mercredi 4 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2121987 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | VI VAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2021, M. D A, représenté par Me Vi Van, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure normale " et a prolongé son délai de transfert de 6 à 18 mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer l'attestation prévue à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant refus d'enregistrement de sa demande d'asile et refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile ne sont pas motivées ;
- le préfet de police n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- il n'est pas démontré que l'information relative à la prolongation du délai de son transfert a été communiquée aux autorités allemandes conformément à l'article 29 du règlement UE n° 604/2013 avant l'expiration du délai de transfert, le 15 juillet 2021 ;
- ces décisions méconnaissent l'article 29.2 du règlement UE n° 604/2013 dès lors qu'il n'entrait pas dans les cas justifiant la prolongation du délai de transfert et que son comportement ne démontre aucune volonté de se soustraire intentionnellement et systématiquement au contrôle de l'autorité administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête de M. A est irrecevable ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une décision du 20 avril 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, modifié ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. Gandolfi,
- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 4 mars 1993 et entré irrégulièrement en France le 3 décembre 2020 selon ses déclarations, a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié en France ou le bénéfice de la protection subsidiaire le 6 janvier 2021 et a été mis en possession d'une attestation de demande d'asile en procédure dite " Dublin ". Les autorités allemandes, après avoir été saisies en application de l'article 18-1 b du règlement (UE) n° 604/2013, ont donné leur accord à la reprise en charge de M. A, le 5 février 2021. Par un arrêté du 17 février 2021, le préfet de police a décidé le transfert de M. A à ces autorités. Le 11 octobre 2021, M. A s'est présenté aux services de la préfecture de police en vue de faire procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en France selon la procédure normale. La requête de M. A doit être regardée comme étant dirigée contre les décisions par lesquelles le préfet de police a décidé de prolonger le délai de son transfert aux autorités allemandes, a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en France en procédure normale et a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 20 avril 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle formée par M. A. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant prolongation du délai de transfert de M. A :
3. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Néanmoins, l'étranger peut demander à l'administration de reconnaître la compétence de la France pour examiner sa demande d'asile et saisir le juge d'un éventuel refus fondé sur l'absence d'expiration du délai de transfert.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées pour M. A et dirigées contre la prolongation du délai de son transfert sont irrecevables et ne peuvent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant refus d'enregistrement de la demande d'asile en France en procédure normale de M. A:
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, le préfet de police a estimé que M. A devait être considéré en situation de fuite et que le délai de son transfert aux autorités allemandes avait été prolongé de six à dix-huit mois.
6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue () au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. / () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à () à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. ".
8. Aux termes de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 : " 1. L'Etat membre responsable est informé sans délai de tout report du transfert dû, soit à une procédure de recours ou révision ayant un effet suspensif, soit à des circonstances matérielles telles que l'état de santé du demandeur, l'indisponibilité du moyen de transport ou le fait que le demandeur s'est soustrait à l'exécution du transfert. (). / 2. Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement. () ".
9. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013 () ".
10. En l'espèce, le préfet justifie par la production de l'accusé de réception de son message émis par le point d'accès allemand au réseau " Dublinet ", lequel fait foi de la transmission de ce message en vertu de l'article 15, paragraphe 3, du règlement n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, que les autorités allemandes ont reçu, le 3 mai 2021, l'information relative à la situation de fuite de M. A dans le délai de six mois à compter du 5 février 2021, date de l'acceptation de la requête aux fins de reprise en charge de ce dernier. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police aurait méconnu les dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
11. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées que la décision par laquelle l'autorité administrative prévoit le transfert d'un demandeur d'asile vers l'Etat membre responsable cesse de plein droit d'être applicable, si elle n'a pas été exécutée, à l'expiration d'un délai de six mois, lequel peut être porté à dix-huit mois dans le cas où l'intéressé prend la fuite. La notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Le caractère intentionnel et systématique d'un tel comportement s'apprécie au regard, d'une part, des diligences accomplies par l'autorité administrative pour assurer l'exécution de la mesure de réadmission dans le délai de six mois, d'autre part, des dispositions prises par l'intéressé pour s'y conformer.
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas déféré aux convocations qui lui avaient été faites l'invitant à se présenter aux services de la préfecture les 26 avril et 3 mai 2021. Le préfet de police fait valoir sans être contesté que ces absences ont conduit à l'abandon de son transfert vers l'Allemagne. Si M. A a adressé à ses services, le 3 mai 2022, un courrier les informant qu'il était souffrant, ce seul document, établi postérieurement aux dates auxquelles il était convoqué, ne suffit pas à démontrer qu'il les en avait avisé antérieurement, ni qu'il ne pouvait pas les en aviser en temps utile, ni, en tout état de cause, qu'il justifiait d'un motif légitime justifiant qu'il ne puisse déférer à ces convocations. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de police a pu considérer que M. A devait être considéré comme en situation de fuite.
13. Il résulte de tout ce qui précède que le délai de son transfert vers l'Allemagne ayant été régulièrement porté de six à dix-huit mois le 3 mai 2021, M. A n'est pas fondé à soutenir que les autorités françaises étaient, le 11 octobre 2021, responsables du traitement de sa demande d'asile. Dans ces conditions, le préfet de police étant en situation de compétence liée pour refuser d'enregistrer la demande d'asile de l'intéressé en procédure normale, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée et du défaut de motivation ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'enregistrement de la demande d'asile en procédure normale doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. A.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de Police et à Me Va Vin.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2023.
Le rapporteur,
G. Gandolfi
Le président,
J-P. Ladreyt La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. / 5-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026