lundi 26 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2124468 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LABERIBE & VU NGOC AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre 2021 et 23 septembre 2022, la société Kasagi, représentée par Me Laberibe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel la maire de Paris a refusé de l'autoriser à installer une contre-terrasse estivale sur le trottoir opposé à son établissement situé 14, rue Rampal dans le 19ème arrondissement de Paris ;
2°) d'enjoindre à la ville de Paris de lui délivrer l'autorisation d'installer une contre-terrasse estivale sur le trottoir opposé à son établissement pour la période du 1er avril au 31 octobre 2022 sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'existe aucune place de stationnement ni de livraison au droit du commerce ; en tout état de cause, il n'existe aucune place de stationnement sur le trottoir opposé sur lequel est projetée la contre-terrasse ;
- la maire de Paris n'invoque aucun motif précis lié à la présence d'une école sur le même trottoir ;
- le refus d'autoriser la terrasse risque de lui causer de graves difficultés financières ;
- les deux nouveaux motifs opposés par la ville de Paris ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- deux motifs peuvent être substitués au motif de refus erroné initialement opposé ; le motif tiré de la méconnaissance de l'article TE.3.1 du règlement des étalages et terrasses du 11 juin 2021 pouvait être opposé pour refuser l'autorisation sollicitée dès lors que sauf conditions particulières non remplies en l'espèce, la contre-terrasse a vocation à être installée sur le trottoir par lequel s'effectue l'accès au commerce considéré et non de l'autre côté d'une voie ouverte à la circulation automobile ; le motif tiré de la méconnaissance de l'article TE.3.2 du règlement des étalages et terrasses pouvait être opposé pour refuser l'autorisation sollicitée dès lors que la contre-terrasse se situe en dehors de l'espace mitoyen de l'établissement et en totalité au-delà de sa devanture ;
- la société requérante ne saurait utilement se prévoir du caractère indispensable de la contre-terrasse estivale pour la viabilité de son établissement alors qu'en application de l'article DG.5 du règlement des étalages et des terrasses, le commerce doit posséder une autonomie de fonctionnement permettant d'y exercer son activité principale à l'intérieur de l'immeuble en l'absence d'autorisation d'occupation du domaine public.
Par ordonnance du 29 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 14 octobre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté de la maire de Paris du 11 juin 2021 portant règlement de l'installation des étalages et terrasses sur la voie publique ainsi que des contre-étalages et contreterrasses, des commerces accessoires aux terrasses et des dépôts de matériel ou objets divers devant les commerces et des terrasses estivales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Madé,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me Laberibe, représentant la société Kasagi.
Considérant ce qui suit :
1. La société Kasagi, qui exploite un fonds de commerce de restauration, bar à vins, débit de boissons et cave à vins, sous l'enseigne " Le Poulpe " au 14, rue Rampal dans le 19ème arrondissement de Paris a sollicité le 28 juin 2021 auprès de la maire de Paris l'autorisation d'installer une contre-terrasse estivale de 7 mètres de long sur 2 mètres de large sur le trottoir opposé à son établissement. Cette demande a été rejetée le 17 septembre 2021. La société Kasagi demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article P.4.3.3 de l'arrêté municipal du 11 juin 2021 précédemment visé : " Conditions d'autorisation et d'exploitation des contre-terrasses sur stationnement. () en fonction de la configuration des lieux, en l'absence de stationnement disponible au droit du commerce, des contreterrasses sur stationnement peuvent être autorisées de l'autre côté de la chaussée, y compris dans les voies ouvertes en tout temps à la circulation, dont la vitesse maximum autorisée est inférieure à 50 km ; ".
3. Pour s'opposer à la délivrance de l'autorisation demandée, l'arrêté attaqué relève comme unique motif que " l'article P.4.3.3 n'autorise que les contre-terrasses estivales sur stationnement de l'autre côté de la chaussée en l'absence de stationnement au droit du commerce, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'aucun stationnement n'est présent au droit du commerce de la société requérante. Par suite, la société Kasagi est fondée à soutenir que l'unique motif opposé par la ville de Paris pour refuser l'autorisation demandée est entaché d'erreur de fait.
4. Cependant, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. La ville de Paris demande, dans son mémoire en défense, à substituer deux autres motifs au motif erroné de l'arrêté.
6. D'une part, aux termes de l'article TE.3 de l'arrêté municipal du 11 juin 2021 susvisé : " Contre-terrasses estivales sur trottoir, places ou terre-pleins TE.3.1 définition : Une contre-terrasse estivale est une occupation du domaine public, destinée limitativement aux exploitants de débits de boissons, restaurants, glaciers et salons de thé, non contiguë à la devanture ou à la façade du commerce devant laquelle elle est établie, et ce pour y disposer des tables et des chaises.
Elle peut également être accordée aux hôtels et aux établissements culturels (théâtres, musées) disposant d'un espace de restauration ou de débit de boisson accueillant de la clientèle à l'intérieur de l'établissement. Elle peut aussi être accordée aux librairies et aux disquaires, sans condition. Un espace destiné à la circulation des piétons et des personnes à mobilité réduite d'une largeur de 1,80 mètre au minimum doit être laissé libre de tout obstacle entre la façade de l'immeuble ou la terrasse éventuelle existante et la contreterrasse estivale. ".
7. La ville de Paris fait valoir que l'autorisation pouvait être refusée sur le fondement des dispositions précitées de l'article TE.3.1 de l'arrêté municipal du 11 juin 2021 dès lors qu'il résulte de ces dispositions qu'une contre-terrasse a vocation à être installée sur le trottoir par lequel s'effectue l'accès au commerce considéré et non de l'autre côté d'une voie ouverte à la circulation publique. En effet, la contre-terrasse doit être établie devant la devanture ou la façade du commerce concerné ce qui implique que la contre-terrasse soit située sur le même trottoir que la devanture ou la façade du commerce sollicitant l'autorisation. Si des exceptions existent à l'article TE.4.2 pour les contre-terrasses estivales sur stationnement et à l'article TE.3.2 pour les contre-terrasses sur une place ou un terre-plein au-delà d'une chaussée ouverte à la circulation publique, la demande d'autorisation litigieuse ne relève d'aucune de ces hypothèses. Dans ces conditions, la ville de Paris est fondée à soutenir que le projet litigieux qui prévoit l'installation d'une contre-terrasse estivale sur le trottoir opposé à l'établissement méconnaît les dispositions précitées de l'article TE.3.1 de l'arrêté municipal du 11 juin 2021.
8. D'autre part, aux termes de l'article T.3.2 de l'arrêté municipal du 11 juin 2021 : " Les contre-terrasses peuvent être prolongées latéralement, au-delà des limites du linéaire de la devanture ; l'extension est limitée aux immeubles mitoyens ".
9. La ville de Paris fait valoir que l'autorisation pouvait être refusée sur le fondement de ces dispositions dès lors que la contre-terrasse se situe en totalité au-delà des limites du linéaire de la devanture et que l'extension se situe en dehors des espaces mitoyens du commerce. En effet, il ressort des pièces du dossier que la contre-terrasse estivale projetée, située sur le trottoir opposé au restaurant, à droite de l'entrée d'une école, est implantée en totalité au-delà des limites de la devanture de l'établissement et que son extension n'est pas limitée aux immeubles mitoyens, en violation des dispositions de l'article T.3.2 de l'arrêté municipal du 11 juin 2021 précitées. Dans ces conditions, la ville de Paris est fondée à soutenir que le projet de contre-terrasse estivale en litige méconnaît également ces dispositions.
10. Il résulte de l'instruction que la maire de Paris aurait pris la même décision si elle s'était initialement fondée sur ces deux motifs. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par la ville de Paris, qui n'a pas pour effet de priver la requérante d'une garantie de procédure.
11. En second lieu, la société requérante ne peut utilement invoquer les circonstances selon lesquelles le défaut d'autorisation d'implantation de la contre-terrasse lui causerait un préjudice financier important et une telle installation ne créerait aucune nuisance et permettrait de dynamiser le quartier, ces circonstances étant sans influence sur la légalité de la décision contestée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par la société Kasagi doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Kasagi est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Kasagi et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.
La rapporteure,
C. MADÉ
La présidente,
M-O. LE ROUX La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026