jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2124844 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | SIMOND |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2124844 le 22 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Simond, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à la réalité et la gravité de la menace à l'ordre public qu'il représente ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2203500 le 9 février 2022, M. A B, représenté par Me Simond, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le ministre de l'intérieur l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'erreur de fait ;
- il est entaché d'erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Palla,
- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 16 juin 1973 à Bouskara est entré en France en août 1999. Le ministre de l'intérieur a pris un arrêté d'expulsion à son encontre le 25 mai 2021. Le 31 janvier 2022, il a également pris à l'encontre de M. B un arrêté l'assignant à résidence. M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2124844 et n° 2203500 introduites par le même requérant présentent des questions semblables à juger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté d'expulsion :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 631-2 et L. 632-1 dont il fait application, et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne également l'ensemble des faits dont s'est rendu coupable M. B, qui lui ont valu plusieurs condamnations prononcées par le tribunal correctionnel de Nanterre et fondent la mesure d'expulsion, ainsi que plusieurs éléments relatifs à ses liens familiaux et sa vie en France. Dès lors, il comporte l'ensemble des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté du 25 mai 2021 doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / () ".
5. Il est constant que le ministre a considéré que M. B se trouvait dans la situation du 3° de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité et que, dès lors, celui-ci ne pouvait faire l'objet d'un mesure d'expulsion qu'à condition que la mesure réponde à une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique. Si M. B soutient qu'il ne constitue pas une menace réelle et actuelle à l'ordre public, il ressort des pièces des dossiers qu'il a agressé sexuellement son ex-compagne, fait pour lequel il a été condamné le 8 avril 2019 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de trois ans d'emprisonnement assortie d'un suivi socio-judiciaire pendant trois ans. Il a également été condamné par ce même tribunal pour des faits de violence sur son ex-compagne et sur leur fille, ainsi que des faits de violation de domicile, vol, menace de mort réitérée et recel de bien. Il ressort notamment des pièces des dossiers qu'il a proféré des menaces, notamment des menaces de mort à l'encontre de son ex-concubine, en particulier en l'appelant à 173 reprises depuis le centre pénitentiaire dans lequel il a été détenu, entre le 6 octobre 2018 et le 9 février 2019. Enfin, dans ce centre pénitentiaire il a également fait l'objet de cinq comptes rendus d'incident disciplinaire, notamment pour des faits de violence. S'il fait valoir que les faits commis l'ont été pendant une période courte et ancienne et qu'il a pris conscience de leur gravité, il ressort du compte-rendu de la commission d'expulsion qui s'est réunie le 12 février 2021 qu'il nie un certain nombre des faits pour lesquels il a été condamné et le juge aux affaires familiales a constaté dans son ordonnance rendue le 20 mars 2019 qu'il apparaît très centré sur sa personne et ne pas mesurer les conséquences de son comportement vis-à-vis de sa fille. Enfin, comme le fait valoir le ministre de l'intérieur en défense, le comportement violent de l'intéressé est lié à la consommation de stupéfiants et si M. B produit un certificat d'un psychiatre et une attestation de présence à une permanence d'accompagnement psychologique, ces deux documents n'attestent que de rendez-vous isolés et non d'un suivi régulier. Ainsi, s'il justifie d'une promesse d'accompagnement social et produit des bulletins de salaire pour les mois d'août à octobre 2021, ces seuls éléments ne permettent pas d'exclure le risque réel de récidive. Dès lors, compte tenu de la gravité des actes commis par M. B, de la persistance de son comportement violent et de l'insuffisance des gages de réinsertion qu'il présente, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que son expulsion répondait à une nécessité impérieuse pour la sécurité publique. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
7. M. B fait valoir que sa fille aurait montré le désir d'entretenir un lien avec lui dès lors qu'elle lui aurait envoyé des photographies d'elle en prison. Toutefois, d'une part, en se bornant à verser au dossier trois photographies de sa fille dont le ministre conteste qu'elles ont été envoyées par elle, et faute de produire notamment des courriers ou attestations de celle-ci, M. B n'établit pas la réalité ni l'actualité du désir de lien de sa fille, qui a déclaré devant le tribunal correctionnel en 2019 ne pas souhaiter que son père sorte de prison. D'autre part, comme il a été dit au point 5, c'est notamment en raison de violences envers celle-ci, alors âgée de 14 ans, que M. B a été condamné à une peine d'emprisonnement. En outre, l'ordonnance rendue par la juge aux affaires familiales le 20 mars 2019 confie l'exercice exclusif de l'autorité parentale de l'enfant de M. B à la mère et réserve le droit de visite et d'hébergement du père. Enfin, l'expulsion du requérant au Maroc n'empêchera pas des échanges téléphoniques et épistolaires entre l'intéressé et sa fille et celle-ci pourra lui rendre visite au Maroc où M. B n'est pas dépourvu d'attaches familiales, sa mère, ses tantes et des cousins y résidant. Dès lors, compte tenu des éléments rappelés au point 5, le ministre de l'intérieur n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, ainsi, être écarté.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 7 que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 25 mai 2021 doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté du 31 janvier 2022 :
9. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / () 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; () ".
10. Pour prendre à l'encontre de M. B un arrêté l'assignant à résidence, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance qu'il ne disposait pas d'un laissez-passer consulaire. M. B produit à l'appui de sa requête les copies de laissez-passer consulaires en cours de validité au moment où la mesure d'expulsion pouvait être exécutée et à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, le ministre ne pouvait se fonder sur cette circonstance sans commettre d'erreur de fait et d'erreur de droit.
11. Toutefois, le ministre demande en défense une substitution de motif et fait valoir que la situation sanitaire et les conditions restrictives imposées pour l'accès au territoire marocain, au 31 janvier 2022, justifiaient la mesure prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 731-3 dès lors qu'elles faisaient obstacle à ce que M. B puisse quitter le territoire français pour regagner son pays d'origine. Au demeurant, le ministre a retiré l'arrêté litigieux et pris un autre arrêté dans le même sens et sur ce fondement le 10 février 2022. Par suite, il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur cette circonstance. Cette substitution de motif ne privant le requérant d'aucune garantie, il y a lieu d'y procéder.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Viard, présidente,
M. Perrot, conseiller,
M. Palla, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
F. PALLA
La présidente,
M-P. VIARDLa greffière,
L. THOMAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2,2203500
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026