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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2122066

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2122066

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2122066
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SOUCHON, CATTE, LOUIS ET ASSOCIES (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 15 octobre 2021 et 29 avril 2022, la SCI Les Halles, représentée par Me Louis, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période allant du 1er janvier 2015 au 31 octobre 2017, pour un montant total, en droits et pénalités, de 157 459 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière faute pour l'administration fiscale de lui avoir notifié la proposition de rectification à la dernière adresse qu'elle lui avait communiquée ;

- la base taxable retenue par l'administration pour fonder le redressement est erronée ;

- la majoration de 100 % et les pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées sur les fondement des dispositions des articles 1732 et 1729 du code général des impôts ne sont pas fondées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive et que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Halard, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les Halles, qui donne en location à la société Lapeyre des locaux dont elle est propriétaire, situés 15 rue des Halles, dans le 1er arrondissement de Paris, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 octobre 2017. A l'issue des opérations de contrôle, le service vérificateur, après avoir constaté une situation d'opposition à contrôle fiscal, lui a notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis, à titre principal, de la majoration de 100 % prévue à l'article 1732 du code général des impôts, pour un montant total, en droits et pénalités, de 157 459 euros, mis en recouvrement le 17 juillet 2018. Après avoir vainement contesté ces rappels par une réclamation préalable du 25 octobre 2018, rejetée le 24 novembre 2020, la SCI Les Halles demande au tribunal de l'en décharger.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 67 du livre des procédures fiscales : " La procédure de taxation d'office prévue aux 1° et 4° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. Toutefois, le délai de régularisation est fixé à quatre-vingt-dix jours pour la présentation à l'enregistrement de la déclaration mentionnée à l'article 641 du code général des impôts. / Il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure si le contribuable change fréquemment de lieu de séjour ou séjourne dans des locaux d'emprunt ou des locaux meublés, ou a transféré son domicile fiscal à l'étranger sans déposer sa déclaration de revenus, ou si un contrôle fiscal n'a pu avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers. " Aux termes de l'article L. 74 de ce code : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers ". Aux termes de son article L. 76 : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. Cette notification est interruptive de prescription. Lorsque le contribuable est taxé d'office en application de l'article L. 69, à l'issue d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires peut être saisie dans les conditions prévues à l'article L. 59. / La prescription des sanctions fiscales autres que celles prévues au troisième alinéa de l'article L. 188 est interrompue par l'information notifiée au contribuable qu'elles pourront être éventuellement appliquées. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables dans les cas prévus au deuxième alinéa de l'article L. 67. ".

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, lorsque les bases de l'imposition d'un contribuable ont été évaluées d'office à la suite de son opposition au contrôle fiscal, le législateur a entendu priver l'intéressé, qui s'est de lui-même placé en dehors des règles applicables à la procédure d'imposition, des garanties dont bénéficient les contribuables, qu'ils soient imposés selon la procédure contradictoire ou selon une procédure d'imposition d'office, et notamment de celles tenant à l'obligation qui pèse sur le service de mettre en demeure le contribuable de régulariser sa situation, de lui notifier une proposition de rectification motivée, et de l'informer sur l'origine et la teneur des renseignements obtenus de tiers et utilisés pour fonder l'imposition. Si l'administration adresse néanmoins au contribuable une proposition de rectification, les irrégularités entachant cette notification demeurent sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition.

4. En l'espèce, le service a procédé à l'évaluation d'office des bases d'imposition de la requérante selon les dispositions de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales après avoir constaté son opposition à contrôle fiscal dans un procès-verbal du 3 avril 2018. Alors que la SCI Les Halles ne conteste pas que le contrôle dont elle faisait l'objet n'a pas pu avoir lieu de son propre fait, elle ne peut utilement se prévaloir, dans la présente instance, de ce que la proposition de rectification en date du 30 avril 2018, que le service n'était en tout état de cause pas tenu de lui adresser, ne lui aurait pas été régulièrement notifiée. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure d'imposition doit donc être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige :

5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Aux termes de l'article L. 193 de ce livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. " Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

6. Alors que les rappels litigieux ont été établis d'office et, ainsi qu'il a été dit au point 4, que la requérante ne conteste pas que le contrôle dont elle faisait l'objet n'a pas pu avoir lieu de son propre fait, il lui appartient d'apporter la preuve de l'exagération de ses bases d'imposition.

7. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de toute comptabilité du fait de l'attitude d'opposition à contrôle fiscal de la SCI Les Halles, le service vérificateur a exercé son droit de communication auprès de l'établissement bancaire détenteur de son compte et de la société Lapeyre, locataire de l'immeuble, et a ainsi déterminé, mois par mois, les recettes toutes taxes comprises issues de l'activité de location de la société requérante. Par ailleurs, l'analyse du bail conclu entre les deux sociétés et les factures émises par la SCI Les Halles lui ont permis de constater que les loyers perçus au titre de la période vérifiée ont été soumis à la TVA au taux normal de 20 %.

8. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir, sans produire aucune pièce au soutien de son argumentation, que " les crédits en banque ne sont pas nécessairement assujettis à la TVA " et qu'" à supposer que la base taxable retenue soit recevable il fau[drait] tenir compte de la TVA déductible ", la SCI Les Halles ne rapporte pas la preuve du caractère exagéré des rappels litigieux.

En ce qui concerne les pénalités :

9. En premier lieu, si l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré a été évoquée, à titre subsidiaire, dans la proposition de rectification, cette pénalité n'a pas été effectivement infligée à la société requérante. Dès lors, le moyen tiré de ce que la SCI Les Halles n'aurait pas délibérément éludé l'impôt est inopérant et doit être écarté.

10. En second lieu, dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 4, que la SCI Les Halles ne conteste pas utilement la régularité de la mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office pour opposition à contrôle fiscal sur le fondement de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, et, en tout état de cause, ne produit aucune pièce au soutien de son allégation selon laquelle son gérant aurait été en arrêt de travail depuis le début de l'année 2016 à la suite d'un grave accident, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration lui a appliqué la majoration de 100 % prévue par l'article 1732 du code général des impôts.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la SCI Les Halles aux fins de décharge des compléments d'impôts et pénalités auxquels elle a été assujettie doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme demandée par la SCI Les Halles au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Les Halles est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les Halles et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

G. HALARD

La présidente,

J. EVGENASLa greffière

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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