelle de M. C.

4. En troisième lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions permettant d'obtenir de plein droit un titre de séjour et non de celui de tous les étrangers qui demandent un tel titre. M. C n'établit pas être en situation de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour. Le préfet de police n'était, ainsi, pas tenu de saisir la commission du titre de séjour de son cas. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si le requérant fait valoir au soutien de ses conclusions qu'il est le père de deux enfants français et qu'il est toujours marié avec leur mère, il ressort des pièces du dossier que les deux enfants sont placés et qu'il est séparé de son épouse. Dans ces conditions, M. C n'établit pas avoir établi en France le centre de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant dans toutes les décisions le concernant.

8. Si le requérant est le père de deux enfants français avec lesquels il allègue avoir des contacts réguliers, il ressort des pièces du dossier qu'il est marié mais séparé d'avec leur mère et que ses deux enfants sont placés, l'aîné, né en 2013, en famille d'accueil et la cadette à l'aide sociale à l'enfance. M. C ne produit aucune pièce de nature à établir qu'il rencontrerait régulièrement ses enfants ou qu'il ait fait des démarches en ce sens. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de New York doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A C, au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente ;

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;

- et Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

N. E

La présidente,

V. HERMANN JAGER

La greffière,

S. DICK

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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