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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2126011

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2126011

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2126011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantVERNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 décembre 2021 et 24 janvier 2022, M. E C A, représenté par Me Vernon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 4 décembre 2021 par lesquelles le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de lui enjoindre de ne procéder à cette reconduite qu'une fois levée la mesure de contrôle judiciaire dont il fait l'objet et qu'une fois qu'aura été rendu le jugement du tribunal correctionnel de Paris dans l'instance le concernant ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et R. 723-26-1 du code de la sécurité sociale.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ne sont pas suffisamment motivées ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur matérielle et d'erreur de droit ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors que le préfet de police ne pouvait pas, sans méconnaître les dispositions des articles L. 621-1 à L. 621-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer une telle mesure à l'encontre d'un titulaire d'une carte de résident longue durée-UE en cours de validité ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors qu'il dispose d'un titre de séjour régulier illimité et d'une carte d'identité italienne ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 ;

- la directive 2003/109/CE du conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée ;

- la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 9 mars 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 24 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 février 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Halard,

- et les conclusions de M. Mazeau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 26 juin 1969, titulaire d'une carte de résident longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes, a fait l'objet d'un arrêté du 4 décembre 2021 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi sur le fondement du 3° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un second arrêté du même jour, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 9 mars 2022. Il n'y a par suite pas lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Lorsqu'un ressortissant d'un pays tiers détient un titre de résident de longue durée-UE en cours de validité accordé par un autre Etat membre que la France, il résulte de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, interprété à la lumière des articles 12 et 22 de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003, que celui-ci ne peut en principe être éloigné qu'à destination de l'Etat membre qui lui a accordé le titre de long séjour.

4. Ainsi, l'autorité administrative ne peut en principe prendre à son égard une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont l'exécution ne peut pas conduire, en vertu de l'article L. 711-2 de ce code, à ce que l'intéressé rejoigne un Etat membre de l'Union. Elle peut seulement prendre une " décision de remise " mentionnée à l'article L. 621-4 du même code, l'Etat membre qui a délivré le titre de long séjour étant alors tenu, après avoir été informé de la décision d'éloignement, de réadmettre l'étranger immédiatement et sans formalité, sur le fondement du paragraphe 2 de l'article 22 de la directive précitée, indépendamment de tout accord ou arrangement bilatéral de réadmission.

5. Il en va autrement dans la seule hypothèse où l'étranger titulaire d'un titre de résident de longue durée-UE, d'une part, " représente une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique ", conformément aux article 12 et 22 de la directive 2003/109/CE, d'autre part, entre dans l'un des cas prévus par l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité administrative peut alors éloigner l'intéressé à destination d'un Etat non membre de l'Union et prendre à cette fin une obligation de quitter le territoire français sur le fondement de ces dernières dispositions.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, il est constant que M. A était titulaire, à la date de l'arrêté attaqué, d'une carte de résident longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes en cours de validité. Par ailleurs, la seule circonstance qu'il était alors mis en cause pour des faits de violences conjugales devant mineur et avait été placé de ce fait sous contrôle judiciaire ne suffit pas, notamment en l'absence de condamnation dès lors que le juge pénal n'avait pas encore statué, à estimer qu'il constituait une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique. Par suite, le préfet de police ne pouvait légalement prendre à l'encontre de M. A l'obligation de quitter le territoire français attaquée sur le fondement des dispositions de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision d'obligation de quitter le territoire français du 4 décembre 2021 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et d'interdiction de retour sur le territoire français dont elle est assortie.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance () et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. () ".

9. Il y a seulement lieu, en exécution du présent jugement, sauf changement dans les circonstances de droit et de fait, lié en particulier à la procédure pénale, d'ordonner au préfet de police de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B et de réexaminer sa situation, dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée au titre de ces dispositions. En outre, si les droits de plaidoirie prévus à l'article L. 723-3 du code de la sécurité sociale ne sont pas inclus dans les frais pris en charge au titre de l'aide juridictionnelle et si ces frais ne figurent pas au nombre des dépens énumérés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu de les mettre à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet de police de Paris en date du 4 décembre 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. B et de réexaminer sa situation, dans un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

M. Halard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

G. Halard

La présidente,

J. EVGENASLa greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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