mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2123094 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | LANDOULSI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2021, complétée par des mémoires enregistrés les 22 février et 7 mars 2022, Mme D B, représentée par
Me Landoulsi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le préfet de police lui a refusé la délivrance d'une carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée:
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît les dispositions de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- méconnait les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, qu'elle disposait de ressources suffisantes durant les cinq dernières années, et d'autre part qu'elle atteste, par un document officiel, de son niveau de français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2022, complété par un mémoire enregistré le 7 mars 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendus, au cours de l'audience publique:
- le rapport de M. Feghouli,
- les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique,
- Mme D et le préfet de police n'étaient pas présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, ressortissante marocaine née le 13 novembre 1972, entrée en France en 2001 selon ses déclarations, a sollicité le 30 mars 2021 la délivrance d'une carte de résident, sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 22 septembre 2021, le préfet de police a refusé de lui délivrer la carte de résident demandée. Par la présente requête, Mme D B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté en date du 27 septembre 2021, régulièrement publié, le préfet de police a donné délégation à Mme A, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ".
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante était titulaire d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dans ces conditions, elle ne peut utilement soutenir que le préfet de police était tenu d'examiner sa situation sur le fondement des stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-marocain dès lors qu'elles visent uniquement les titulaires d'une carte de séjour portant la mention " salarié ". Le moyen sera donc écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. - Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. - La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code. - Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".
6. Il ressort des dispositions précitées que si la carte de résident ne peut pas être délivrée au titulaire d'une carte temporaire de séjour lorsque ses ressources ne sont pas au moins égales au salaire minimum de croissance et présentent un caractère stable et régulier, l'administration conserve toutefois la faculté de prendre une décision favorable notamment compte tenu de l'évolution favorable de la situation de l'intéressé quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande.
7. Il ressort des pièces du dossier que les revenus de la requérante se sont élevés à 14 106 euros en 2016, à 16 563 euros en 2017, à 14 731 euros en 2018, 14 632 euros en 2019 et 13 595 euros en 2020. Il en résulte que ses revenus sont durablement égaux ou supérieurs au montant du salaire minimum de croissance (SMIC), notamment pour les années 2016 et 2017 que le préfet a entendu expressément lui opposer dans la décision contestée. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à la requérante la carte de résident qu'elle sollicitait au motif pris de l'insuffisance de ses ressources pour les deux années en cause, le préfet de police a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent.
8. Toutefois, il revient au juge de l'excès de pouvoir d'examiner si, après neutralisation d'un motif entaché d'illégalité, l'autorité administrative aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur un autre motif légal.
9. Aux termes de l'article L. 426-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'accorder la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue à l'article L. 426-17 est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7 ". Aux termes de l'article L. 413-7 du même code : " La première délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 423-6, L. 423-10 ou L. 423-16, de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " prévue aux articles L. 421-12, L. 421-25, L. 424-5, L. 424-14 ou L. 426-19, ainsi que de la carte de résident permanent prévue à l'article L. 426-4 est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 413-15 du même code : " Pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 413-7, l'étranger doit fournir : () 2° Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maîtrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration () ". Enfin, aux termes de l'arrêté du 21 février 2018 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis, pour l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE ", les tests ou attestations linguistiques produites par le requérant doivent avoir été " passés dans un centre d'examen agréé, l'expression orale devant être validée lors d'un entretien en présentiel ".
10. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer à Mme D la carte de résident sollicitée, le préfet soutient également que la requérante ne remplit pas les conditions de connaissance de la langue française, les attestations produites à cet effet ne correspondant pas aux exigences de l'arrêté du 21 février 2018 précité. Il ressort en effet du dossier que si la requérante produit, d'une part, un " certificat de fin de niveau " établi par la société " Busuu " indiquant qu'elle a atteint le niveau A2 en français, ce document est non daté et semble avoir été obtenu uniquement en ligne par l'intermédiaire d'une application informatique, sans entretien en présentiel comme exigé par les dispositions de l'arrêté du 21 février 2018 précité. D'autre part, Mme D se prévaut de l'attestation de dispense qui lui avait été délivrée le 15 novembre 2012 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Cette attestation ministérielle de dispense de formation linguistique lui avait été octroyée sous l'empire des anciennes dispositions du 2° de l'article R. 311-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont restées en vigueur jusqu'au 3 juillet 2016, et qui prévoyaient que l'OFII délivrait une telle attestation à l'étranger, dans le cadre du parcours personnalisé d'intégration républicaine, afin d'attester son niveau satisfaisant de la langue française. Toutefois, cette attestation de dispense de formation linguistique, qui justifiait d'une connaissance de la langue française au niveau A1 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe, n'est plus acceptée à compter du 7 mars 2018, date d'entrée en vigueur de l'arrêté du
21 février 2018 susvisé, pour justifier du niveau de langue française A2 dudit cadre européen, requis par les dispositions précitées de l'article R. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen sera écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Duchon-Doris, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur, Le président,
M. FEGHOULIJ.C DUCHON-DORIS
La greffière,
S. PPORRINAS
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2123094/5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026