mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2126468 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BENZARTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2021, M. E et Mme C, agissant au nom de leur fille mineure B E, représentés par Me Benzarti, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du vendredi 21 mai 2021 par laquelle le centre d'études arabes de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) a refusé leur demande de dérogation tendant à ce que la jeune B soit inscrite en parcours anglais langue vivante 1 au titre de l'année scolaire 2021-2022, ensemble le rejet de leur recours gracieux intervenu le 8 juillet 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'AEFE de procéder à l'inscription de leur fille en section internationale, dans un délai et sous une astreinte à déterminer par le tribunal ;
3°) de condamner l'AEFE à leur verser la somme de 1 500 euros en raison des conséquences dommageables des décisions attaquées ;
4°) de mettre à la charge de l'AEFE la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;
- elles n'ont pas été précédées de la consultation de l'organisme compétent pour formuler un avis sur la situation de leur fille ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 451-1 du code de l'éducation ;
- l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger ne peut pas imposer un volume annuel de 180 heures d'enseignement en langue arabe à leur fille sur le fondement de la déclaration d'intention du 16 novembre 2017 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc relative à l'enseignement de l'arabe et de l'histoire-géographie du Maroc dans les établissements d'enseignement français du Maroc ;
- les décisions attaquées sont contraires au principe d'égalité en ce qu'elles instituent une différence de traitement entre enfants français s'agissant du programme scolaire suivi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un courrier du 30 mars 2023, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, qu'il était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par M. E et Mme C, en l'absence de demande préalable adressée à l'administration.
Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de partenariat du 25 juillet 2003 pour la coopération culturelle et le développement entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc ;
- le code de l'éducation ;
- la loi du 22 mai 2008 autorisant l'approbation de la convention de partenariat pour la coopération culturelle et le développement entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Khansari,
- et les conclusions de M. Charzat, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La jeune B E, qui possède les nationalités française et marocaine, était inscrite en cours moyen deuxième année à l'école Paul Cézanne de Rabat (Maroc) au titre de l'année scolaire 2020-2021. À l'issue de cette année, M. E et Mme C ont demandé à ce que leur fille bénéficie d'une dérogation pour suivre le parcours anglais langue vivante 1 au titre de l'année scolaire 2021-2022, correspondant à son entrée au collège au sein du lycée Descartes de Rabat. Par une décision du 21 mai 2021, le centre d'études arabes de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) a refusé cette demande de dérogation. Le 8 juillet 2021, il a rejeté le recours gracieux formulé par M. E et Mme C le 9 juin 2021. Par la présente requête, ces derniers doivent être regardés comme demandant l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 451-1 du code de l'éducation : " Des décrets en Conseil d'Etat fixent les conditions dans lesquelles les dispositions du présent code sont appliquées aux établissements scolaires français à l'étranger, compte tenu de leur situation particulière et des accords conclus avec des Etats étrangers ". Aux termes de l'article R. 451-3 du même code : " La scolarité dans les établissements scolaires français à l'étranger est organisée en cycles (). Pour chaque cycle, ces établissements appliquent les objectifs et les programmes prévus aux articles L. 311-1, L. 311-3, L. 321-1, L. 332-1 et L. 333-1 () / Toutefois, ces établissements peuvent apporter aux dispositions de l'alinéa précédent des aménagements pour tenir compte des conditions particulières dans lesquelles s'exerce leur activité et pour renforcer leur coopération avec les systèmes éducatifs étrangers ". Aux termes de l'article L. 452-1 du code de l'éducation : " L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger est un établissement public national à caractère administratif placé sous la tutelle du ministre chargé des affaires étrangères et du ministre chargé de la coopération ". Aux termes de l'article L. 452-2 du même code, dans sa rédaction applicable : " L'agence a pour objet en tenant compte des capacités d'accueil des établissements : 1° D'assurer, en faveur des enfants français établis hors de France, les missions de service public relatives à l'éducation ; 2° De contribuer au renforcement des relations de coopération entre les systèmes éducatifs français et étrangers au bénéfice des élèves français et étrangers () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention de partenariat pour la coopération linguistique et culturelle et le développement, signée le 25 juillet 2003 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc : " Les Parties prennent acte du rôle éminent joué par la communauté française résidant au Maroc et la communauté marocaine résidant en France, et s'engagent à valoriser les potentialités de ces communautés dans leur partenariat et dans une perspective de co-développement, à travers notamment : / - La prise en charge de leurs besoins culturels et tout particulièrement, l'enseignement des langues et de la culture d'origine () ". La déclaration d'intention relative à l'enseignement de l'arabe et de l'histoire-géographie du Maroc dans les établissements d'enseignement français du Maroc a été conclue le 16 novembre 2017 par les gouvernements français et marocain prévoit, en son point 2, que : " Les programmes d'enseignement de ces établissements pourraient comprendre une composante d'enseignement de langue et de culture arabe, d'histoire-géographie et des institutions du Maroc, pourraient être suivis obligatoirement, à tous les degrés (écoles, collèges, lycées) et s'inscrit dans le cadre des projets d'établissements () ". Il est indiqué au point 3 que " 1. Les enseignements de la langue et de la culture arabe, de l'histoire, de la géographie et des institutions du Maroc, pourraient être suivis obligatoirement, à tous les degrés (écoles, collèges, lycées) par les élèves marocains. / 2. Compte tenu de l'hétérogénéité des élèves et de la variété de leurs parcours, certains élèves pourraient obtenir des aménagements en vue de suivre l'enseignement de la langue et de la culture arabes, de l'histoire, de la géographie et des institutions du Maroc en formulant une demande de dérogation adressée au Centre d'études arabes et validée par le Service de coopération et d'action culturelle. / 3. L'enseignement de la langue et de la culture arabes en faveur des élèves non marocains des établissements d'enseignements français au Maroc pourraient être encouragés jusqu'en classe de 6ème et proposé dans les niveaux supérieurs ". Selon le point 5 : " Les volumes horaires hebdomadaires pourraient s'organiser comme suit : - A l'école maternelle et en CP : 3 heures de langue et de culture arabes pour tous les élèves. / - A l'école élémentaire (du cours élémentaire 1ère année au cours moyen 2ème année) : 5 heures de langue et de culture arabes pour les élèves désignés au point 3.1 de la présente déclaration. / 3 heures de langue et de culture arabe pour les élèves désignés au point 3.2 de la présente déclaration () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du courriel du 13 juillet 2021 adressé par la directrice de l'école Paul Cézanne aux requérants, que, pour prendre les décisions attaquées, le centre d'études arabes de l'AEFE a estimé que la jeune B E, qui possède les nationalités française et marocaine, était de nationalité marocaine " au regard des autorités marocaines " et que cette circonstance l'obligeait à suivre cinq heures hebdomadaires d'enseignement en langue arabe, en se fondant sur les éléments contenus dans la déclaration d'intention du 16 novembre 2017.
5. Toutefois, il est constant qu'au regard de la loi française, la fille des requérants possède la nationalité française. L'AEFE, qui est une autorité administrative française, ne pouvait donc que la tenir pour française, et ce d'autant plus que les frais acquittés par M. E et Mme C pour le premier trimestre de l'année scolaire 2021-2022 comportent la mention " droits de scolarité collège élèves français ". En outre, si l'administration fait valoir en défense que le code de la nationalité marocaine fait primer la nationalité marocaine sur la nationalité française s'agissant des binationaux franco-marocains, cette circonstance est sans incidence sur le présent litige, dès lors qu'il n'a pas pour objet de trancher un conflit de nationalités né de la contradiction entre deux lois française et marocaine ni un conflit de compétence juridictionnelle entre la France et le Maroc. Dans ces conditions, le centre d'études arabes de l'AEFE ne pouvait pas rejeter la demande de M. E et Mme C tendant à l'inscription de leur fille en cursus d'anglais langue vivante 1 en lui opposant, sur le fondement des éléments contenus dans la déclaration d'intention précitée du 16 novembre 2017, le fait qu'elle était de nationalité marocaine au regard de la loi marocaine.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E et Mme C sont fondés à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il appartient au juge, lorsqu'il est saisi, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, de conclusions tendant à ce que soit prescrite une mesure d'exécution, de statuer sur celles-ci en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.
8. Les décisions attaquées ont pour objet l'inscription de B E en classe de sixième, section internationale, au lycée Descartes au titre de l'année scolaire 2021-2022, qui est achevée. En outre, les requérants n'apportent aucun élément de fait permettant d'apprécier la situation de leur fille à la date du présent jugement. Il n'y a donc pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'injonction sollicitée.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Les conclusions indemnitaires présentées par les requérants ne sont pas assorties des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent donc, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du centre d'études arabes de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger du 21 mai 2021 est annulée, ensemble celle du 8 juillet 2021.
Article 2 : L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger versera à M. E et Mme C la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et Mme A C et à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bachoffer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Khansari, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
Le rapporteur,
A. KHANSARI
Le président,
B. BACHOFFER La greffière,
S. COULANT
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026