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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2125829

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2125829

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2125829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantMONAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er décembre 2021 et

le 5 septembre 2022, l'association de défense du Val de Dronne et de la Double, représenté par Me Monamy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a refusé de lui communiquer les documents au vu desquels

le Conseil national de protection de la nature a rendu ses avis du 23 mars 2017 et

du 25 juillet 2018, notamment le rapport établi à destination des membres du conseil, ainsi que les compte-rendus de séances au cours desquelles ces avis ont été émis ;

2°) d'enjoindre au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires de lui communiquer les documents, notamment le rapport établi afin de présenter le dossier aux membres du Conseil national de protection de la nature, au vu desquels ce dernier a rendu ses avis des 23 mars 2017 et 25 juillet 2018 sur la demande déposée par la société Ferme éolienne des Grands clos portant sur la dérogation à l'interdiction de détruire, d'enlever et de perturber intentionnellement des spécimens de plusieurs espèces animales protégées, ainsi qu'à détruire, altérer et dégrader des sites de reproduction et/ou des aires de repos de ces espèces dans le cadre des travaux de construction et d'exploitation de cinq éoliennes et d'un poste de livraison sur le territoire des communes de Parcoul-Chenaud et de Saint-Aulaye-Puymangou prévue par le 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement, ainsi que les compte-rendus des séances au cours desquelles les avis précités ont été émis, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de communication des documents demandés aurait dû être écrit et motivé en application de l'article L. 124-6 du code de l'environnement ;

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 124-4 et L. 124-5 du code de l'environnement ;

- elle méconnaît les articles L. 311-1, L. 311-5 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 août 2022 et le 28 septembre 2022,

le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à obtenir la communication des documents au regard desquels le Conseil national de protection de la nature a rendu ses avis sur la demande déposée par la société Ferme éolienne des Grands Clos ;

- les autres moyens soulevés par l'association de défense du Val de Dronne et de la Double ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

30 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 5 mai 2021, l'association de défense du Val de Dronne et de la Double (Asso3D) a demandé au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires la communication des documents au vu desquels le Conseil national de protection de la nature (CNPN) a rendu ses avis du 23 mars 2017 et du 25 juillet 2018, notamment le rapport établi à destination des membres du conseil, ainsi que des comptes-rendus de séances au cours desquelles les avis en question ont été émis, dans le cadre d'une autorisation de dérogation à l'interdiction de destruction, altération et perturbation de plusieurs espèces protégées et de leurs habitats, délivrée par le préfet de Dordogne à la société Ferme éolienne des Grands Clos pour l'exploitation d'un parc éolien sur les communes de Parcoul-Chenaud et

Saint-Aulaye-Puymangou. En l'absence de réponse du ministre, l'association a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA), le 5 août 2021. A la suite de l'avis favorable rendu par la CADA le 14 octobre 2021, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires n'a pas donné suite à la demande de l'association 3D, confirmant implicitement son refus initial. Par la présente requête, l'association 3D demande au tribunal d'annuler le rejet implicite de sa demande par le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête,

le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires a communiqué à l'association requérante les documents au vu desquels le CNPN a rendu ses avis

du 23 mars 2017 et du 25 juillet 2018. Par suite, les conclusions relatives au refus de communication des documents au vu desquels le CNPN a rendu ses avis en date

du 23 mars 2017 et du 25 juillet 2018 sont devenues sans objet et il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 124-4 du code de l'environnement : " I. - Après avoir apprécié l'intérêt d'une communication, l'autorité publique peut rejeter la demande d'une information relative à l'environnement dont la consultation ou la communication porte atteinte : / 1° Aux intérêts mentionnés aux articles L. 311-5 à L. 311-8 du code des relations entre le public et l'administration, à l'exception de ceux visés au e et au h du 2° de l'article L. 311-5 ;

/ 2° A la protection de l'environnement auquel elle se rapporte ; / 3° Aux intérêts de la personne physique ayant fourni, sans y être contrainte par une disposition législative ou réglementaire ou par un acte d'une autorité administrative ou juridictionnelle, l'information demandée sans consentir à sa divulgation ; / 4° A la protection des renseignements prévue par l'article 6 de la loi n° 51-711 du 7 juin 1951 sur l'obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques. / II. - Sous réserve des dispositions du II de l'article L. 124-6, elle peut également rejeter : / 1° Une demande portant sur des documents en cours d'élaboration ; / 2° Une demande portant sur des informations qu'elle ne détient pas ; / 3° Une demande formulée de manière trop générale. " Aux termes de l'article L. 124-5 du même code : " I.- Lorsqu'une autorité publique est saisie d'une demande portant sur des informations relatives aux facteurs mentionnés au 2° de l'article L. 124-2, elle indique à son auteur, s'il le demande, l'adresse où il peut prendre connaissance des procédés et méthodes utilisés pour l'élaboration des données. / II.- L'autorité publique ne peut rejeter la demande d'une information relative à des émissions de substances dans l'environnement que dans le cas où sa consultation ou sa communication porte atteinte :

/ 1° A la conduite de la politique extérieure de la France, à la sécurité publique ou à la défense nationale ; / 2° Au déroulement des procédures juridictionnelles ou à la recherche d'infractions pouvant donner lieu à des sanctions pénales ; / 3° A des droits de propriété intellectuelle. "

4. Aux termes de l'article L. 311-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Ne sont pas communicables : / 1° Les avis du Conseil d'Etat et des juridictions administratives, les documents de la Cour des comptes (), les documents élaborés ou détenus par l'Autorité de la concurrence (), les documents élaborés ou détenus par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (), les documents préalables à l'élaboration du rapport d'accréditation des établissements de santé (), les documents préalables à l'accréditation des personnels de santé (), les rapports d'audit des établissements de santé () et les documents réalisés en exécution d'un contrat de prestation de services exécuté pour le compte d'une ou de plusieurs personnes déterminées ; / 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : / a) Au secret des délibérations du Gouvernement et des autorités responsables relevant du pouvoir exécutif ;

/ b) Au secret de la défense nationale ; /c) A la conduite de la politique extérieure de la France ; / d) A la sûreté de l'Etat, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations ; / () / f) Au déroulement des procédures engagées devant les juridictions ou d'opérations préliminaires à de telles procédures, sauf autorisation donnée par l'autorité compétente ; / g) A la recherche et à la prévention, par les services compétents, d'infractions de toute nature ; () ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires, lequel comprend le secret des procédés, des informations économiques et financières et des stratégies commerciales ou industrielles et est apprécié en tenant compte, le cas échéant, du fait que la mission de service public de l'administration mentionnée au premier alinéa de l'article L. 300-2 est soumise à la concurrence ; / 2° Portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable ; / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. / Les informations à caractère médical sont communiquées à l'intéressé, selon son choix, directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet, dans le respect des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique. "

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires ne dispose pas des compte-rendus des séances au cours desquelles les avis du 23 mars 2017 et du 25 juillet 2018 ont été émis par le CNPN.

Si l'association requérante fait valoir que la commission de la faune, division du CNPN, a rédigé un compte-rendu à l'occasion de la séance au cours de laquelle elle a rendu un avis en 2016, document qu'elle produit, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que la rédaction de compte-rendu de séances est une pratique systématique au sein du CNPN. Au demeurant, aucune disposition réglementaire ou du règlement intérieur du Conseil n'impose la rédaction de tels documents à l'issue des séances. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier ou de dispositions réglementaires qu'il soit imposé au membre chargé de la rédaction des avis du CNPN de rendre compte en séance de son travail, préalablement à l'adoption dudit avis.

Dans ces conditions, si ces comptes-rendus constituent des documents administratifs communicables selon les dispositions précitées du code de l'environnement et du code des relations entre le public et l'administration, toutefois, l'administration ne peut être tenue de communiquer un document inexistant ou dont elle n'est pas en possession.

6. D'autre part, l'association requérante fait valoir que n'auraient pas été joints aux documents au vu desquels le CNPN a rendu ses avis du 23 mars 2017 et du 25 juillet 2018

les rapports établis par les membres chargés de la rédaction des avis ainsi qu'un courrier de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement de

Nouvelle-Aquitaine adressant son avis au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires sur les pièces complémentaires adressées par la société Ferme éolienne des

Grands Clos pour le projet d'exploitation de parc éolien. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le ministère ne dispose pas de ces documents, dont aucune disposition réglementaire ou du règlement intérieur du CNPN n'impose, au demeurant, leur rédaction ou leur détention par l'administration. Dans ces conditions, le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires ne peut être tenu de communiquer un document inexistant ou dont elle n'est pas en possession, quand bien même de tels documents seraient communicables au sens des dispositions du code de l'environnement ou du code des relations entre le public et l'administration.

7. Toutefois, aux termes de l'article L. 124-6 du code de l'environnement : " I.- Le rejet d'une demande d'information relative à l'environnement est notifié au demandeur par une décision écrite motivée précisant les voies et délais de recours. L'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ne s'applique pas. () ".

8. Il est constant que la demande de l'association requérante tendant à la communication des comptes-rendus des séances du CNPN au cours desquelles les avis

du 23 mars 2017 et du 25 juillet 2018 ont été émis a été implicitement rejetée. Par suite, l'association de défense du Val de Dronne et de la Double est fondée à soutenir que le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 124-6 du code de l'environnement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sous réserve de ce qui a été dit aux points 5 et 6, l'association de défense du Val de Dronne et de la Double est fondée, pour le motif tiré de l'absence de motivation du refus contesté, à demander l'annulation de la décision implicite du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en tant qu'elle a refusé de lui communiquer les comptes-rendus des séances au cours desquelles le Conseil national de la protection de la nature a rendu ses avis du 23 mars 2017 et du 25 juillet 2018.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas nécessairement que le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires communique à l'association de défense du Val de Dronne et de la Double les documents qu'elle a sollicités.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de l'association de défense du Val de Dronne et de la Double au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires portant refus de communication de documents sollicités par l'association de défense du Val de Dronne et de la Double est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de l'association de défense du Val de Dronne et de la Double est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Association de défense du Val de Dronne et de la Double et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

J-P. LADREYT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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