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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125781

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125781

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantRAGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 novembre 2021, 6 août, 9 septembre, 23 septembre, 31 octobre et 28 novembre 2022, le syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement), représenté par Me Jobelot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 par lequel la Ville de Paris a délivré à la société civile immobilière (SCI) Canchagara, dirigée par M. A C, un permis de construire au 10 rue Boileau, dans le 16ème arrondissement de Paris, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt et qualité à agir ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme ; la pétitionnaire a frauduleusement attesté avoir qualité pour déposer la demande de permis de construire, sans avoir recueilli l'accord préalable de l'assemblée générale des copropriétaires ;

- le dossier de demande de permis de construire est entaché de son incomplétude ; le plan de masse n'est pas conforme aux dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ; le plan de coupe ne permet pas de vérifier le respect des gabarits enveloppes définis par l'article UG 10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ; la notice architecturale ne permet pas de s'assurer de l'insertion du projet dans l'environnement bâti et paysager, en méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ; les plans de façades sont incomplets, seules deux façades étant représentées ; le dossier ne comprend pas de notice portant sur les matériaux et modalités d'exécution des travaux, en méconnaissance de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme ;

- le projet est illégal en l'absence d'avis favorable des services de la préfecture de police ; il méconnaît les articles UG 3 du règlement du PLU et R. 111-2 du code de l'urbanisme, l'accès des véhicules de secours n'étant pas assuré ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles 29.2 du règlement sanitaire du département de Paris, R. 111-2 du code de l'urbanisme et UG 15 du règlement du PLU, le rejet des eaux pluviales dans le réseau d'assainissement de la Ville de Paris n'étant pas assuré.

Par des mémoires en intervention, enregistrés les 6 août, 9 septembre et 13 octobre 2022, le syndicat des copropriétaires du 8 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement), représenté par Me Jobelot, demande au tribunal de faire droit aux conclusions du syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau et à ce qu'il soit mis à la charge de la Ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son intervention est recevable ;

- l'arrêté est attaqué de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire ;

- il méconnaît les articles UG 7, UG 8 et UG 11 du règlement du PLU, aucune pièce du dossier ne permettant d'établir le respect de leurs dispositions ;

- le projet est illégal en l'absence d'avis favorable des services de la préfecture de police ; il méconnaît les articles UG 3 du règlement du PLU et R. 111-2 du code de l'urbanisme, l'accès des véhicules de secours n'étant pas assuré.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 août, 23 septembre et 13 octobre 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, à défaut de qualité pour agir du requérant ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par des mémoires enregistrés les 10 juillet, 23 septembre, 31 octobre et 15 novembre 2022, la SCI Canchagara, dirigée par M. C et représentée par Me Ragot, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce qu'il soit mis à la charge du syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement) une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'intervenant n'a pas qualité pour agir ;

- les moyens soulevés en réplique par le syndicat requérant sont tardifs en raison de la cristallisation des moyens ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la Ville de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Laffont, représentant les syndicats des copropriétaires des 8 et 10 rue Boileau, et de Me Ragot, représentant la SCI Canchagara.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 avril 2021, la Ville de Paris a délivré à la société civile immobilière (SCI) Canchagara, dirigée par M. A C, un permis de construire autorisant la construction d'une maison individuelle de 4 niveaux en surélévation d'une construction existante à rez-de-chaussée sur cour à usage de bureaux au sein de l'ensemble immobilier situé 10 rue Boileau, dans le 16ème arrondissement de Paris. Par un courrier du 3 août 2021, notifié le 5 août suivant, le syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau (Paris 16ème) a formé un recours gracieux tendant au retrait de cet arrêté auprès de la Ville de Paris, qui lui a opposé une décision implicite de rejet. Par la présente requête, le syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau demande l'annulation de l'arrêté du 2 avril 2021.

Sur l'intervention du syndicat des copropriétaires du 8 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement) :

2. Le syndicat des copropriétaires du 8 rue Boileau, dont l'immeuble est voisin immédiat du projet en litige, lequel aura nécessairement pour effet d'affecter les conditions d'éclairement des logements situés aux premiers étages, justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation du permis de construire attaqué. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par le syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau, laquelle répond par ailleurs aux conditions prévues par l'article R. 632-1 du code de justice administrative, est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la violation de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme :

3. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". En vertu de l'article R. 431-4 du même code, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations et pièces limitativement énumérées aux articles R. 431-5 à R. 431-33-1, aucune autre information ou pièce ne pouvant être exigée par l'autorité compétente. En outre, étant délivré sous réserve du droit des tiers, le permis vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme mais ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme.

4. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées par l'article R. 423-1 du même code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte également de ces dispositions qu'une demande d'autorisation d'urbanisme concernant un terrain soumis au régime juridique de la copropriété peut être régulièrement présentée par son propriétaire, son mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par lui à exécuter les travaux, alors même que la réalisation de ces travaux serait subordonnée à l'autorisation de l'assemblée générale de la copropriété, une contestation sur ce point ne pouvant être portée, le cas échéant, que devant le juge judiciaire. Une contestation relative au défaut d'autorisation des travaux par l'assemblée générale de la copropriété ne saurait caractériser une fraude du pétitionnaire visant à tromper l'administration sur la qualité qu'il invoque à l'appui de sa demande d'autorisation d'urbanisme, l'absence d'une telle autorisation comme un refus d'autorisation des travaux envisagés par l'assemblée générale étant, par eux-mêmes, dépourvus d'incidence sur la qualité du copropriétaire à déposer une demande d'autorisation d'urbanisme et ne pouvant être utilement invoqués pour contester l'autorisation délivrée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de qualité de la pétitionnaire pour déposer le permis de construire attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande de permis de construire :

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages () ".

7. Le syndicat requérant fait valoir que la notice architecturale jointe au dossier de demande de permis de construire ne permet pas de s'assurer de l'insertion du projet dans l'environnement bâti et paysager. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que celle-ci présente le terrain sur lequel est implanté le projet, précise les matériaux utilisés, dont le bardage bois, et décrit les surfaces végétalisées de la cour, de la terrasse et de la toiture. En outre, cette notice comporte plusieurs photographies représentant l'état initial et l'état projeté de la construction, ce qui permet d'apprécier son insertion dans l'environnement immédiat. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de la notice architecturale ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement ".

9. Le syndicat requérant soutient que le plan de masse joint au dossier de demande de permis de construire est imparfaitement coté dans les trois dimensions, que les distances aux limites séparatives sont mal définies et que le raccordement aux réseaux ne sont pas explicités. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le plan est correctement coté et qu'il fait apparaître les distances par rapport aux parcelles voisines, notamment la parcelle n°65 du 39 rue d'Auteuil, la parcelle n°71 du 8 rue Boileau et la parcelle n°91 du 12 rue Boileau. En outre, aucun raccordement nouveau par rapport à la construction existante n'étant prévu, il n'y avait pas lieu d'en faire figurer. Le moyen tiré de l'incomplétude du plan de masse doit donc être écarté.

10. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () ".

11. D'une part, le syndicat requérant fait valoir que les plans de façades sont incomplets, deux façades seulement étant représentées. Or, la pièce numérotée " PC 5 " fait apparaître successivement les façades sud, est, nord et ouest. Le moyen ainsi invoqué ne peut donc qu'être écarté.

12. D'autre part, le syndicat requérant fait valoir que le plan de coupe joint au dossier est imprécis, notamment en ce qu'il ne permet pas de s'assurer que le gabarit-enveloppe déterminé par les dispositions de l'article UG 10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) sont respectées. Toutefois, alors que ce moyen n'est assorti d'aucune précision, il ressort des pièces du dossier que les neuf plans de coupe sont justement cotés, accompagnés d'un plan de nivellement d'îlot, cohérents avec les autres plans et n'ont donc pu fausser l'appréciation par les services instructeurs de la Ville de Paris du respect des dispositions de l'article UG 10 du règlement du PLU. Le moyen tiré de l'imprécision du plan de coupe doit donc être écarté.

13. Aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur des travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ou sur un immeuble inscrit au titre des monuments historiques, sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ".

14. Si le syndicat requérant se prévaut de l'absence de notice portant sur les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux, il ressort des pièces du dossier qu'une telle notice a été jointe au dossier de demande de permis de construire, alors même que le site d'implantation du projet ne relève pas des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme. Le moyen ainsi invoqué doit donc être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'autorisation de la commission de sécurité de la préfecture de police :

15. L'autorité compétente pour délivrer un permis de construire, bien que chargée de vérifier la conformité du projet aux règles d'urbanisme, n'a pas à vérifier si celui-ci, dès lors qu'il ne concerne pas un établissement recevant du public, est également conforme à d'autres réglementations, notamment à celles issues du code de la construction et de l'habitation. Par suite, le syndicat requérant ne peut utilement invoquer à l'encontre du permis attaqué les dispositions de l'arrêté ministériel du 31 janvier 1986 pris pour l'application du code de la construction et de l'habitation. En tout état de cause, la préfecture de police, après avoir rendu un premier avis défavorable s'agissant de la sécurité incendie du bâtiment, a rendu un avis favorable en date du 10 mars 2021. Le moyen ainsi invoqué ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et de l'article UG 3 du règlement du PLU :

16. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation ou leurs dimensions, sont de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique ". Aux termes de l'article UG 3.1 du règlement du PLU : " Le permis de construire peut être refusé sur un terrain qui ne serait pas desservi par une voie publique ou privée dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination de la construction projetée, et notamment si les caractéristiques de la voie rendent difficiles la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie ou l'enlèvement des ordures ménagères () Les accès des véhicules doivent être localisés et aménagés en tenant compte des éléments suivants : - la topographie et la morphologie des lieux dans lesquels s'insère la construction ; - la préservation de la sécurité des personnes (visibilité, vitesse sur voie, intensité du trafic, etc.) ; - le type de trafic généré par la construction (fréquence journalière et nombre de véhicules) ; - les conditions d'entrée et de sortie des véhicules sur le terrain ".

17. Le syndicat requérant fait valoir que l'accès des véhicules de secours et de lutte contre l'incendie est impossible au regard de la localisation de l'immeuble en fond de cour et de l'étroitesse des passages permettant d'y accéder, ce qu'avait relevé le premier avis défavorable de la commission de sécurité de la préfecture de police du 9 décembre 2020. Toutefois, d'abord, après avoir relevé que la construction envisagée devait être classée en " bâtiment d'habitation de 2ème famille individuelle ", la commission de sécurité de la préfecture de police a finalement rendu un avis favorable le 10 mars 2021. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que la construction en litige est desservie par une voie publique sur laquelle les véhicules de secours peuvent stationner, la cour de l'immeuble étant accessible depuis la rue Boileau par une entrée principale et une entrée secondaire donnant accès à des passages certes étroits mais que les services spécialisés de la préfecture de police ont considéré comme suffisants pour le passage d'une échelle d'intervention de 3 mètres. Enfin, contrairement à ce que fait valoir le syndicat requérant, les recommandations du guide technique de la défense extérieure contre l'incendie de la préfecture ne s'imposent pas à l'autorité administrative dans la phase d'examen des demandes de permis de construire. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et UG 3.1 du règlement du PLU doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles UG 7 et UG 8 du règlement du PLU :

18. Le syndicat requérant fait valoir qu'il y a lieu de considérer que le projet méconnaît les articles UG 7 et UG 8 du règlement du PLU, dès lors que les pièces du dossier de demande de permis de construire ne permettent pas d'en établir la conformité à ces dispositions. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le dossier de la pétitionnaire n'est entaché d'aucune incomplétude de nature à fausser l'appréciation des services instructeurs de la Ville de Paris et, d'autre part, le syndicat requérant n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen ainsi invoqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles UG 7 et UG 8 du règlement du PLU ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG 11 du règlement du PLU :

19. Aux termes de l'article UG 11 du règlement du PLU relatif à l'aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords, protection des immeubles et éléments de paysage : " UG.11.1. Dispositions générales : () L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".

20. Si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité du permis de construire délivré, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés par les dispositions mentionnées ci-dessus.

21. Il ressort des pièces du dossier que le site d'implantation du projet ne présente pas d'homogénéité ni d'intérêt architectural notables. Le bâtiment projeté, qui consiste en la surélévation d'une construction à rez-de-chaussée située en fond de cour, sera de structure légère, au regard de son bardage bois, participera à la végétalisation de la cour, notamment au moyen de sa terrasse et de son toit végétalisé, et ne portera donc pas atteinte à l'intérêt ni à l'équilibre du site. L'architecte des bâtiments de France a par ailleurs rendu un avis favorable au projet le 20 novembre 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UG 11 du règlement du PLU doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles 29.2 du règlement sanitaire du département de Paris, R. 111-2 du code de l'urbanisme et UG 15 du règlement du PLU :

22. Aux termes de l'article UG. 15.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les dispositions relatives à la gestion des eaux pluviales s'appliquent sans préjudice des dispositions particulières qui pourraient être prises en application de l'article L.2224-10 du code général des collectivités territoriales. Pour toute construction nouvelle ou restructuration de bâtiments existants, des prescriptions tenant compte des capacités d'absorption et d'évacuation des eaux pluviales peuvent être imposées pour limiter le débit des eaux pluviales rejetées dans le réseau d'assainissement () ". Aux termes de l'article 29.2 du règlement d'assainissement de la Ville de Paris : " La demande d'autorisation de rejet pluvial doit être établie par le pétitionnaire auprès du Service. Ce dernier examine la demande en s'assurant de la conformité du projet aux dispositions du zonage d'assainissement approuvé et du présent règlement. Le Service délivre alors l'autorisation ou oppose un refus dans les conditions définies à l'annexe 3 du règlement du zonage d'assainissement. En cas de refus, la décision est motivée ".

23. Il ressort des pièces du dossier que la section de l'assainissement de la Ville de Paris a émis un avis favorable au projet le 25 janvier 2021, estimant que " la demande d'autorisation de rejet d'eaux pluviales présentée est conforme ". Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 29.2 du règlement sanitaire du département de Paris et UG 15 du règlement du PLU doit donc être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la SCI Canchagara, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 avril 2021 présentées par le syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement) doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement) une somme de 1 500 euros à verser à la SCI Canchagara au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du syndicat des copropriétaires du 8 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement) est admise.

Article 2 : La requête du syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement) est rejetée.

Article 3 : Le syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement) versera une somme de 1 500 euros à la société civile immobilière Canchagara au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires du 8 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement), au syndicat des copropriétaires du 10 rue Boileau à Paris (16ème arrondissement), à la société civile immobilière Canchagara et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Grandillon, premier conseiller,

M. Perrot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

V. B

La présidente,

M-P. VIARD La greffière,

I. SZYMANSKI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2125781

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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