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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2126505

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2126505

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2126505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantATGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2021 complétée par des mémoires enregistrés les 18 février 2022 et 22 juin 2022, Mme B A, représentée par

Me Atger, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 18 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil et ce rétroactivement, dans un délai de 48 heures et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que la décision attaquée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- et n'a pas tenu compte de sa situation de grande vulnérabilité ;

- est entachée d'erreurs de fait et de droit ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la Convention Internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a honoré l'ensemble de ses convocations aux autorités en charge de l'asile.

Une mise en demeure a été adressée à l'OFII le 21 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du

26 juin 2013, ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de M. Hélard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité afghane, a été reçue par les services de la préfecture de police de Paris le 21 octobre 2019 afin de solliciter son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été enregistrée le 28 octobre 2019. Constatant, au vu du résultat du relevé de ses empreintes décadactylaires, que l'intéressée avait précédemment introduit une demande d'asile en Croatie le 29 août 2019, le préfet de police a formé une demande de reprise en charge auprès des autorités croates que ces dernières ont expressément acceptée le 11 novembre 2019. Par un arrêté du 7 janvier 2020, le préfet de police a ordonné le transfert de l'intéressée aux autorités croates. Par une première décision du 19 novembre 2020, l'OFII a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Cette décision a été annulée par un jugement n°2100085 du 21 avril 2022 du tribunal administratif de Paris. Par une seconde décision du 18 octobre 2021 l'OFII a refusé de la rétablir dans ses droits. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette seconde décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour refuser le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B, l'OFII s'est fondé sur le fait que cette dernière ne s'était pas présentée aux convocations des autorités chargées de l'asile dans le cadre de la procédure Dublin. Or, par le jugement susvisé n°2100085 du 21 avril 2022 du tribunal administratif de Paris, passé en force de chose jugée, il a été établi que la requérante s'était présentée à toutes ses convocations dans le cadre de sa procédure de transfert vers la Croatie, et la décision suspendant le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil définitivement annulée.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 18 octobre 2021 portant refus de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation qu'il retient, le présent jugement implique que

Mme B soit rétablie de manière rétroactive dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 19 novembre 2020, date à laquelle elles ont été suspendues, déductions faites des sommes déjà versées par l'OFII à la date de la présente décision. Il y a lieu par suite d'enjoindre à l'OFII de procéder au rétablissement rétroactif des conditions matérielles d'accueil de la requérante dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 18 octobre 2021 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de Mme B à compter du 19 novembre 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, déductions faites des sommes déjà versées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à la date de la présente décision.

Article 4 : L'OFII versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Atger, conseil de la requérante, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sous réserve que Me Atger renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Atger et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Nikolic, présidente,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur, La présidente,

M. CD

La greffière,

V. LAGREDE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2126505/5-

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