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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2122983

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2122983

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2122983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET FRANCK COHEN AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 octobre 2021 et le 10 mars 2022, M. B C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 9 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire et l'interdiction de conduire ;

2°) d'annuler chacun des retraits de points irrégulièrement opérés, ensemble le rejet implicite par le ministre de l'intérieur de son recours gracieux présenté le 9 juillet 2021 à leur encontre ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points irrégulièrement retirés ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la réalité des infractions n'est pas établie, alors qu'il a fait des réclamations pour les infractions des 16 juin 2017, 18 décembre 2018 et 8 mars 2020 ;

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, alors qu'il y a eu recouvrement forcé ;

- l'infraction relevée le 22 mars 2019 ne lui est pas imputable, il a contesté être l'auteur, ayant prêté son véhicule.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme A a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis, les 16 juin 2017, 18 décembre 2018, 22 mars 2019 et 8 mars 2020, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 9 avril 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à M. B le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. B demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions, ensemble le rejet implicite du recours gracieux qu'il a présenté à leur encontre.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que, lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte non seulement les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire, mais aussi une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, lorsque le contrevenant, après avoir reçu le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, ne forme pas de réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale ou s'acquitte spontanément de cette amende forfaitaire majorée, sans élever d'objection, il doit être regardé comme renonçant à contester la majoration de l'amende forfaitaire dont il devait s'acquitter dans le délai en reconnaissant que le délai dont il disposait, en vertu du formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus qui lui a alors nécessairement été remis, pour s'acquitter de cette amende forfaitaire, était expiré. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique au modèle et dont il est établi, notamment dans les conditions décrites ci-dessus, qu'il a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation à son encontre, a nécessairement reçu le formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

3. Il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation de M. B que les infractions relevées par radar automatique les 16 juin 2017 et 18 décembre 2018 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. En produisant seulement un avis de contravention anonymisé, le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucun document attestant du paiement spontané par l'intéressé de ces amendes ou toute autre pièce de nature à établir que M. B aurait nécessairement reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route. Si le ministre fait valoir qu'il aurait bénéficié à l'occasion d'autres infractions similaires de l'ensemble des informations légalement exigées, il est toutefois constant que le requérant n'a reçu aucune information sur la qualification des infractions commises à ces dates, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu, ce qui a eu pour effet de le priver d'une garantie substantielle instituée par la loi. Il suit de là que les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions doivent être regardées comme étant intervenues au terme d'une procédure irrégulière et doivent être annulées.

4. Si le ministre de l'intérieur produit des attestations de paiement émises par le comptable public responsable de la trésorerie du contrôle automatisé établissant le paiement des amendes forfaitaires majorées relatives aux infractions commises les 22 mars 2019 et 8 mars 2020, M. B établit que ces paiements sont intervenus à la suite de procédures de recouvrement forcé. Si les éléments produits par le ministre de l'intérieur permettent de constater que M. B n'a pas contesté les amendes forfaitaires majorées, ce qui a conduit à une procédure de recouvrement forcé, ils n'établissent pas nécessairement que l'intéressé a reçu préalablement au recouvrement des amendes des avis comportant les informations requises par les dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le ministre n'apporte pas la preuve d'avoir satisfait à son obligation d'information. Par suite, les retraits de points litigieux ne peuvent être regardés comme intervenus à la suite de procédures régulières.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises les 16 juin 2017, 18 décembre 2018, 22 mars 2019 et 8 mars 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points de son permis de conduire sont entachées d'illégalité, et par suite, à en demander l'annulation, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté à leur encontre.

6. La décision d'invalidation de son permis de conduire de M. B en date du 9 avril 2021 fait état de décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Le solde de points du permis de M. B n'est pas nul du fait de l'annulation de ces décisions de retrait de points. Ainsi la décision ministérielle en date du 9 avril 2021, en tant qu'elle invalide le permis litigieux, doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

8. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. B les points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 16 juin 2017, 18 décembre 2018, 22 mars 2019 et 8 mars 2020 .

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé de points du capital de points affecté au permis de conduire de M. B, à la suite des infractions commises les 16 juin 2017, 18 décembre 2018, 22 mars 2019 et 8 mars 2020 sont annulées, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté à leur encontre.

Article 2 : La décision du ministre de l'intérieur du 9 avril 2021, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. B a perdu sa validité, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date des décisions attaquées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

Le magistrat désigné,

A. A Le greffier,

S. DICK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2122983

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