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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2124492

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2124492

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2124492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET CORNILLE, POUYANNE (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2021, la société Le Consulat, représentée par le cabinet Cornille-Fouchet-Manetti, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le préfet de police a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " Le Consulat " pour une durée de 9 jours ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 25 085 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'illégalité de la décision du 28 septembre 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un avertissement préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de santé publique ;

- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les conditions d'exploitation ne portent pas atteinte à l'ordre public ;

- la société a subi un préjudice lié à la déprogrammation des activités sportives, associatives et culturelles qu'elle estime à 5 000 euros ;

- la société a subi un préjudice financier lié à une perte de chiffres d'affaires sur la période qui doit être estimé à 20 085 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 23 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 16 mars 2022 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Le Consulat, dont le représentant légal est M. A, exploite un établissement sous l'enseigne " Le Consulat ", situé 14 avenue Parmentier dans le 11ème arrondissement à Paris. A la suite de plusieurs contrôles de police le 23 juin à 23h10 et le 23 juillet 2021 à 23h35 pour des faits de tapage nocturne, d'un rapport du commissaire central chargé du 11ème arrondissement du 26 juillet 2021, et après avoir invité M. A à présenter ses observations, le préfet de police a, par un arrêté du 28 septembre 2021, ordonné la fermeture administrative pour une durée de neuf jours de cet établissement, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Le 3 octobre 2021, la société requérante a présenté une demande préalable indemnitaire, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, la société Le Consulat demande l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2021 et l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de cette décision.

2. Aux termes du 2° de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. () ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est fondé sur les dispositions du 2° de l'article

L. 3332-15 du code de la santé publique, le préfet ayant estimé que les faits constatés étaient de nature à troubler la tranquillité publique. Par suite, la société requérante ne peut utilement soutenir que cette mesure de police administrative aurait dû être précédée d'un avertissement, ce préalable n'étant prévu que lorsque la fermeture est fondée sur le premier paragraphe de l'article L. 3332-15 du code précité.

4. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal des services de police du 23 juin 2021 et du rapport du commissaire central du 11e arrondissement du 26 juillet 2021, que le 23 juin à 23h10, l'établissement " Le Consulat ", dont il est constant qu'il organisait ce soir-là une soirée festive privée, avait laissé ses portes ouvertes laissant retentir des bruits de musiques audibles depuis la voie publique. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que le 23 juillet 2021 à 23h35, les services de police ont constaté que l'établissement avait installé une terrasse éphémère sur la voie publique, au demeurant sans autorisation, comptant 17 tables et environ 70 chaises, toutes occupées, par des clients dont les bruits de conversations et éclats de voix généraient des nuisances sonores importantes. La circonstance que les faits de tapage se soient produits avant minuit est par ailleurs sans incidence sur la matérialité des faits litigieux. Dès lors, alors que le requérant n'apporte aucun élément de nature à contredire les faits de tapage nocturne ainsi établis par les procès-verbaux des services de police, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, en considérant que les faits de tapage nocturne des 23 juin et 23 juillet 2021, trouvant leur origine dans l'activité même de l'établissement et donc en relation avec sa fréquentation et ses conditions d'exploitation, étaient constitutifs de troubles à la tranquillité publique, justifiant une mesure administrative de fermeture sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. De plus, cette mesure de fermeture de neuf jours ne revêt pas de caractère disproportionné.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Le Consulat n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de police du 28 septembre 2021, ni, par suite, à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme totale de 25 085 euros au titre des préjudices qu'elle aurait subis du fait de l'illégalité de la décision du 28 septembre 2021. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Le Consulat est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Le Consulat et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La rapporteure,

S. B

La présidente,

N.AMATLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°212449

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