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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125323

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125323

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2021, M. A B, représenté par Me de Sèze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2021 par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 9.2 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003, le préfet ne démontrant pas avoir informé les autorités autrichiennes de la prolongation du délai de transfert ;

- il n'a pas été informé des conséquences du manquement à ses obligations de présentation ;

- la décision le plaçant en fuite méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, dès lors que le préfet ne démontre pas qu'il ait tenté de se soustraire de manière systématique et intentionnelle à la mesure de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, la prolongation du délai de transfert ayant pour effet de maintenir en vigueur la décision de remise aux autorités autrichiennes et non de faire naître une nouvelle décision ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 mai 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance du 28 décembre 2021 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête présentée sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative par M. B ;

- le courrier enregistré le 5 janvier 2022 par lequel M. B a explicitement confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 modifié de la Commission du 2 septembre 2003, modifié ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Riou, présidente-rapporteure,

- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 6 septembre 1998, a présenté une demande

d'asile le 28 janvier 2021. Par un arrêté du 12 mars 2021, le préfet de police a prononcé son

transfert aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. B a demandé l'annulation de cette décision auprès du tribunal administratif de Paris, qui a rejeté sa requête par un jugement du 21 mai 2021, devenu définitif. Par une décision du 28 septembre 2021, le préfet de police l'a déclaré en fuite et a prolongé son délai de transfert à dix-huit mois. Par une décision du 24 novembre 2021, le préfet de police a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

3. Il résulte clairement des dispositions mentionnées au point précédent que la notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant, notamment dans l'hypothèse où il se soustrait intentionnellement à l'exécution d'un transfert organisé.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B ne s'est pas présenté aux convocations des autorités administratives les 27 septembre 2021 et 2 août 2022. Si M. B soutient qu'il est en mesure de justifier son absence à la convocation du 27 septembre 2021, il ne livre aucun élément à l'appui de ses allégations et ne justifie pas avoir informé l'autorité administrative d'une éventuelle impossibilité de s'y rendre. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a reçu, lors de la notification de la décision portant transfert aux autorités autrichiennes, des brochures d'information notamment sur les règlements communautaires et ce, dans une langue qu'il comprenait, ainsi que cela résulte du résumé de l'entretien individuel établi le 29 janvier 2021. Ainsi, M. B qui n'ignorait pas les conséquences de son refus, compte tenu de sa signature apposée sur ses convocations à l'hôpital Hôtel Dieu afin de procéder à un test PCR dans les 48 heures précédant le vol du 27 septembre et aux locaux de l'autorité administrative afin d'exécuter son transfert, ne conteste pas ces faits et ne fait état d'aucune circonstance légitime justifiant son absence. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme s'étant soustrait de manière intentionnelle à l'exécution de son transfert. Il suit de là qu'en constatant sa fuite et en prolongeant le délai de transfert à dix-huit mois jusqu'au 30 novembre 2022, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions précitées et n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En second lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 9 du règlement (CE)

n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ". Il résulte de ces dispositions que l'Etat membre requérant, projetant de prolonger le délai d'exécution du transfert, est tenu d'informer l'État membre responsable de cette prolongation avant l'expiration du délai initial de six mois, à défaut de quoi la responsabilité du traitement de la demande d'asile lui incombe.

6. En l'espèce, il ressort des éléments produits en défense, et notamment de l'accusé de réception automatique émanant de l'application de messagerie " Dublinet ", que les autorités autrichiennes ont bien été avisées, le 28 septembre 2021 à 15h25, de la prolongation jusqu'au 30 novembre 2022 du délai de transfert de M. B, dont les références personnelles figurent dans l'objet du message. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 doit, dès lors, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me de Sèze et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

La présidente-rapporteure,

C. Riou

L'assesseure la plus ancienne,

C. Kanté

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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