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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125022

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125022

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantKANTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 24 novembre 2021 et 6 janvier 2022, M. A E, représenté par Me Kante, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision d'obligation de quitter le territoire :

- a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Il soutient que la décision fixant le pays de renvoi :

- a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- -est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2021, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme G, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Beugelmans-Lagane, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant sri-lankais né le 30 juin 1979 à Jaffna, a déposé une demande de protection internationale dans le cadre des dispositions des articles L. 521-1 et L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. A la suite du rejet de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le préfet de police a pris à son encontre un arrêté le 10 novembre 2021, portant obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours et fixant le pays de destination vers lequel il sera renvoyé. Par la présente requête, M. E en demande l'annulation.

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F B, adjointe au chef du 12ème bureau du service de l'administration des étrangers de la délégation à l'immigration de la préfecture de police, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté du 27 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police et régulièrement signé par le préfet de police, M. C D. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté mentionne également différents éléments de la situation personnelle du requérant, notamment la circonstance que sa demande de protection internationale a fait l'objet d'une décision de refus par l'OFPRA le 10 mars 2021, et que ce rejet a été confirmé par la CNDA dans une décision du 2 août 2021. L'arrêté contesté contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour prononcer une obligation de quitter le territoire à l'encontre de M. E. L'arrêté précise également que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. E avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. Si le requérant soutient qu'il a manifesté une volonté particulière de nouer des liens personnels particuliers avec la France, de s'intégrer dans la vie associative française et fait valoir qu'il se trouve sur le territoire national depuis le 2 décembre 2020, il ne produit aucune pièce permettant de l'établir. Il est sans charge de famille en France et indique s'être marié au Sri Lanka en 2003 et avoir eu deux enfants, l'ensemble de sa famille se trouvant dans ce pays. Dans ces conditions, eu égard au caractère récent de sa présence et des conditions de son séjour en France, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'obligation de quitter le territoire français a été prise ni davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. E.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si M. A E fait état de risques d'atteinte à sa vie en cas de retour au Sri Lanka au motif qu'il risquerait d'être persécuté dans son pays d'origine par les autorités sri-lankaises en raison de son appartenance à la communauté tamoule, il ne produit, à l'appui de sa requête, aucun élément probant de nature à attester qu'il encourrait actuellement et personnellement de tels risques en cas de retour dans son pays. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de police aurait commise ne peuvent ainsi qu'être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A E doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le magistrat désigné

N. G

La greffière

I. GARNIER

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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