mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2122027 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | RETORET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2021, la SARL Les Arolles, représentée par Me Retoret, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du préfet de police du 12 octobre 2021 portant fermeture de l'établissement à l'enseigne " l'Insomniac " qu'elle exploite, pour une durée de neuf jours, à compter du 17 octobre 2021 jusqu'au 25 octobre 2021 inclus ;
Elle soutient que :
- l'arrêté du préfet de police n'est motivé ni en droit ni en fait ; il n'a pas été répondu à ses observations écrites ;
- il n'y a pas eu de mesures acoustiques réalisées, pourtant prévues par l'article R.1336-6 du code de la santé publique ;
- il n'y a pas eu de nuisance ou de tapage ; l'arrêté est fondé sur des faits dont la matérialité n'est pas établie au regard de l'article R. 1336-5 du code de la santé publique et résulte de la plainte d'un seul voisin ;
- il y avait une tolérance pour l'installation de terrasses ouvertes éphémères ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du commerce et de l'industrie ainsi qu'à la liberté du travail des salariés ;
- il existe une rupture d'égalité flagrante dès lors que les travaux de rénovation, depuis plus de trois ans, de l'ancien siège social du groupe PSA Peugeot Citroën, a fait l'objet de plaintes des riverains auxquelles il n'a pas été donné suite ;
- elle a subi un préjudice considérable, sa trésorerie est compromise.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Les Arolles ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
11 mai 2022.
Vu :
- l'ordonnance n°2121960 du 19 octobre 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. A ;
- et les observations de M. C pour le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Les Arolles exploite un établissement à l'enseigne " L'Insomniac ", situé 46 rue Léon Frot dans le 11ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 12 octobre 2021, le préfet de police a prononcé, sur le fondement du 2° de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, la fermeture administrative de cet établissement en raison de faits de tapage nocturne intervenus à plusieurs reprises, les 30 juillet 2021 et 6 août 2021. La société demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le code de la santé publique, notamment le 2° de l'article L. 3332-15 qu'il applique, et fait état du trouble à l'ordre et à la tranquillité publics résultant du tapage nocturne occasionné par le fonctionnement de l'établissement L'Insomniac. Il comporte ainsi une motivation suffisante en droit et en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. (). Il ne ressort pas de ces dispositions qu'une réponse aux observations écrites présentées après une procédure contradictoire doit être apportée par l'administration. Le moyen ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 1336-6 du code de la santé publique : "Lorsque le bruit mentionné à l'article R. 1336-5 a pour origine une activité professionnelle autre que l'une de celles mentionnées à l'article R. 1336-10 ou une activité sportive, culturelle ou de loisir, organisée de façon habituelle ou soumise à autorisation, l'atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l'homme est caractérisée si l'émergence globale de ce bruit perçu par autrui, telle que définie à l'article R. 1336-7, est supérieure aux valeurs limites fixées au même article. () ".
5. L'article R. 1336-6 du code de la santé publique ne prévoit pas que les forces de police étaient tenues de procéder à une mesure acoustique avant de constater l'existence de bruits excessifs et de considérer que, par leur intensité, ils constituaient un tapage nocturne au sens des dispositions du code de la santé publique. Le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. / Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement () / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. () ". En vertu du 4 de ce même article, les atteintes à l'ordre public pouvant justifier la fermeture prévue au deuxième paragraphe doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation.
7. Il ressort des pièces du dossier que des effectifs de police sont intervenus, d'une part le 30 juillet 2021 à 00h40 pour faire cesser le tapage nocturne provenant de la clientèle de l'établissement " l'Insomniac ", occupant la terrasse située 46 rue Léon Frot et la terrasse située passage Alexandrine, installée sans autorisation, d'autre part, le 6 août 2021 à 23h30 pour les mêmes faits constatés. Si la société requérante prétend que seule une voisine irascible se serait plainte et produit plusieurs témoignages émanant de voisins faisant état de ce qu'ils n'ont pas été dérangés par des bruits provenant de l'établissement en cause, ces attestations ne suffisent pas à remettre en cause la réalité des faits retracés dans les rapports de police auxquels l'arrêté attaqué fait référence, qui font foi jusqu'à preuve du contraire. Au demeurant, l'établissement a déjà fait l'objet d'une fermeture administrative de quinze jours, d'un rappel à la réglementation, de fermetures administratives de vingt-et-un jours puis de trente jours respectivement le
18 décembre 2017, le 12 juin 2018, le 6 février 2019 et le 14 août 2019, à raison des mêmes faits. Par suite, le moyen tiré de l'absence de matérialité des faits sur lesquels est fondée la mesure de fermeture doit être écarté.
8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été rappelé précédemment qu'eu égard à la répétition des nuisances sonores constatées en lien avec la fréquentation et les conditions d'exploitation de l'établissement, le préfet de police a, en prenant la mesure de police administrative de fermeture de l'établissement, fait une exacte application des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant à neuf jours la durée de cette mesure.
9. En sixième lieu, si la société allègue qu'il y avait une tolérance pour l'installation de terrasses éphémères, l'arrêté attaqué n'a pas eu pour objet de sanctionner l'installation de tables dans le passage Alexandrine par la société requérante. Le moyen soulevé est inopérant et doit, par suite être écarté.
10. En septième lieu, si la société requérante soutient que la mesure de fermeture administrative litigieuse porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie et à la liberté du travail, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, la sauvegarde de la liberté du commerce et de l'industrie doit être conciliée avec les mesures nécessaires au maintien de l'ordre public. Eu égard aux circonstances de l'espèce, la fermeture administrative de l'établissement pour une durée de neuf jours n'est pas manifestement disproportionnée à l'objectif de maintien de l'ordre public recherché et ne porte pas une atteinte excessive à la liberté du commerce et de l'industrie.
11. En huitième lieu, si la société se prévaut des travaux de rénovation, depuis plus de trois ans, de l'ancien siège social du groupe PSA Peugeot Citroën qui aurait fait l'objet de plaintes des riverains auxquelles il n'aurait pas été donné suite, ces considérations, qui se rapportent à des situations différentes pour lesquelles aucune comparaison ne saurait utilement être faite, ne permettent pas de constater que le principe d'égalité aurait été méconnu.
12. En dernier lieu, si elle se prévaut de préjudices, la société requérante, qui n'a, en tout état de cause, pas déposé de demande indemnitaire, ne les établit pas.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SARL Les Arolles doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Les Arolles est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Les Arolles et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hermann Jager, présidente,
Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,
Mme Renvoise, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
La rapporteure,
T. B
La présidente
V. HERMANN JAGER
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026