mercredi 22 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126007 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | LE TANNEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 décembre 2021 et le 12 septembre 2022, M. E B, représenté par Me Le Tanneur, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le musée du Louvre et la Réunion des musées nationaux ou l'Etat à réparer ses préjudices ;
2°) désigner avant dire droit un expert judiciaire ;
3°) de condamner solidairement le musée du Louvre, la Réunion des musées nationaux ou l'Etat à lui verser une somme de 200 000 euros à titre de provision ;
4°) de mettre à la charge du musée du Louvre, de la Réunion des musées nationaux et de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
5°) de condamner les défendeurs aux entiers dépens.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- son action n'est pas prescrite dès lors qu'il n'a découvert les pièces relatives à cette vente qu'après le décès de sa mère ;
- les manœuvres commises sont constitutives de dol et engagent la responsabilité de l'Etat ;
- le tableau a fait l'objet d'une rétention de la part de la conservatrice du musée ;
- le nom de son auteur a été volontairement dissimulé à sa mère ;
- aucun accord n'avait été trouvé quant à son prix ;
- cette œuvre a été volontairement sous-estimée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2022, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête de M. B est irrecevable, faute d'avoir été précédée d'une demande indemnitaire préalable ;
- il ne justifie pas d'une intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- il ne démontre pas avoir saisi la commission d'accès aux documents administratifs avant de demander à ce qu'il soit enjoint à l'Etat, au musée du Louvre et à l'établissement public de la Réunion des musées nationaux de communiquer plusieurs documents se rapportant à la vente du tableau, dont le dossier d'expertise ;
- le musée du Louvre n'a été érigé en établissement public que par le décret du 22 décembre 1992, entré en vigueur le 1er janvier 1993, et ne disposait pas de la personnalité juridique à la date des faits ;
- l'établissement public de la Réunion des musées nationaux n'est intervenu qu'en tant qu'organisateur de la vente au titre de l'article 3 du décret du 11 mai 1981 et doit être mis hors de cause ;
- les conclusions tendant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une provision sont irrecevables dès lors que seul le juge des référés saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative peut prononcer une telle condamnation ;
- la créance est prescrite ;
- aucune manœuvre dolosive n'a été commise dès lors que ce n'est que l'examen scientifique, effectué au cours de l'année 1981, qui a permis d'attribuer cette œuvre à Raphaël ;
- il n'est pas démontré que, le 2 juillet 1981, le tableau aurait été laissé à la garde du musée du Louvre à la suite des pressions exercées par la conservatrice ;
- le mémoire des fournitures et transports mentionne clairement le prix d'acquisition et le peintre Raphaël comme auteur de l'œuvre ;
- M. B ne peut se prévaloir de la valeur financière d'autres œuvres attribuées à Raphaël vendues aux enchères dans un état de conservation ne présentant aucune défectuosité ;
- il ne justifie d'aucun préjudice moral.
Par un mémoire, enregistré le 29 août 2022, l'établissement public du musée du Louvre s'associe aux conclusions de l'Etat.
Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 septembre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le décret n° 81-513 du 11 mai 1981 relatif à la Réunion des musées nationaux et à l'école du Louvre ;
- le décret n° 92-1338 du 22 décembre 1992 portant création de l'Etablissement public du musée du Louvre ;
- le décret n° 2011-52 du 13 janvier 2011 relatif à l'Etablissement public de la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais des Champs-Elysées ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :
- le rapport de M. Gandolfi, conseiller,
- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,
- les observations de Me Le Tanneur, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du ministre de la culture du 4 décembre 1981, l'Etat a acquis auprès de M. et Mme D une œuvre intitulée " Le retable de Saint-Nicolas de Tolentino : Ange " attribué au peintre Raphaël. Cette œuvre a été enregistrée à l'inventaire des collections sous la garde du musée du Louvre sous le numéro RF. 1981-55. Après le décès de Mme D survenu le 1er septembre 2017, son fils, M. E B a déposé une plainte contre Mme A, conservatrice en chef du département des peintures du musée du Louvre lors de l'acquisition de cette œuvre pour abus de confiance et escroquerie. Cette plainte a été classée sans suite le 2 juillet 2020 en raison de l'extinction de l'action publique, les faits étant prescrits. Le 5 novembre 2020, M. B a déposé une plainte avec constitution de partie civile pour les mêmes chefs d'accusation auprès du doyen des juges d'instruction du tribunal judiciaire de Paris qui, par une ordonnance du 13 octobre 2021, a également constaté l'extinction de l'action publique. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat, l'établissement public du Musée du Louvre et l'établissement public de la Réunion des musées nationaux à l'indemniser des préjudices imputables à la vente de cette œuvre à l'Etat par sa mère, Mme D.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / (). ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative précité n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
4. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait, avant de saisir le tribunal administratif de sa requête tendant à ce que l'Etat, l'établissement public du Musée du Louvre et l'établissement public de la Réunion des musées nationaux soient condamnés à l'indemniser des préjudices subis, présenté de demande indemnitaire préalable. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que l'Etat ou les établissements publics dont il demande la condamnation auraient, postérieurement à l'introduction de sa requête, pris une décision expresse ou implicite sur une demande qu'il aurait formée devant eux. Contrairement à ce que fait valoir M. B, ni les plaintes pénales déposées auprès du ministère public et du doyen des juges d'instruction du tribunal judiciaire de Paris les 29 juillet et 5 novembre 2020, ni les courriers des 25 février, 18 juillet, 6 septembre et 10 décembre 2019, adressés au Louvre et à l'établissement public de la Réunion des musées nationaux, demandant la communication des échanges relatifs à la vente de cette œuvre, ne constituent des demandes indemnitaires préalables au sens des dispositions précitées.
Sur la responsabilité :
5. Aux termes de l'article 3 du décret du 11 mai 1981 relatif à la Réunion des musées nationaux et à l'école du Louvre alors en vigueur : " La Réunion des musées nationaux a pour mission principale de contribuer à l'enrichissement des collections de ces musées en finançant ou facilitant, notamment par des campagnes de collectes ou de fouilles, l'acquisition pour le compte de l'Etat, à titre gratuit ou onéreux, d'œuvres et objets d'art ayant un intérêt ou une valeur artistique, archéologique, ethnologique ou historique destinés à faire partie des collections des musées nationaux ". Aux termes de l'article 13 de ce même décret : " Le ministre chargé de la culture doit, après avoir recueillis l'avis du comité consultatif des musées nationaux, consulter le conseil artistique sur l'acquisition d'œuvres destinées aux collections des musées nationaux ainsi que sur l'acceptation ou le refus de dons et legs d'œuvres destinées à ces collections ".
6. Il résulte de l'instruction que, après le décès de sa mère survenu le 23 juin 1980, M. D a consulté le conservateur du Musée Rohan de Strasbourg pour déterminer l'origine d'un tableau entré dans la succession qui lui a conseillé de s'adresser au conservateur du musée du Louvre. Le 2 juillet 1981, Mme D s'est rendue accompagnée de son fils, M. B, au musée du Louvre afin de rencontrer Mme A, conservatrice au département des peintures du musée. Il résulte également de l'instruction que Mme A a constaté que ce tableau était un fragment d'un retable commandé en décembre 1500 à Evangelista de Meleo et à Raphaël par Andrea di Tommaso Baronci pour sa chapelle dans l'église Saint'Agostina de Città di Castello et achevé en septembre 1501 et qu'il été acquis par l'Etat pour une somme de 750 000 francs.
7. M. B soutient que l'acquisition de cette œuvre aurait été réalisée à la suite de manœuvres frauduleuses et demande au tribunal de condamner l'Etat, l'établissement public du Musée du Louvre et l'établissement public de la Réunion des musées nationaux à l'indemniser des préjudices subis.
8. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que Mme D aurait été contrainte de se délaisser de cette œuvre lors de sa rencontre avec la conservatrice au département des peintures du musée du Louvre le 2 juillet 1981. Au contraire, dans un courrier du 9 juillet 1981, la conservatrice a indiqué " je vous remercie de nous avoir confié votre tableau dont nous prendrons grand soin " et, dans un courrier du 22 octobre 1981 adressé à cette conservatrice, M. C indiquait " nous aussi gardons un très bon souvenir de votre gentil accueil et nous vous en remercions vivement ".
9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, dans un courrier du 19 octobre 1981, la conservatrice a confirmé à M. et Mme D que la somme de 750 000 francs serait proposée au comité consultatif des musées nationaux et au conseil artistique de la Réunion des musées nationaux pour l'acquisition de cette œuvre et que ce comité et ce conseil, lors de leurs séances des 12 et 18 novembre 1981, ont fixé son prix à la somme de 750 000 francs. Il résulte également de l'instruction qu'un document intitulé " mémoire des fournitures et transports faits par Monsieur et Madame C " mentionne dans la rubrique " nature des fournitures " " une peinture par Raphaël : " Ange " " et la somme de 750 000 francs et comporte la signature de M. D, ses coordonnées bancaires et la mention " certifié véritable le présent mémoire s'élevant à la somme de sept cent cinquante mille francs ". Si dans un courrier du 22 octobre 1981 adressé à la conservatrice en réponse à son courrier du 19 octobre, M. D a indiqué qu'il espérait pouvoir vendre ce tableau pour un montant d'un million de francs mais qu'ils accepteraient la somme de 800 000 francs, cette seule circonstance ne suffit pas à démontrer que des manœuvres auraient été commises par l'administration pour acquérir ce tableau.
10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, le 20 juillet 1981, Mme A a transmis les informations à sa disposition au service de restauration des peintures des Musées nationaux en mentionnant notamment, au sujet du fond du tableau, que " cette partie me paraît de première importance dans la justification de l'attribution. Il faut pratiquement sonder tout le fond derrière la figure () ". Dans son rapport du 2 septembre 1981, ce service indiquait que ce tableau, attribué à Pietro di Cristoforo Vannucci, dit le Pérugin, " pourrait constituer une partie d'une composition plus grande de la jeunesse de Raphaël (1500) " le couronnement de Saint Nicolas de Tolentino " qui a été partiellement détruite à la fin du XVIIIème siècle et dont des fragments subsistent aux musées de Naples et de Brescia. L'objet de la présente étude a été de rechercher les caractéristiques permettant de confirmer cette identification ".
11. Contrairement à ce que soutient M. B, il ne résulte pas de l'instruction que les services du musée du Louvre avaient connaissance dès le 2 juillet 1981 de l'origine et de l'auteur de ce tableau, lesquels n'ont pu être déterminés avec certitude qu'après analyse d'un fragment et enquêtes auprès d'historiens de l'art et que les services de l'Etat leur auraient sciemment dissimulés ces informations. D'ailleurs, après expertise, le document intitulé " mémoire des fournitures et transports faits par Monsieur et Madame C ", mentionnait bien que cette œuvre était attribuée au peintre Raphaël.
12. Enfin, en dernier lieu, s'il résulte de l'instruction que lors de sa séance du 18 novembre 1981, l'un des membres du conseil artistique de la Réunion des musées nationaux a indiqué que le " prix [avait] été fixé au chiffre très raisonnable de 750 000 F ", ni cet élément, ni aucune autre pièce du dossier ne permet de démontrer que cette œuvre aurait été volontairement sous-estimée.
13. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat n'a été commise par les services du musée du Louvre ou de la Réunion des musées nationaux lors de l'acquisition de ce tableau.
14. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres fins de non-recevoir et d'examiner l'exception de prescription quadriennale opposées en défense par la ministre de la culture et par le musée du Louvre, que la requête de M. B doit, en tout état de cause, être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à la ministre de la culture, à l'établissement public du Musée du Louvre et à l'établissement public de la Réunion des musées nationaux.
Délibéré après l'audience du 8 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Leravat, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 février 2023.
Le rapporteur,
G. Gandolfi
Le président,
J.P. Ladreyt
La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/5-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026