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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2124111

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2124111

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2124111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2021, Mme C B demande au Tribunal d'annuler la décision implicite de refus née du silence gardé par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Paris (Crous de Paris) sur son recours gracieux formé contre la décision du 13 septembre 2021 rejetant sa demande d'attribution de la bourse d'aide à la mobilité en master au titre de l'année universitaire 2021-2022, ainsi que la décision implicite du ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche portant rejet de son recours hiérarchique.

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit en ce qu'elles l'excluent du bénéfice de la bourse par le seul motif que l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (Sciences Po) ne délivrerait pas de diplôme national de Master, lequel méconnaît le décret n° 2017-969 du

10 mai 2017 et l'article D. 612-34 du code de l'éducation ;

- elles sont discriminantes s'agissant des étudiants de Sciences Po.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2022 le centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Paris conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation,

- le décret n° 2017-969 du 10 mai 2017 ;

- le décret n° 2016-24 du 18 janvier 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Merino, rapporteure,

- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ben Hamouda pour le CROUS de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, inscrite à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris afin de préparer le diplôme d'établissement intitulé Master of Governing Ecological Transitions in European Cities, a demandé l'attribution d'une bourse d'aide à la mobilité en master au titre de l'année universitaire 2021-2022. Par une décision du 13 septembre 2021, le CROUS de Paris a rejeté sa demande au motif que le diplôme de niveau master qu'elle préparait n'était pas éligible à cette aide. Mme B a alors formé un recours gracieux, puis un recours hiérarchique auprès du ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui ont été tous deux implicitement rejetés. Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions en annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 10 mai 2017 relatif à l'aide à la mobilité accordée aux étudiants inscrits en première année du diplôme national de master : " Une aide à la mobilité peut être accordée aux étudiants titulaires du diplôme national de licence inscrits pour la première fois en première année de formation conduisant au diplôme national de master ". Aux termes de l'article 3 de ce même décret : " Pour pouvoir bénéficier de l'aide à la mobilité, l'étudiant doit être inscrit en première année du diplôme national de master l'année universitaire qui suit l'obtention de son diplôme national de licence ". L'octroi de l'aide à la mobilité prévue par le décret du 10 mai 2017 est ainsi subordonné à l'inscription de l'étudiant en première année d'un diplôme national de master.

3. D'autre part, selon le deuxième alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'éducation : " Au cours de chaque cycle sont délivrés des diplômes nationaux ou des diplômes d'établissement sanctionnant les connaissances, les compétences ou les éléments de qualification professionnelle acquis. Les grades de licence, de master et de doctorat sont conférés respectivement dans le cadre du premier, du deuxième et du troisième cycle ". Il résulte de ces dispositions que le grade de master peut être conféré par un diplôme national ou par un diplôme d'établissement sanctionnant les connaissances, les compétences ou les éléments de qualification professionnelle acquis.

4. Enfin, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'éducation dans sa rédaction applicable au litige : " L'Etat a le monopole de la collation des grades et des titres universitaires. Les diplômes nationaux délivrés par les établissements sont ceux qui confèrent l'un des grades ou titres universitaires dont la liste est établie par décret pris sur avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Sous réserve des dispositions des articles L. 613-3 et L. 613-4, ils ne peuvent être délivrés qu'au vu des résultats du contrôle des connaissances et des aptitudes appréciées par les établissements habilités à cet effet par le ministre chargé de l'enseignement supérieur après avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. Un diplôme national confère les mêmes droits à tous ses titulaires, quel que soit l'établissement qui l'a délivré ". L'article D. 612-34 de ce code : " Le grade de master est conféré de plein droit aux titulaires : [] 4° Des diplômes délivrés : a) Par l'Institut d'études politiques de Paris, en application de l'article 2 du décret 2016-24 du 18 janvier 2016 relatif à l'Institut d'études politiques de Paris et figurant sur une liste arrêtée par le ministre chargé de l'enseignement supérieur [] ". L'article 2 du décret du 18 janvier 2016 relatif à l'Institut d'études politiques de Paris dispose : " [L'Institut d'études politiques de Paris] délivre des diplômes propres et, lorsqu'il y est accrédité dans les conditions fixées à l'article L. 613-1 du code de l'éducation, des diplômes nationaux ". Il résulte de ces dispositions que l'Institut d'études politiques de Paris ne peut délivrer des diplômes nationaux sans avoir été au préalable accrédité dans les conditions fixées à l'article L. 613-1 du code de l'éducation.

5. Il ressort des pièces du dossier que le master " Master of Governing Ecological Transitions in European Cities " proposé par l'Institut d'études politiques de Paris est un diplôme d'établissement de niveau master délivré selon les dispositions de l'article D. 612-34 du code de l'éducation et non un diplôme national de master. Cette formation, quand bien même elle confère au diplômé le grade de master, ne saurait donc être regardée comme conduisant au diplôme national de master au sens de l'article 1er du décret du 10 mai 2017. Par conséquent, le CROUS de Paris a pu, sans commettre d'erreur de droit, refuser d'accorder à Mme B l'aide à la mobilité accordée aux étudiants inscrits en première année de diplôme national de master.

6. Si Mme B se prévaut d'une rupture d'égalité entre les candidats issus de l'Institut d'études politiques de Paris et les autres candidats, il résulte de ce qui a été dit que les étudiants préparant le diplôme d'établissement de niveau master se trouvent dans des situations différentes de celle des étudiants préparant le diplôme national du master. Il suit de là que le moyen tiré d'une rupture d'égalité doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'injonction ainsi, en tout état de cause, que ses conclusions indemnitaires, doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

Sur les conclusions présentées par le Crous de Paris relatives aux frais de l'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de

Mme B, partie perdante, la somme de 500 euros que le Crous de Paris réclame sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CROUS de Paris présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, au centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Paris et au recteur académique d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

La rapporteure,

M. A La présidente,

S. VIDAL

La greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2124111/1-1

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