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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125251

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125251

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBARRAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 novembre 2021, le président de la 5ème chambre du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal administratif de Paris le dossier de la requête présentée pour Mme A, enregistrée le 11 septembre 2021.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés le 25 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Barrault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la commission de recours de l'invalidité du 7 juillet 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2021, en tant qu'il prend en compte le grade d'ingénieur en chef de 1ère classe ;

3°) d'annuler la fiche descriptive des infirmités constatées du 4 mars 2021, en tant qu'il prend en compte le grade d'ingénieur en chef de 1ère classe ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision de la commission de recours de l'invalidité méconnaît l'article L. 125-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre dès lors que pour le calcul de la pension militaire d'invalidité, c'est le grade détenu à la date de radiation des cadres dont il doit être tenu compte ;

- elle n'a fait l'objet d'aucune mesure de radiation des cadres, laquelle n'est prononcée, à l'égard des officiers généraux qu'en cas de mesure disciplinaire, de demande explicite ou de décès ;

- elle était en position d'activité jusqu'au 15 mai 2019 et, depuis le 16 mai 2019, elle était maintenue à la disposition du ministre des armées dans la deuxième section des officiers généraux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre l'arrêté du 22 février 2021 et la fiche descriptive du 4 mars 2021 sont irrecevables dès lors que seule la décision de la commission de recours d'invalidité pouvait faire l'objet d'un recours ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 16 décembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rennes, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de la défense ;

- la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense ;

- le décret n° 2008-941 du 12 septembre 2008 portant statut particulier du corps militaire des ingénieurs de l'armement ;

- le décret n° 2018-1291 du 28 décembre 2018 portant transfert de compétence entre juridictions de l'ordre administratif pris pour l'application de l'article 51 de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense ;

- le décret n° 2018-1292 du 28 décembre 2018 pris pour l'application de l'article 51 de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense et créant un recours administratif préalable obligatoire en matière de pensions militaires d'invalidité ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ingénieure des études techniques d'armement depuis le 1er octobre 1974, nommée dans le grade d'ingénieur en chef de 1ère classe le 1er janvier 2004, s'est vue concéder, par un arrêté du 10 juin 2014, une pension militaire d'invalidité au taux global de 45 % à compter du 29 octobre 2013. Le 26 janvier 2018, Mme A a demandé la révision de sa pension pour infirmité nouvelle résultant de troubles circulatoires dans la jambe gauche avant d'être nommée, par un décret du 12 décembre 2018, ingénieure générale de 2ème classe du corps militaire des ingénieurs de l'armement " pour prendre rang du 16 mai 2019 " et dans la 2ème section des officiers généraux du corps des ingénieurs des études techniques de l'armement. Le 26 mars 2019, Mme A a demandé que sa pension militaire d'invalidité soit calculée sur la base du grade d'ingénieur général de 2ème classe. Par un arrêté du 28 octobre 2019, la ministre des armées a concédé à Mme A une pension militaire d'invalidité au taux temporaire de 10 %, du 26 janvier 2018 au 25 janvier 2021, liquidée au taux du grade d'ingénieur en chef de 1ère classe des études techniques d'armement et, par un courrier du 20 novembre 2019, a rejeté sa demande tendant à ce que sa pension d'invalidité soit calculée sur la base du grade d'ingénieur général de 2ème classe. Le 3 juin 2020, Mme A a saisi la commission de recours de l'invalidité d'un recours préalable obligatoire dirigé contre ce courrier. Par une décision du 18 juin 2020, le président de la commission de recours de l'invalidité a rejeté ce recours en estimant qu'il ne ressortissait pas à la compétence de la commission. Par un jugement du 27 avril 2022, le tribunal administratif de Paris a annulé cette décision. Les 14 mai 2020 et 20 août 2020, Mme A a sollicité le renouvellement de sa pension militaire d'invalidité. Après expertise médicale et avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité, une pension militaire d'invalidité à titre définitif au taux de 55% a été concédée à Mme A à compter du 26 janvier 2021, liquidée au taux du grade d'ingénieur en chef de 1ère classe des études techniques d'armement, par un arrêté du 22 février 2021. Le 1er avril 2021, Mme A a formé un recours contre cet arrêté devant la commission de recours de l'invalidité. Par une décision du 7 juillet 2021, la commission de recours de l'invalidité a rejeté ce recours. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision, ensemble l'arrêté du 22 février 2021 et la fiche descriptive des infirmités du 4 mars 2021.

2. Aux termes de l'article L. 113-1 du code de justice administrative : " Avant de statuer sur une requête soulevant une question de droit nouvelle, présentant une difficulté sérieuse et se posant dans de nombreux litiges, le tribunal administratif ou la cour administrative d'appel peut, par une décision qui n'est susceptible d'aucun recours, transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat, qui examine dans un délai de trois mois la question soulevée. Il est sursis à toute décision au fond jusqu'à un avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration de ce délai. "

3. Aux termes de l'article L. 125-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension est calculée sur la base du grade détenu par le militaire à la date de la radiation des cadres ou des contrôles / () ".

4. Aux termes de l'article L. 4139-12 du code de la défense : " L'état militaire cesse, pour le militaire de carrière, lorsque l'intéressé est radié des cadres () ". Aux termes de l'article L. 4139-14 de ce code : " La cessation de l'état militaire intervient d'office dans les cas suivants : / 1° Dès l'atteinte de la limite d'âge ou de la limite de durée de service pour l'admission obligatoire à la retraite, dans les conditions prévues aux articles L. 4139-16 et L. 4141-5 ; / () / ; 3° Par mesure disciplinaire dans le cas où elle entraîne la radiation des cadres ou la résiliation du contrat / (). ". En vertu de l'article L. 4139-16 du même code, les limites d'âges et âges maximaux de maintien en première section militaire sont, pour les ingénieurs de l'armement et les ingénieurs des études et techniques de l'armement, fixées à 66 ans et 67 ans.

5. Aux termes de l'article L. 4138-1 du même code : " Tout militaire est placé dans l'une des positions suivantes : / 1° En activité ; / 2° En détachement ; / 3° Hors cadres ; / 4° En non-activité. ". Aux termes de l'article L. 4138-2 de ce code : " L'activité est la position du militaire qui occupe un emploi de son grade. ". Aux termes de l'article L. 4138-8 de ce code : " Le détachement est la position du militaire placé hors de son corps d'origine ". Aux termes de l'article L. 4138-10 du même code : " La position hors cadres est celle dans laquelle un militaire de carrière ayant accompli au moins quinze années de services valables pour la retraite et placé en détachement, soit auprès d'une administration ou d'une entreprise publique dans un emploi ne conduisant pas à pension du régime général des retraites, soit auprès d'un organisme international, peut être placé, sur sa demande, pour continuer à servir dans la même administration, entreprise ou organisme. ". Aux termes de l'article L. 4138-11 du même code : " La non-activité est la position temporaire du militaire qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° En congé de longue durée pour maladie ; / 2° En congé de longue maladie ; / 3° En congé parental ; / 4° En situation de retrait d'emploi ; / 5° En congé pour convenances personnelles ; / 6° En disponibilité ; / 7° En congé complémentaire de reconversion ; / 8° En congé du personnel navigant. ".

6. Aux termes de l'article L. 4141-1 du code de la défense : " Les officiers généraux sont répartis en deux sections : / 1° La première section comprend les officiers généraux en activité, en position de détachement, en non-activité et hors cadres ; / 2° La deuxième section comprend les officiers généraux qui, n'appartenant pas à la première section, sont maintenus à la disposition du ministre de la défense. (). Lorsqu'ils sont employés pour les nécessités de l'encadrement, les officiers généraux visés au présent 2° sont replacés en première section pour une durée déterminée dans les conditions et selon les modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. / Les officiers généraux peuvent être radiés des cadres. ". Aux termes de l'article L. 4141-3 du même code : " L'officier général est admis dans la deuxième section : / 1° Par limite d'âge ou à l'expiration du congé du personnel navigant ; / 2° Par anticipation :/ a) Soit sur sa demande ;/ b) Soit d'office pour raisons de santé constatées par un conseil de santé ou, pour toute autre cause non disciplinaire, après avis du conseil supérieur de l'armée intéressée ou du conseil correspondant. / L'officier général placé dans la deuxième section pour raisons de santé peut être replacé dans la première section après avis du conseil de santé. / En temps de guerre, les avis des conseils prévus dans le présent article sont remplacés par celui d'un médecin général ou d'un officier général appartenant au conseil intéressé, désigné par le ministre de la défense. ".

7. Enfin, aux termes de l'article L. 4141-6 du code de la défense : " Le général de brigade, le colonel ou l'officier d'un grade correspondant ayant été jugé apte à tenir un emploi du grade supérieur peut être promu au titre de la deuxième section soit à la date de son passage dans cette section ou de sa radiation des cadres, soit dans les six mois qui suivent cette date, soit en temps de guerre dans la limite des besoins de l'encadrement. ".

8. La requête de Mme A pose les questions suivantes :

1°) Les officiers généraux atteints par la limite d'âge ou par la limite de durée de service pour l'admission obligatoire à la retraite, dont l'état militaire cesse d'office conformément à l'article L. 4139-14 du code de la défense, doivent-ils être regardés comme étant radiés des cadres à cette date au sens de l'article L. 125-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre '

2°) Les officiers généraux répartis dans la deuxième section prévue par l'article L. 4141-1 du code de la défense par limite d'âge doivent-ils être regardés comme étant radiés des cadres à la date de cette répartition au sens de l'article L. 125-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre '

3°) En cas de réponse affirmative aux deux premières questions, la nomination d'un officier général dans un nouveau grade pour prendre rang à compter d'une date postérieure à l'aggravation de l'infirmité pensionnée, à l'atteinte par la limite d'âge et à la répartition dans la deuxième section des officiers généraux, doit-elle être prise en compte par l'administration comme base de calcul de sa pension '

4°) En cas de réponse négative aux deux premières questions, le calcul de la pension militaire d'invalidité doit-il tenir compte du grade obtenu au moment de la répartition en deuxième section, malgré la cessation de l'état militaire '

9. Ces questions constituent des questions de droit nouvelles présentant des difficultés sérieuses et susceptibles de se poser dans de nombreux litiges. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer sur la requête de Mme A et de transmettre le dossier de l'affaire au Conseil d'Etat pour avis sur ces questions.

D E C I D E :

Article 1er : Le dossier de la requête de Mme A est transmis au Conseil d'Etat pour examen figurant au point 8 du présent jugement.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de Mme A, jusqu'à l'avis du Conseil d'Etat ou, à défaut, jusqu'à l'expiration du délai de trois mois à compter de la transmission du dossier prévue à l'article 1er.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'à la fin de l'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au président de la Section du contentieux du Conseil d'Etat, à Mme C A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 22 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.

Le rapporteur,

G. B

Le président,

J.P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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