lundi 12 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2122179 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | EL KARKOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 octobre 2021, Mme B A, représentée par Me El Karkouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris a procédé à son licenciement pour inaptitude physique ;
2°) de condamner la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris à lui verser une somme totale de 41 830,23 euros au titre de différentes indemnités et de dommages et intérêts ;
3°) de mettre à la charge de la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure de licenciement pour inaptitude physique est irrégulière dès lors que ni le conseil municipal du 13e arrondissement de Paris ni le comité technique paritaire n'ont été préalablement consultés ;
- les droits de la défense n'ont pas été respectés dès lors qu'elle n'a pas eu la possibilité de présenter ses observations ni de consulter son dossier avant la réception de la décision procédant à son licenciement ;
- la décision attaquée est irrégulière car elle n'est pas motivée ;
- la Caisse des écoles a méconnu son obligation de reclassement, et sa responsabilité pour harcèlement au travail doit ainsi être engagée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2021, la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 modifié ;
- le décret n°2016-1858 du 23 décembre 2016 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Saint Chamas,
- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, agent contractuelle de la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris, a été employée en contrat à durée déterminée depuis le 4 décembre 1997, puis en contrat à durée indéterminée depuis le 1er août 2001 en tant qu'employée de la restauration scolaire. Par une décision du 28 septembre 2021, la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris l'a licenciée pour inaptitude physique à compter du 1er octobre 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision, ainsi que la condamnation de la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris à lui verser la somme totale de 41 830, 23 euros au titre de différentes indemnités.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 28 septembre 2021 :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, si Mme A invoque le défaut de consultation préalable du conseil municipal et du comité technique paritaire imposée par les dispositions des articles 34 et 97 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale en cas de suppression d'emplois publics, il est constant que l'emploi de Mme A n'a pas été supprimé mais qu'elle en a été licenciée pour inaptitude physique. Par suite, le moyen invoqué est inopérant et ne peut qu'être écarté. Les conclusions en indemnisation du préjudice résultant de ce défaut de consultation ne peuvent également, par voie de conséquence et en tout état de cause, qu'être rejetées.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 15 février 1988 : " III. - () 2° Lorsque l'autorité territoriale envisage de licencier un agent pour inaptitude physique définitive, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 42 (). V. - Le licenciement ne peut intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de demander la communication de son dossier médical et de son dossier individuel. "
4. Contrairement à ce que soutient la requérante, d'une part, aucune disposition du décret du 15 février 1988 n'impose le respect d'un délai de huit jours entre l'entretien préalable et la notification de la décision de licenciement pour inaptitude physique et, d'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été invitée à consulter son dossier, que l'autorité administrative n'était pas tenue de lui communiquer, par un courrier du 2 septembre 2021. Par suite, les moyens tirés de ce qu'elle n'aurait pas été mise à même de consulter son dossier préalablement à la décision litigieuse et que celle-ci serait intervenue moins de huit jours après l'entretien préalable ne peuvent qu'être écartés. Par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions en indemnisation du préjudice résultant d'un défaut de communication de son dossier et d'un délai inférieur à huit jours entre l'édiction de la décision litigieuse et l'entretien préalable ne peuvent qu'être rejetées.
5. En troisième lieu, la décision attaquée comporte l'exposé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée et est par suite suffisamment motivée. Par suite, la requérante n'est pas fondée à solliciter une indemnisation du préjudice résultant d'un défaut de motivation de la décision litigieuse.
En ce qui concerne la carence de l'administration dans la transmission de l'attestation de fin de contrat destinée à Pôle emploi :
6. Si, en vertu d'un principe général du droit, dont s'inspire le code du travail dans son article L. 1234-19 pour les salariés de droit privé, les agents contractuels de droit public sont en droit d'obtenir de leur employeur un certificat de travail précisant les dates de début et de fin de leurs services ainsi que la nature de l'emploi qu'ils occupaient, ainsi que les attestations et justifications qui leur permettent d'exercer leurs droits à revenu de remplacement et que l'obligation de délivrer une telle attestation incombe à l'autorité administrative au moment de l'expiration ou de la rupture de la relation de travail, le défaut de délivrance de cette attestation est sans incidence sur la légalité de la décision de licenciement pour inaptitude physique. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.
En ce qui concerne l'absence de reclassement :
7. En troisième lieu, il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement. Ce principe est applicable aux agents contractuels.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la requérante a été déclarée définitivement inapte à l'exercice de toutes fonctions par le médecin du travail le 31 août 2021, déclaration d'inaptitude qu'elle ne conteste pas. Dans ces conditions, dès lors que le reclassement de Mme A était, pour ce motif, impossible, quand bien même Mme A a formulé une demande de reclassement par courrier du 8 octobre 2021, au demeurant postérieurement à la notification de la décision litigieuse, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la Caisse des écoles aurait méconnu son obligation de reclassement. Elle n'est pas plus fondée, en tout état de cause, à demander l'indemnisation d'un éventuel préjudice subi, en l'absence de toute faute de l'administration.
En ce qui concerne le harcèlement au travail :
9. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'absence de proposition de reclassement à l'intéressée est justifiée par son état de santé. Dans ces circonstances, Mme A n'apporte aucun élément de nature à faire présumer une situation de harcèlement au travail à son encontre que révélerait la méconnaissance de l'obligation de recherche de reclassement. Elle n'est dès lors pas fondée à demander l'engagement de la responsabilité de l'administration sur ce fondement.
En ce qui concerne le calcul de l'indemnité de licenciement et de l'indemnité compensatrice de congés payés :
10. Aux termes de l'article 45 du décret du 15 février 1988 : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. / Le montant de la rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement d'un agent employé à temps partiel est égal au montant de la rémunération définie à l'alinéa précédent qu'il aurait perçue s'il avait été employé à temps complet. / Lorsque le dernier traitement de l'agent est réduit de moitié en raison d'un congé de maladie ou de grave maladie, le traitement servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est sa dernière rémunération à plein traitement. Il en est de même lorsque le licenciement intervient après un congé non rémunéré. " Aux termes de l'article 46 du même décret : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base. Elle est réduite de moitié en cas de licenciement pour insuffisance professionnelle. / En cas de rupture avant son terme d'un engagement à durée déterminée, le nombre d'années pris en compte ne peut excéder le nombre des mois qui restaient à courir jusqu'au terme normal de l'engagement. / Pour les agents qui ont atteint l'âge d'ouverture de droit à une pension de retraite mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale mais ne justifient pas d'une durée d'assurance tous régimes de retraite de base confondus au moins égale à celle exigée pour obtenir une retraite au taux plein, l'indemnité de licenciement subit une réduction de 1,67 % par mois de service accompli au-delà de cet âge. / Pour l'application de cet article, toute fraction de service égale ou supérieure à six mois sera comptée pour un an ; toute fraction de service inférieure à six mois n'est pas prise en compte. / En cas de rupture anticipée du contrat de projet par l'employeur en application de l'article 38-2 du présent décret et par dérogation aux alinéas précédents, l'agent perçoit une indemnité d'un montant égal à 10 % de la rémunération totale perçue à la date de l'interruption du contrat. " Aux termes de l'article 48 du même décret : " L'ancienneté prise en compte pour le calcul de l'indemnité de licenciement définie à l'article 46 est décomptée à partir de la date à laquelle le contrat a été initialement conclu jusqu'à la date d'effet du licenciement, compte tenu, le cas échéant, des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis. Lorsque plusieurs contrats se sont succédé sans interruption ou avec une interruption n'excédant pas deux mois et que celle-ci n'est pas due à une démission de l'agent, la date initiale à prendre en compte est la date à laquelle le premier contrat a été conclu. / Les services doivent avoir été accomplis pour le compte de la même collectivité territoriale, de l'un de ses établissements publics à caractère administratif ou de l'un des établissements publics à caractère administratif auquel elle participe. / Les services ne peuvent être pris en compte lorsqu'ils ont déjà été retenus dans le calcul d'une précédente indemnité de licenciement. / Les congés pris en compte pour la détermination de cette ancienneté sont ceux fixés au premier alinéa du I de l'article 28. Les congés non pris en compte ne font pas perdre l'ancienneté acquise avant leur octroi. / Toute période durant laquelle les fonctions ont été exercées à temps partiel est décomptée proportionnellement à la quotité de travail effectué. "
11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a perçu, au mois de juillet 2020, correspondant au dernier mois durant lequel la requérante a exercé ses fonctions avant d'être placée en congé maladie, un salaire net de 979 euros pour un temps de travail de 20 heures par semaines. Pour l'application des dispositions précitées, il y a lieu, d'une part, de retenir une base de calcul de 1 713,25 euros (35/20 x 979) et une durée de service de douze ans (équivalent à 57,14% de la période allant du 1er août 2001 au 30 septembre 2021). Il en résulte qu'elle avait droit à une indemnité de licenciement égale à 10 279,5 euros (1 713,25/2 x 12). Elle est par suite fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle limite à 5 191,43 euros la somme due au titre de l'indemnité de licenciement et à ce que la Caisse des écoles du 13e arrondissement soit condamnée à lui verser la somme de 5 088,07 euros (10 279,5 - 5 191,43).
12. En revanche, en se bornant à soutenir qu'elle aurait été empêchée de faire valoir ses droits à congés payés pendant la durée de son contrat, alors que la Caisse des écoles soutient sans contestation que, n'exerçant son activité que pendant les périodes scolaires, l'indemnité de congés payés était versée chaque année à Mme A, celle-ci n'apporte pas les précisions suffisantes de nature à établir que l'indemnité ainsi versée aurait méconnu les règles gouvernant son allocation.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Caisse des écoles une somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 septembre 2021 par laquelle la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris a licencié Mme A est annulée en tant qu'elle limite à 5 191,43 euros la somme due au titre de son indemnité de licenciement.
Article 2 : La Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris est condamnée à verser à Mme A la somme de 5 088,07 euros.
Article 3 : La Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la Caisse des écoles du 13e arrondissement de Paris.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme de Saint Chamas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023.
La rapporteure,
M. de SAINT CHAMAS
Le président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026