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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2122229

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2122229

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2122229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBANOUKEPA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée les 19 octobre et 6 décembre 2021 et des pièces complémentaires, enregistrées le 16 novembre 2022, M. F A B, représentée par la Selarl cabinet Garcia avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le ministre de l'intérieur lui a interdit d'entrer et de séjourner sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation et de lui délivre, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une personne dont le nom et la signature ne sont pas mentionnés, ce qui ne permet pas d'établir sa compétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- a été pris en méconnaissance de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;

- a été pris en méconnaissance des articles 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

9 décembre 2022.

Par un courrier du 18 janvier 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de ce qu'il pourrait rejeter les conclusions à fin d'injonction comme irrecevables car ne concernant pas la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A B, ressortissant libyen, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 qui lui a été notifié le 1er septembre suivant, par lequel le ministre de l'intérieur a pris à son encontre une interdiction administrative du territoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 321-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger peut, dès lors qu'il ne réside pas habituellement en France et ne se trouve pas sur le territoire national, faire l'objet d'une interdiction administrative du territoire lorsque sa présence en France constituerait une menace grave pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou les relations internationales de la France ".

3. Pour établir que le comportement de M. A B constitue une menace grave pour l'ordre et la sécurité publics en raison de sa radicalisation islamiste dans un contexte de menace terroriste prégnante, le ministre s'est notamment fondé sur une note blanche des services de renseignements. Toutefois, les circonstances selon lesquelles M. A B a, à la suite de l'interpellation de plusieurs cambrioleurs le 28 juillet 2014, blessé un fonctionnaire de police, qu'il a été incarcéré du 30 juin au 10 juillet 2014, dans le cadre d'une procédure diligentée pour atteinte aux biens et aux personnes puis placé en centre éducatif fermé, qu'il ait été exclu trois jours en mars 2015 de l'établissement scolaire privé qu'il fréquentait à la suite d'une rixe l'opposant à un autre élève, qu'il a frappé son éducateur référent au visage en avril 2015 du fait de l'interdiction qui lui a été opposée de téléphoner à sa petite amie, qu'il a été condamné, le 10 juin 2016, à trois mois d'emprisonnement pour rébellion et dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, puis interpellé pour tentative de vol d'un téléphone portable et recel d'un autre téléphone portable déclaré volé et condamné pour ces faits à une amende de 300 euros le 6 novembre 2017 puis qu'il a été condamné à payer une amende de 200 euros pour port d'une arme prohibée de catégorie D, à savoir un couteau de cuisine, le 4 novembre 2019, qu'il a à de multiples reprises, violé les obligations imposées par son assignation en résidence à partir de décembre 2021 et qu'il a fréquenté des individus appartenant à la petite délinquance localisée, connus notamment pour des faits d'infraction aux stupéfiants, permettent d'établir que l'intéressé présente un comportement de délinquant depuis au moins 2015, mais non de caractériser une radicalisation quant à l'islam, ni même l'existence d'accointances avec la mouvance terroriste de sa part. En outre, le fait que l'intéressé se soit fait défavorablement remarquer, en 2012, par le personnel enseignant, au moment de l'hommage rendu aux victimes de Mohammed Merah, alors qu'il était âgé de seulement 15 ans, qu'il a fait allusion à une guerre du pétrole menée par le président en Libye et énoncé des propos antisémites, neuf ans avant la décision attaquée, ne permet pas de caractériser une menace grave actuelle pour l'ordre et la sécurité publics en raison de sa radicalisation islamiste dans un contexte de menace terroriste prégnante. L'inscription du nom du colonel C sur les murs de sa chambre du centre éducatif fermé et ses propos de soutien à ce dernier ainsi qu'à Daech, susceptible de remettre de l'ordre dans ce pays ne suffisent pas à établir que M. A B adhérerait à une idéologie islamiste en 2015. Si la perquisition administrative s'étant déroulé en janvier 2016 a permis d'établir que les hommes de la famille, le père et le frère de M. A B et lui-même sont intéressés par les armes à feu et cherchent à obtenir un permis de chasser, que sa famille appartient à la mouvance salafiste, possède un livre répandu au sein de la mouvance islamiste radicale, seuls sont mentionnées la fréquentation par le père de la mosquée salafiste de Reims, la présence de photographies d'armes et d'un des frères de M. A B avec des armes sur les supports numériques exploités, alors que M. A B lui-même a seulement dessiné des armes sur ses feuilles de cours. Ainsi, s'il est constant que les faits ci-dessus énumérés reprochés à M. A B relèvent de la délinquance, les éléments produits au dossier sont cependant insuffisants pour caractériser une radicalisation islamiste de l'intéressé, les faits concernant les membres de sa famille ne pouvant lui être imputés, et plusieurs des attitudes ou propos qui lui sont reprochés par le ministre de l'intérieur présentant un caractère isolé et ancien. Dans ces circonstances, en considérant que M. A B présente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public le ministre a commis une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'arrêté annulé pris par le ministre de l'intérieur n'avait pas pour objet de refuser à M. A B la délivrance d'un titre de séjour. Ses conclusions tendant à enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, ne peuvent qu'être écartées.

Sur les frais d'instance :

6. Les frais demandés par M. A B sur le fondement de l'article L. 761-1 n'étant pas chiffrés, sa demande est irrecevable.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 juin 2021 pris par le ministre de l'intérieur est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mers.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente,

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,

- Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

N. D

La présidente,

V. HERMANN JAGERLa greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mers en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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