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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2124411

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2124411

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2124411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET INSOLIDUM AVOCATS ASSOCIES (SELAS)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2124411/2-1 le 10 novembre 2021, la société AB, représentée par Me Houidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2021, par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois d'avril 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, ensemble le rejet de son recours gracieux en date du 13 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du 23 juillet 2021 et du 13 septembre 2021 ne sont pas motivées ;

- la décision du 23 juillet 2021 a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation en lui refusant l'aide sollicitée alors qu'elle remplissait toutes les conditions pour en bénéficier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 9 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2021.

II. Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021 sous le n° 2124414/2-1, la société AB, représentée par Me Houidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2021, par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois de mai 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 13 septembre 2021 a été prise en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- l'administration a commis une erreur d'appréciation en lui refusant l'aide sollicitée alors qu'elle remplissait toutes les conditions posées par le décret applicable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2021, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 16 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 janvier 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-705 du 10 juin 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laforêt,

- les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public,

- et les observations de Me Rosa, représentant la société AB.

Considérant ce qui suit :

1. La société AB, qui exerce une activité d'antiquaire et de brocanteur a présenté deux demandes d'aide exceptionnelle pour les mois d'avril et mai 2021. Celles-ci ont été rejetées par l'administration par deux décisions du 15 juin 2021 et du 23 juillet 2021. La société a alors formé des recours gracieux contre ces décisions, qui ont été rejetés le 13 septembre 2021. Elle doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation des décisions du 15 juin 2021 et du 23 juillet 2021 par lesquelles le directeur général des finances publiques a rejeté ses demandes d'aide exceptionnelle pour les mois d'avril et mai 2021 au titre du premier volet du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées nos 2124411 et 2124414 de la société AB présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il s'ensuit que les moyens dirigés contre les décisions du 13 septembre 2021, tirés du défaut de motivation et de la méconnaissance du principe du contradictoire sont inopérants.

4. En deuxième lieu, les décisions du 15 juin 2021 et du 23 juillet 2021 indiquent le motif qui en constitue le fondement, à savoir l'incohérence entre le chiffre d'affaires de référence indiqué par la société AB dans sa demande d'aide et les déclarations fiscales en possession de l'administration. Elles comportent donc les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, par suite, suffisamment motivées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

6. En l'espèce, l'administration, qui a statué sur les demandes de la société AB, n'avait aucune obligation de se soumettre au respect d'une procédure contradictoire préalable. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration est donc inopérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est institué, jusqu'au 31 août 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. () ". L'article 3 de la même ordonnance dispose : " Un décret fixe le champ d'application du dispositif, les conditions d'éligibilité et d'attribution des aides, leur montant ainsi que les conditions de fonctionnement et de gestion du fonds () ". En vertu des dispositions des articles 3-26 et 3-27 du décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, les entreprises qui ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public durant les mois d'avril et mai 2021 peuvent, sous certaines conditions bénéficier d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois en cause. Elles " perçoivent une subvention égale soit au montant de la perte de chiffre d'affaires dans la limite de 10 000 euros soit à 20 % du chiffre d'affaires de référence mentionné au IV du présent article ". La perte de chiffre d'affaires au sens de ces articles est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois au titre duquel la demande d'aide est formulée et, d'autre part, " le chiffre d'affaires de référence défini comme :/ - le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de mai 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 selon l'option retenue par l'entreprise lors de sa demande au titre du mois de février 2021 ou le cas échéant du mois de mars 2021 si aucune demande n'a été déposée au titre du mois de février 2021 ou le cas échéant du mois d'avril 2021 si aucune demande n'a été déposée au titre des mois de février et de mars 2021 ; ou si le fonds de solidarité n'a pas été demandé au titre du mois de d'avril 2021, le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de mai 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ". Enfin, les mêmes dispositions prévoient que " la demande est accompagnée des justificatifs suivants : -une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées ".

8. En l'espèce, la société AB soutient que l'administration a commis une erreur d'appréciation en lui refusant les aides sollicitées alors qu'elle remplissait les conditions pour les obtenir. Elle se prévaut, s'agissant du mois d'avril, de ce que son chiffre d'affaires de référence, correspondant au chiffre d'affaires réalisé en avril 2019 était de 5 776 euros alors que le chiffre d'affaires réalisé en avril 2021 était de 150 euros. S'agissant du mois de mai elle soutient avoir réalisé en 2021 un chiffre d'affaires de 5 600 euros, au lieu de 10 659 euros en 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les montants énoncés par la société AB dans sa requête sont très différents de ceux qu'elle a indiqués en remplissant ses demandes d'aides, avec notamment un chiffre d'affaire de référence deux fois supérieur pour le mois d'avril (11 555 euros) et une minoration de chiffre d'affaires réalisée de plus de mille euros pour le mois de mai (4400 euros). Ainsi, c'est à bon droit que l'administration, relevant d'importantes discordances entre les demandes d'aides et les informations en sa possession pouvant entraîner le paiement d'un indu de plus de 5 000 euros, a refusé les demandes de la requérante. Il s'ensuit que le motif retenu par l'administration pour refuser à la société AB les aides au titre des mois d'avril et de mai 2021 n'était pas entaché d'erreur de fait ou d'appréciation. Au surplus, la société requérante, qui lors de ses demandes a attesté sur l'honneur de l'exactitude d'informations alors que celles-ci ne correspondaient ni à ses déclarations fiscales, ni aux documents comptables qu'elle produit dans la présente instance, n'est pas fondée à se plaindre du rejet de ses demandes par l'administration.

Sur les frais liés à l'instance :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société AB doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société AB est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à société AB et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La rapporteure,

L. LAFORÊT

La présidente,

J. EVGENAS

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2124411/2-1 ; N° 2124414/2-1

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