jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2121458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ARVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 octobre 2021, 7 janvier, 15 juin, 31 août, 30 octobre et 30 novembre 2022, Mme B C, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'éducation nationale a fixé à hauteur de 866,67 euros le montant de l'indemnité de fonction, de sujétion et d'expertise à compter du mois d'octobre 2020 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale de se prononcer à nouveau sur son droit à l'indemnité de fonction, de sujétion et d'expertise à compter du mois d'octobre 2020, dans un délai d'un mois courant à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions des articles 1 à 3 du décret n°2014-513 du 20 mai 2014 et notamment de l'obligation de réexamen dans le cadre d'un changement de fonctions et de l'obligation de fixation du montant par arrêté ministériel pris après avis du comité technique ;
- méconnaît les dispositions du décret du 20 mai 2014 en ce qu'elles imposent un classement par groupes différenciés selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions ;
- méconnaît son droit à recevoir dans un délai raisonnable une affectation correspondant à son grade ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie dont elle souffre et de la placer en congé pour invalidité imputable au service, qui méconnaît l'article 47-5 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 12 décembre 2018 lui notifiant son classement dans le groupe 3 de la cartographie des fonctions des corps de la filière ITRF : IGR-Ad et fixant le montant de son IFSE à 16 000 euros annuels, entachée d'un défaut de base légale, en l'absence d'arrêté ministériel définissant ce groupe de fonctions, d'erreur de fait en raison de son imprécision et de l'absence de prise en compte de critères autres que ceux tenant au niveau d'encadrement et de responsabilité, et d'erreur d'appréciation entraînant une rupture d'égalité avec les autres agents exerçant des fonctions comparables aux siennes dans le même corps, dès lors que ses fonctions, qui appartenaient à la famille professionnelle (REME) " Management, pilotage et contrôle " et à la famille professionnelle (REFERENS) " administration et pilotage ", auraient dû la faire classer dans le groupe 2 et non dans le groupe 3 ;
- méconnaît l'article 3 du décret n°2014-513 du 20 mai 2014, dès lors que le réexamen de son IFSE ne correspondait pas aux cas prévus par les dispositions de cet article ;
- est illégale en tant qu'elle procède au retrait d'une décision créatrice de droits.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 mai, le 29 septembre et 14 novembre 2022, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;
- l'arrêté du 24 mars 2017 pris pour l'application à certains corps d'ingénieurs de recherche des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
- et les observations de Me Lesueur, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ingénieure de recherche de 2ème classe, affectée à la direction générale des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale à compter du 1er février 2017, percevait 1 333,33 euros par mois au titre de l'indemnité de fonction, de sujétion et d'expertise (IFSE). Mme C a été placée en congé de longue maladie du 28 mars 2019 au 27 mars 2020, puis en congé de longue durée du 28 mars 2020 au 27 septembre 2020. Par un arrêté du 15 septembre 2020, Mme C a été réintégrée au sein de l'administration centrale des ministères de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports et de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à compter du 28 septembre 2020. En l'absence d'affectation, son IFSE a été ramenée au plancher correspondant à son grade, d'un montant de 866,67 euros par mois, à compter d'octobre 2020. Mme C sollicite l'annulation de la décision par laquelle le montant de son IFSE a été fixé à cette somme.
2. En premier lieu, par un arrêté du 10 septembre 2018, publié au journal officiel de la République française le 11 septembre 2018, M. D a été nommé chef du service de l'action administrative et des moyens des ministères de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports et de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation pour une durée de trois ans, avec compétence pour signer toutes les décisions relevant des attributions de ce service. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, fixant le montant de l'IFSE allouée à Mme C, n'entre dans aucune des catégories de décisions mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et, par suite, n'a pas à être motivée en application de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En troisième lieu, si Mme C fait valoir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions des articles 1 à 3 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014, il ne résulte pas de ces dispositions que la fixation du montant de l'IFSE devrait être précédée de la mise en œuvre d'une procédure qui aurait, en l'espèce, été méconnue. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 20 mai 2014 : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. Ce même arrêté fixe les montants minimaux par grade et statut d'emplois, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions et les montants maximaux applicables aux agents logés par nécessité de service. Le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est mensuel. ". L'article 3 du même décret dispose que : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise fait l'objet d'un réexamen : 1° En cas de changement de fonctions ; 2° Au moins tous les quatre ans, en l'absence de changement de fonctions et au vu de l'expérience acquise par l'agent ; 3° En cas de changement de grade à la suite d'une promotion. ".
6. En application de ces dispositions, l'arrêté du 24 mars 2017 susvisé a fixé à trois le nombre de groupes de fonctions pour le corps des ingénieurs de recherche et a fixé les montants minimaux de l'IFSE par grade, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions et les montant maximaux applicables aux agents logés par nécessité de service. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait méconnu les dispositions du décret du 20 mai 2014 imposant un classement par groupes différenciés selon le niveau de responsabilité et d'expertise manque en fait.
7. En cinquième lieu, Mme C fait valoir que la décision litigieuse méconnaît son droit à recevoir dans un délai raisonnable une affectation correspondant à son grade. Toutefois, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision par laquelle le montant de son IFSE a été fixé à 866,67 euros, qui n'a pas été prise pour l'application de la décision la réintégrant dans ses fonctions sans affectation. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie dont souffre Mme C et de la placer en congés pour invalidité imputable au service doit être écarté.
8. En sixième lieu, Mme C excipe de l'illégalité de la décision du 12 décembre 2018 lui notifiant son classement dans le groupe 3 de la cartographie des fonctions des corps de la filière ITRF : IGR - Ad et fixant le montant de son IFSE à 16 000 euros annuels. Toutefois, il ressort des dispositions de l'arrêté du 24 mars 2017 susvisé que la décision de classer le poste occupé par Mme C en 2018 dans le groupe 3 avait pour seule conséquence de déterminer le plafond maximum de l'IFSE auquel elle pouvait prétendre, et non son plancher minimal. Par suite, la décision litigieuse ayant eu pour objet de fixer le montant de l'IFSE de Mme C au niveau minimal de son grade, la décision du 12 décembre 2018 ne peut avoir eu d'influence sur le sens de la décision litigieuse. Elle est, en outre, devenue définitive, dès lors que Mme C en a nécessairement eu connaissance, ainsi qu'elle l'indique dans sa demande de communication adressée au ministre le 20 mai 2021. Par suite, Mme C ne peut utilement se prévaloir de ce que ces deux décisions constitueraient une opération complexe, ni exciper de l'illégalité alléguée de la décision du 12 décembre 2018. Le moyen doit, par suite, être écarté comme inopérant.
9. En septième lieu, il résulte des dispositions combinées des articles 2 et 3 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 précités que la fixation du montant de l'IFSE d'un agent doit être fonction du niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice de ses fonctions, et qu'il peut être réexaminé par l'administration en cas de changement dans ces fonctions ou à intervalle régulier pour tenir compte de l'évolution des responsabilités ou de l'expertise de l'agent. En l'espèce, Mme C a été réintégrée dans ses fonctions par un arrêté du 15 septembre 2020 après son congé de longue durée, mais est restée sans affectation. Par suite, elle devait être regardée comme ayant fait l'objet d'un changement dans l'exercice de ses fonctions impliquant une absence de responsabilités pendant cette période. Dans ces conditions, l'administration était fondée à réexaminer à la baisse le montant de son IFSE. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du décret du 20 mai 2014 doit, par suite, être écarté.
10. En huitième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la note ministérielle du 14 avril 2016 relative à la mise en place du RIFSEEP, qui ne présente pas un caractère réglementaire.
11. En neuvième lieu, la décision litigieuse ne constitue pas une décision procédant au retrait d'une décision créatrice de droits, dès lors qu'elle se borne à fixer le nouveau montant de l'IFSE dû à Mme C. Par suite, ce moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le rapporteur,
R. A
La présidente,
F. Versol La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026