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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125809

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125809

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125809
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET MCDERMOTT WILL & EMERY AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2021, la société Orange, représentée par Me Naugès, demande au tribunal :

1°) d'annuler les autorisations accordées à la société réunionnaise du radiotéléphone (SRR) et à la société française du radiotéléphone (SFR) sur le fondement de l'article L. 34-11 du code des postes et communications électroniques en vue de l'exploitation d'équipements 5G de la marque Huawei sur le territoire de La Réunion après avoir enjoint au Premier ministre de confirmer l'existence de ces autorisations ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, la société réunionnaise du radiotéléphone et la société française du radiotéléphone, représentées par Me Skovron et Me Baezner, concluent au rejet de la requête et demandent au tribunal de mettre à la charge de la société Orange la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- à titre principal, la requête est irrecevable la société Orange n'ayant pas intérêt à agir contre la décision du Premier ministre ;

- à titre subsidiaire, les moyens invoqués sont infondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, la Première ministre conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable, la société Orange n'ayant pas d'intérêt à agir.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code des postes et des communications.

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par plusieurs décisions, le Premier ministre a fait droit à certaines des demandes présentées par la société réunionnaise du radiotéléphone (SRR) tendant à ce qu'elle soit autorisée à exploiter des matériels de l'équipementier Huawei permettant de connecter les terminaux des utilisateurs finaux au réseau radioélectrique mobile de cinquième génération (5G) sur le territoire de La Réunion. La société Orange demande au tribunal d'annuler ces autorisations accordées à la société SRR.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () / 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ".

3. Aux termes du I de l'article L. 34-11 du code des postes et des communications électroniques : " Est soumise à une autorisation du Premier ministre, dans le but de préserver les intérêts de la défense et de la sécurité nationale, l'exploitation sur le territoire national des appareils, à savoir tous dispositifs matériels ou logiciels, permettant de connecter les terminaux des utilisateurs finaux au réseau radioélectrique mobile, à l'exception des réseaux de quatrième génération et des générations antérieures, qui, par leurs fonctions, présentent un risque pour la permanence, l'intégrité, la sécurité, la disponibilité du réseau, ou pour la confidentialité des messages transmis et des informations liées aux communications, à l'exclusion des appareils installés chez les utilisateurs finaux ou dédiés exclusivement à un réseau indépendant, des appareils électroniques passifs ou non configurables et des dispositifs matériels informatiques non spécialisés incorporés aux appareils. / L'autorisation mentionnée au premier alinéa du présent I n'est requise que pour l'exploitation, directe ou par l'intermédiaire de tiers fournisseurs, d'appareils par les opérateurs mentionnés à l'article L. 1332-1 du code de la défense, ainsi désignés en vertu de leur activité d'exploitant d'un réseau de communications électroniques ouvert au public. / La liste des appareils dont l'exploitation est soumise à l'autorisation mentionnée au premier alinéa du présent I est fixée par arrêté du Premier ministre, pris après avis de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Cette liste énumère les différents appareils concernés en référence à la terminologie utilisée dans les standards internationaux associés aux réseaux radioélectriques mobiles de cinquième génération et des générations ultérieures. " Aux termes de l'article L. 34-12 du même code : " Le Premier ministre refuse l'octroi de l'autorisation prévue à l'article L. 34-11 s'il estime qu'il existe un risque sérieux d'atteinte aux intérêts de la défense et de la sécurité nationale résultant du manque de garantie du respect des règles mentionnées aux a, b, e, f et f bis du I de l'article L. 33-1 relatives à la permanence, à l'intégrité, à la sécurité, à la disponibilité du réseau, ou à la confidentialité des messages transmis et des informations liées aux communications. Sa décision est motivée sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions des a à f du 2° de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration. / Le Premier ministre prend en considération, pour l'appréciation de ce risque, le niveau de sécurité des appareils, leurs modalités de déploiement et d'exploitation envisagées par l'opérateur et le fait que l'opérateur ou ses prestataires, y compris par sous-traitance, est sous le contrôle ou soumis à des actes d'ingérence d'un Etat non membre de l'Union européenne. ".

4. La société Orange ne peut se prévaloir, eu égard à l'objet et la portée des décisions attaquées, de sa qualité de concurrent pour établir son intérêt à contester des mesures de police prises à l'égard d'un autre opérateur sur le fondement des dispositions de l'article L. 34-11 du code des postes et des communications électroniques dans le but de préserver les intérêts de la défense et de la sécurité nationale. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société réunionnaise du radiotéléphone, la société française du radiotéléphone et par le Premier ministre tirée de l'absence d'intérêt à agir est fondée. et dès lors la requête de la société Orange est manifestement irrecevable et doit rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Orange la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la société Réunionnaise du radiotéléphone et de la société Française du radiotéléphone.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Orange est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société réunionnaise du radiotéléphone et la société française du radiotéléphone présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Orange, à la Première ministre, au secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, à la société Française du radiotéléphone et à la société Réunionnaise du radiotéléphone.

Fait à Paris, le 18 novembre 202La vice-présidente de la 5ème section,

S. Aubert

La République mande et ordonne à la Première ministre en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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