vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2122260 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BALE & KOUDOYOR (S.E.L.A.R.L.) |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le numéro 2116622 :
Par une requête enregistrée le 1er août 2021, Mme B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle la cheffe de services des ressources humaines du ministère de la justice a rejeté son recours hiérarchique contre le refus de son reclassement comme attachée d'administration ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- l'administration ne lui a pas proposé un des trois premiers postes à son retour de disponibilité pour convenance personnelle et de congé de longue maladie ;
- l'administration ne lui a pas proposé des affectations en tant qu'attaché correspondant à ses souhaits.
Un mémoire en défense présenté par le ministre de la justice a été enregistré le 17 juin 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction survenue le 3 mars 2023, et n'a pas été communiqué.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que le courrier du ministre de la justice en date du 2 juin 2021 ne constitue pas une décision faisant grief et est insusceptible de recours.
Des observations en réponse ont été présentées le 16 juin 2023 par Mme A.
II. Sous le numéro 2122260 :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2021 et le 3 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Bale, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2021 par laquelle le ministre de la justice a procédé à son licenciement pour inaptitude professionnelle ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de prononcer sa réintégration dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec rappel de sa rémunération ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 205 000 euros au titre des préjudices subis ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant licenciement pour inaptitude n'est pas motivée ;
- elle n'a pas pu bénéficier de la consultation de son dossier personnel ;
- la procédure de licenciement pour inaptitude n'a pas été respectée ;
- elle a subi des préjudices à hauteur de 40 000 euros pour le harcèlement moral subi, 50 000 euros pour défaut de réintégration après deux congés de maladie et une disponibilité, 40 000 euros pour défaut d'affectation pendant huit ans, 25000 euros pour défaut d'évaluation professionnelle durant 10 ans, 25 000 euros pour interruption de son évolution de carrière durant 10 ans, 25 000 euros pour procédure illégale de licenciement.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé et qu'il n'a commis aucune faute mais a au contraire proposé à Mme A de nombreux postes, qu'elle a systématiquement refusés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905,
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat,
- le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 relatif au reclassement des fonctionnaires de l'État reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Coz,
- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public,
- et les observations de Mme A.
Une note en délibéré présentée par Mme A a été enregistrée le 22 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, directrice des services de la protection judiciaire de la jeunesse affectée au sein de la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse d'Île-de-France et d'Outre-Mer (DIRPJJ IDF-OM), a demandé le 10 décembre 2014 son reclassement dans le corps des attachés de l'Etat. Le 30 juin 2015, le comité médical des Yvelines a rendu un avis favorable à l'inaptitude définitive aux fonctions de directrice des services de la protection judiciaire de la jeunesse et d'aptitude à un poste dans le corps des attachés d'administration. Les 30 et 31 mai 2018 la commission administrative paritaire s'est prononcée en faveur de son reclassement comme attachée. Le 6 juillet 2021, la commission administrative paritaire s'est prononcée à l'unanimité pour son licenciement pour inaptitude. Par un recours indemnitaire préalable, adressé le 28 juillet 2021, Mme A a demandé au ministre de la justice de l'indemniser de la somme de 60 500 euros au titre des préjudices causés par le rejet de son " recours hiérarchique ", son licenciement, la procédure de reclassement et le harcèlement moral dont elle soutient avoir été victime. Par la requête n° 2116622, elle demande l'annulation de la décision du 2 juin 2021 rejetant son recours contre la procédure de reclassement et, par la requête n° 2122260, elle demande au tribunal l'annulation de la décision portant licenciement et l'indemnisation de divers préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 2 juin 2021 :
2. Il ressort des termes du " recours " adressé par Mme A au ministre de la justice que ce dernier a été présenté dans le cadre de la procédure du licenciement engagée à son encontre et constitue ainsi des observations faites dans le cadre de cette procédure de licenciement, à l'encontre de laquelle l'absence de recherche de reclassement est du reste invoquée dans la requête présentée sous le numéro 2122260. Dans ces conditions, et nonobstant la mention des voies et délais de recours, ce courrier est dépourvu de caractère décisoire et les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées.
Sur la décision du 22 juillet 2021 :
3. Conformément au principe général des droits de la défense, le licenciement pour inaptitude physique d'un agent public ne peut légalement intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de demander la communication de l'ensemble de son dossier individuel, et non de son seul dossier médical.
4. Mme A a demandé, par courriel du 11 janvier 2021, à obtenir communication " par voie dématérialisée ou par voie postale [son] dossier administratif ", en précisant " Par contre je ne serais aucunement disposée à venir le consulter ". En répondant que son dossier était en administration centrale, le ministre de la justice ne peut être regardé comme opposant l'impossibilité de donner accès à Mme A, par voie dématérialisée ou par correspondance, à son dossier. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir qu'elle a été privée d'une garantie et à obtenir l'annulation de la décision attaquée, laquelle, au demeurant et en tout état de cause, est insuffisamment motivée dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis rendu par la commission administrative paritaire aurait été joint au courrier lui notifiant cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. La présente décision implique nécessairement mais seulement que l'administration prononce la réintégration juridique de Mme A.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. "
7. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
8. Mme A n'apporte pas d'éléments de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement alors même qu'elle a rencontré des difficultés relationnelles à compter de 2010 et qu'elle a fait l'objet, le 30 mars 2011, d'une exclusion temporaire de fonctions de 15 jours et d'une mutation dans l'intérêt du service le 16 septembre 2011, contre laquelle son recours a été rejeté par un jugement n° 116455 du tribunal administratif de Versailles rendu le 10 novembre 2014, confirmé par l'arrêt n° 15VE00088 rendu le 4 octobre 2016 par la cour administrative d'appel de Versailles, partiellement annulé par une décision n° 405701 du Conseil d'Etat du 6 avril 2018 puis de nouveau confirmé par un arrêt n° 18VE01215 du 6 juin 2019.
9. En deuxième lieu, Mme A ne pouvait à ses retours de congés et de disponibilité se voir attribuer un poste de directrice des services de la protection judiciaire de la jeunesse dès lors qu'elle était déclarée inapte à ces fonctions. Par ailleurs, si elle soutient être restée sans affectation, elle a exercé en 2018 les fonctions de conseillère technique en charge de fonctions administratives à la DIRPJJ IDF-OM et a été accompagnée en ce sens, comme en témoignent les points d'étape réalisés les 15 mars, 28 mars, et 11 avril 2018. Elle a également refusé le poste de responsable du contrôle budgétaire et comptable au sein de la direction de l'évaluation de la performance, de l'achat, et des finances et de l'immobilier de la direction interrégionale Île de France et Outre-Mer proposé le 14 juin 2018. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice à raison du défaut de réintégration et défaut d'affectation doivent être écartés.
10. En troisième lieu, Mme A n'établit pas que l'absence d'évaluation professionnelle lui aurait causé un préjudice.
11. En quatrième lieu, Mme A ne fournit pas d'éléments sur l'interruption de son évolution de carrière alors qu'il ressort de la décision du 22 juillet 2021 qu'elle a bénéficié d'un déroulement de carrière puisqu'elle était, depuis le 7 janvier 2019, au 7ème échelon du grade des directeurs des services de la protection judiciaire de la jeunesse.
12. En cinquième lieu, l'illégalité d'une décision prise par l'administration constitue une faute de nature à engager sa responsabilité, pour autant qu'elle entraîne un préjudice direct et certain.
13. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de procédure, il appartient au juge, saisi de moyens en ce sens, de déterminer, en premier lieu, la nature de cette irrégularité procédurale puis, en second lieu, de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si, compte tenu de la nature et de la gravité de cette irrégularité procédurale, la même décision aurait pu être légalement prise. Dans ce cas, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice de procédure qui entachait la décision administrative illégale.
14. Il résulte de l'instruction qu'à la suite l'avis par lequel la commission administrative paritaire réunie les 30 et 31 mai 2018 s'est prononcée en faveur du reclassement de Mme A comme attachée, l'administration lui a proposé le poste de responsable du contrôle budgétaire et comptable au sein de la direction de l'évaluation de la performance, de l'achat, et des finances et de l'immobilier de la DIRPJJ IDF-OM le 14 juin 2018, que Mme A a refusé. Le 17 janvier 2019, trois postes lui ont été proposés. Si elle soutient qu'elle était en congé, requalifié par la suite en congé de longue maladie, et qu'elle n'a pas pu préparer les entretiens, il ressort des pièces du dossier qu'elle était déjà en congés lorsqu'elle a demandé le 5 novembre 2018 qu'on lui adresse des propositions de poste et a transmis son curriculum vitae. Dès lors, elle ne peut sérieusement reprocher à son administration d'avoir répondu à sa demande. Par ailleurs, le 15 janvier 2021, le sous-directeur des parcours professionnels lui a proposé une liste de 94 postes vacants d'attaché relevant des groupes RIFSEEP 3 et 4 en l'invitant à se porter candidate sur 5 postes, ce qu'elle n'a pas fait.
15. Si Mme A soutient qu'elle était en droit de bénéficier de postes relevant des groupes RIFSEEP 1 et 2, elle n'apporte aucun élément au soutien de cette affirmation alors qu'il est constant que les postes proposés étaient bien des postes destinés aux attachés. Par ailleurs, Mme A ne disposait d'aucun droit à exiger d'être affectée hors de la DIRPJJ IDF-OM dès lors qu'elle n'a produit aucune préconisation médicale en ce sens. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas que le ministre de la justice aurait commis une faute en ne lui proposant pas de poste de reclassement.
16. Les éléments transmis par Mme A au tribunal ne sont pas de nature à établir que l'issue de la procédure aurait été différente, si elle avait eu communication des pièces de son dossier. Dans ces conditions, l'administration aurait pu prendre la même décision et Mme A n'est par suite pas fondée à soutenir que l'illégalité dont est entachée la décision du 22 juillet 2021 lui a causé un préjudice de carrière ni à en obtenir l'indemnisation.
17. En sixième lieu, si la durée de la procédure s'explique pour partie par les congés, disponibilités pour convenance personnelle ainsi que par les multiples contestations, recours et retraits de candidatures de Mme A, ces circonstances ne sauraient à elles seules justifier le délai pris par le ministre de la justice alors même que l'article 3 du décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984, dans sa version applicable jusqu'au 23 juin 2018, disposait que " La procédure de reclassement telle qu'elle résulte du présent article doit être conduite au cours d'une période d'une durée maximum de trois mois à compter de la demande de l'agent. "
18. Il s'ensuit que Mme A est fondée à obtenir l'indemnisation des préjudices causés par le délai excessif de la procédure, quand bien même ce préjudice ne peut être considéré comme relevant, ainsi que le soutient Mme A, d'un harcèlement moral à son encontre. En tenant compte de ce que ce délai a permis à Mme A de continuer à être rémunérée, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en le fixant à 2 000 euros.
19. Il résulte de ce qui précède que Mme A est seulement fondée à obtenir la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'indemnisation des préjudices subis.
20. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 22 juillet 2021 portant licenciement de Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Etat de réintégrer juridiquement Mme A.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Mme A une indemnité d'un montant de 2 000 euros.
Article 4 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Coz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
Y. Coz
La présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2116622 - 2122260
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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