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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2122528

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2122528

lundi 24 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2122528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDUPUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 octobre 2021, M. B C, représenté par Me Dupuy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 août 2021 par laquelle le préfet de police a procédé au retrait de sa carte de résident permanent ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident sous astreinte de 10 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 424-26 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité sri-lankaise, né le 4 avril 1965, est entré en France au cours de l'année 1988, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié et a obtenu une carte de résident, régulièrement renouvelée depuis sa première délivrance le 29 octobre 1990, en dernier lieu le 13 avril 2021. Par un arrêté du 19 août 2021, le préfet de police a procédé au retrait de sa carte de résident en cours de validité, sur le fondement de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressé a fait l'objet de deux condamnations judiciaires. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 411-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident est valable dix ans ". Aux termes de l'article L. 433-2 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. " Aux termes de l'article L. 432-11 du même code : " Tout employeur titulaire d'une carte de résident peut se la voir retirer s'il a occupé un travailleur étranger en violation des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail. " Enfin, aux termes de l'article L. 432-12 du même code : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3, 433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit. "

3. La mesure de retrait de la carte de résident prévue par les dispositions précitées revêt le caractère d'une sanction dont la contestation conduit le juge à vérifier la proportionnalité à la gravité des faits reprochés. Il est constant que M. C a été condamné par le tribunal correctionnel de Versailles, le 26 mars 2019, à 2 000 euros d'amende dont 1 000 euros avec sursis pour emploi d'un étranger non muni d'une autorisation de travail salarié, faits commis le 6 janvier 2016. Il a également été condamné par le tribunal correctionnel de Paris, le 3 décembre 2015, à 600 euros d'amende pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, faits commis le 8 novembre 2015. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ces deux condamnations sont isolées et que les faits en cause étaient, à la date de la décision attaquée, anciens de près de six ans, et n'avaient pas conduit le préfet de police à refuser à l'intéressé le renouvellement de son titre de séjour, en dernier lieu le 13 avril 2021. M. C, qui justifie d'une durée de séjour régulier en France depuis près de trente ans à la date de l'arrêté attaqué, établit également que son épouse, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 1er avril 2026, et ses trois enfants, tous de nationalité française, résident en France. Il justifie ainsi à la fois d'une considérable ancienneté de séjour et d'emploi, principalement à titre salarié, ainsi que de forts liens familiaux en France, la communauté de vie avec son épouse n'ayant notamment pas cessé. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, l'application de la sanction prévue à l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile présentait des conséquences disproportionnées par rapport à la gravité des faits qui en fondaient l'application.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 19 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police restitue à M. C sa carte de résident dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 19 août 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de restituer à M. C sa carte de résident dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. C la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.

Le rapporteur,

A. ALe président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2122528/2-

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