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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2121635

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2121635

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2121635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 12 octobre 2021 et le

7 avril 2022, M. B A, représenté par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021, par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ;

3°) d'annuler la prolongation du délai de transfert aux autorités autrichiennes ;

4°) d'enjoindre au préfet de le convoquer afin d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demandeur, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la décision à venir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à son client, de verser cette somme à ce dernier en application de l'article.

Il soutient que :

- la prolongation du délai de transfert méconnaît l'article 29 du règlement 604/2013 ;

- le refus d'enregistrer sa demande d'asile est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation puisque le préfet de police n'établit pas qu'il aurait manqué des convocations et que ses absences aux rendez-vous du 7 juillet et du 13 juillet 2020 étaient justifiées médicalement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 mars 2022 et le 22 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, n'étant dirigée contre aucune décision susceptible de recours ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 tel que modifié par le règlement (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Pottier, rapporteur public,

- et les observations de Me Grolleau substituant Me Pierre représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 21 mars 1979, a déposé une demande d'asile en France le 2 décembre 2020. Par un arrêté du 13 janvier 2021, le préfet de police a décidé de son transfert aux autorités autrichiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile. Le recours introduit à l'encontre de cet arrêté a été rejeté le 22 février 2021. Le 22 septembre 2021, le requérant s'est rendu à la préfecture de police afin de solliciter l'enregistrement de sa demande d'asile, qui lui a été refusé. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la prolongation du délai de transfert et du refus d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 7 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A. Il n'y a ainsi plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les fins de non-recevoir opposées par le préfet de police :

3. Aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () ; / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté () à dix-huit-mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ". Aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

4. Il résulte des dispositions citées au point 1 du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, combinées avec celles du règlement n° 1560/2003 modifié qui en porte modalités d'application, que si l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur d'asile a informé l'Etat membre responsable de l'examen de la demande, avant l'expiration du délai de six mois dont il dispose pour procéder au transfert de ce demandeur, qu'il n'a pu y être procédé du fait de la fuite de l'intéressé, l'Etat membre requis reste responsable de l'instruction de la demande d'asile pendant un délai de dix-huit mois, courant à compter de l'acceptation de la reprise en charge, dont dispose l'Etat membre sur le territoire duquel séjourne le demandeur pour procéder à son transfert.

5. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, le préfet de police est fondé à soutenir que les conclusions dirigées contre la prolongation du délai de transfert de M. A aux autorités autrichiennes sont irrecevables.

6. En revanche, il ressort d'une attestation en date du 22 septembre 2021 établie par un membre du GISTI que M. A a demandé que sa demande d'asile soit enregistrée en procédure normale lors d'un rendez-vous en préfecture le même jour. Cette demande a fait l'objet d'un refus oral au guichet. Le requérant est ainsi recevable à demander l'annulation de la décision de refus d'examen de sa demande d'asile fondée sur l'absence d'expiration du délai de transfert.

Sur le refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ".

8. Il résulte des dispositions précitées que le transfert d'un demandeur d'asile vers l'Etat membre responsable de sa demande d'asile peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge ou de reprise en charge, susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger non admis au séjour se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.

9. En l'espèce, pour justifier la prolongation du délai de transfert et le refus d'enregistrement de la demande d'asile de M. A, le préfet de police soutient que l'intéressé ne s'est pas présenté à plusieurs convocations. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé était convoqué le 23 mars et le 5 mai 2021. Sur la convocation délivrée à l'intéressé et produite par le préfet de police dans le cadre de la présente instance figurent des mentions contradictoires. Ainsi, la date du 23 mars 2021 est hachurée alors que le préfet indique que M. A ne se serait pas présenté à son rendez-vous et que d'autres dates pour lesquelles sa présence est constante sont également barrées. En outre, la date du 5 mai 2021 n'est pas barrée mais comporte un tampon portant la mention " pas venu " alors que l'intéressé produit une copie plus récente du même relevé non tamponné. Par ailleurs, M. A a justifié médicalement de son absence au rendez-vous du

13 juillet 2021 par un courriel du 28 juin adressé par des travailleurs sociaux. Enfin, si les pièces produites par l'intéressé ne permettent pas de justifier l'absence au rendez-vous du 7 juillet 2021, ce manquement, eu égard à son caractère isolé, ne caractérise pas, de la part de M. A, une intention de se soustraire de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. A cet égard, et contrairement à ce que le préfet de police fait valoir dans son mémoire en défense, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce rendez-vous en préfecture et la réalisation du test antigénique qui le précédait, pouvaient être regardés comme des opérations conduites dans le cadre d'un départ programmé, portées comme telles à la connaissance de l'intéressé. Dans ces conditions, en considérant que M. A était en fuite pour prolonger son délai de transfert et refuser d'enregistrer sa demande d'asile, le préfet de police a méconnu les stipulations citées au point 7.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Eu égard au motif d'annulation retenu, le délai de transfert de M. A a expiré et il y a lieu d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A étant admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pierre renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de celui-ci le versement à son profit d'une somme de 1 100 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 22 septembre 2021 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer la demande d'asile en procédure normale de M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police d'enregistrer la demande d'asile en procédure normale de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Pierre, avocat de M. A, une somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pierre renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Pierre et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perfettini, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Guiader, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le rapporteur,

V. C

La présidente,

D. PERFETTINI

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-3

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