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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125231

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125231

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 novembre 2021 et le 3 juin 2022, M. B C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire et a constaté la perte de validité de son titre de conduite pour défaut de points ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points de son permis de conduire à la suite des infractions des 27 juin 2014, 15 juillet 2014, 17 août 2015, 9 avril 2015, 24 avril 2015, 2 novembre 2015, 14 janvier 2017, 8 août 2019, 11 février 2020, 23 septembre 2020, 16 novembre 2020 et 19 décembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre chargé de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

M. C soutient que :

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, le ministre chargé de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les points retirés consécutivement aux infractions des 17 août 2015, 24 avril 2015, 2 novembre 2015, 14 janvier 2017 et 11 février 2020, ont été restitués, les conclusions dirigées contre ces retraits sont donc sans objet ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme A a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a commis, les 27 juin 2014, 15 juillet 2014, 17 août 2015, 9 avril 2015, 24 avril 2015, 2 novembre 2015, 14 janvier 2017, 8 août 2019, 11 février 2020, 23 septembre 2020, 16 novembre 2020 et 19 décembre 2020, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait des 12 points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 28 septembre 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à M. C le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. C demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant édité le 19 janvier 2022 et produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés du capital de points affectés au permis de conduire de M. C à la suite des infractions des 17 août 2014, 24 avril 2015, 2 novembre 2015, 14 janvier 2017, 8 août 2019 et 11 février 2020, ont été réattribués antérieurement à la date d'introduction de la requête de M. C enregistrée le 25 novembre 2021. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation des décisions relatives à ces retraits, dépourvues d'objet, sont en conséquence irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

Quant aux infractions des 27 juin 2014, 15 juillet 2014, 9 avril 2015, 19 décembre 2020 :

4. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que, lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte non seulement les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire, mais aussi une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, lorsque le contrevenant, après avoir reçu le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, ne forme pas de réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale ou s'acquitte spontanément de cette amende forfaitaire majorée, sans élever d'objection, il doit être regardé comme renonçant à contester la majoration de l'amende forfaitaire dont il devait s'acquitter dans le délai en reconnaissant que le délai dont il disposait, en vertu du formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus qui lui a alors nécessairement été remis, pour s'acquitter de cette amende forfaitaire, était expiré. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique au modèle et dont il est établi, notamment dans les conditions décrites ci-dessus, qu'il a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation à son encontre, a nécessairement reçu le formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

5. Les infractions commises les 27 juin 2014, 15 juillet 2014, 9 avril 2015 et 19 décembre 2020 ont été constatées par radar automatique. Le ministre soutient que les données des infractions ont ensuite été télétransmises au centre national de traitement de Rennes et qu'un avis de contravention comportant l'ensemble des informations prescrites par les textes a été envoyé automatiquement par courrier au domicile du requérant. Toutefois, il ressort du relevé d'information intégral de M. C qu'il a fait l'objet de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Si le ministre produit un modèle d'avis de contravention vierge qui comporte les informations prescrites par l'article L. 223-3 du code de la route, il ne peut pas être regardé comme apportant la preuve, en l'absence de paiement des amendes, que le requérant a reçu des avis de contravention identiques. Par suite, les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 27 juin 2014, 15 juillet 2014, 9 avril 2015 et 19 décembre 2020 sont entachées d'illégalité.

Quant aux infractions des 23 septembre 2020 et 16 novembre 2020 :

6. Aux termes du II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale : " Sans préjudice de l'article R. 249-9, le procès-verbal peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique. ". Aux termes de l'article A. 37-15 du même code : " Lorsque, conformément aux dispositions du troisième alinéa du I de l'article R. 49-1 ou du dernier alinéa de l'article R. 49-10, la contravention est constatée par l'agent verbalisateur dans des conditions ne permettant pas l'édition immédiate de l'avis de contravention et de la carte de paiement, notamment parce que le procès-verbal de constatation est dressé avec l'appareil prévu par l'article A. 37-19, il est adressé par voie postale au domicile du contrevenant ou, lorsque son identité n'a pu être établie, au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation les documents suivants : / -un avis de contravention ; / -une notice de paiement ; / -un formulaire de requête en exonération sur un feuillet distinct, lorsque les informations relatives aux modalités de contestation et de recours ne figurent pas sur l'avis de contravention. / Les caractéristiques de ces documents sont fixées par les articles A. 37-16 à A. 37-18 / () ". Aux termes de l'article A. 37-16 du même code : " L'avis de contravention adressé par voie postale au contrevenant ou, lorsque son identité n'a pu être établie, au titulaire du certificat d'immatriculation comprend : / I.-Les mentions relatives au service verbalisateur, à la nature, au lieu et à la date de la contravention, les références des textes réprimant ladite contravention, les éléments d'identification du véhicule et l'identité du contrevenant ou, lorsque celle-ci n'a pu être relevée, celle du titulaire du certificat d'immatriculation. / II.-Le montant de l'amende forfaitaire encourue ainsi que le montant de cette amende en cas de minoration ou de majoration en considération du délai ou du mode de paiement. / III.-Une rubrique intitulée " Retrait de point(s) du permis de conduire " où est indiqué si la contravention poursuivie est susceptible d'entraîner un retrait de point(s) du permis de conduire et comportant les mentions prévues au III de l'article A. 37-9, le cas échéant dans un ordre différent. Les dispositions du présent alinéa ne sont toutefois pas applicables s'il s'agit d'une contravention n'entraînant pas retrait de points du permis de conduire. / IV.-Le cas échéant, une rubrique relative à l'obligation de procéder à l'échange du permis de conduire. / V.-Une information sur les droits du destinataire de cet avis et sur les modes d'exercice des recours concernant : / -le traitement automatisé des données à caractère personnel ; / -le droit d'accès au cliché éventuellement pris par des appareils de contrôle automatiques / () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation et le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis.

7. S'agissant des infractions constatées les 23 septembre 2020 et 16 novembre 2020 par procès-verbal électronique, le ministre de l'intérieur produit un double des procès-verbaux électroniques qui ne comportent pas l'intégralité des informations légales et ne sont pas signés par M. C et il ne verse pas au dossier un double de l'avis de contravention au code de la route établi par le centre automatisé de constatation des infractions routières de Rennes mais seulement un document intitulé " historique des documents émis " qui n'établit pas leur réception par l'intéressé. L'information requise n'a donc pas été portée à sa connaissance. Il suit de là que M. C est fondé à soutenir que les décisions ayant retiré des points du capital de points attaché à son permis de conduire à la suite des infractions commises les 23 septembre 2020 et 16 novembre 2020 sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises les 27 juin 2014, 15 juillet 2014, 9 avril 2015, 23 septembre 2020, 16 novembre 2020 et 19 décembre 2020 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points de son permis de conduire sont entachées d'illégalité, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête, et par suite, à en demander l'annulation.

9. La décision du ministre chargé de l'intérieur du 28 septembre 2021 constatant la perte de validité du permis de conduire de M. C fait état de décisions de retrait de points dont l'illégalité a été constatée par le présent jugement. Aux termes des dispositions précitées du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Tel n'est plus le cas en l'espèce, la décision référencée " 48 SI " du 28 septembre 2021 ne pouvant dès lors légalement s'appuyer sur ces décisions pour retirer des points du capital de points de M. C et par voie de conséquence invalider son titre de conduite, qu'il suit de là que la décision du 28 septembre 2021 doit être annulée en tant qu'elle invalide le permis litigieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

11. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. C les points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 27 juin 2014, 15 juillet 2014, 9 avril 2015, 23 septembre 2020, 16 novembre 2020 et 19 décembre 2020.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre chargé de l'intérieur a procédé au retrait de points du capital de points affecté au permis de conduire de M. C, à la suite des infractions commises les 27 juin 2014, 15 juillet 2014, 9 avril 2015, 23 septembre 2020, 16 novembre 2020 et 19 décembre 2020 sont annulées.

Article 2 : La décision du ministre de l'intérieur du 28 septembre 2021, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. C a perdu sa validité, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date des décisions attaquées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. A Le greffier,

S. DICK

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2125231

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