mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TRAORE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 13 décembre 2021, le 15 février 2022 et le 13 avril 2022, M. C, représenté par Me Traoré, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée, révélant un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; par ailleurs, le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée par l'avis de l'Office français de l'immigration (OFII) en date du 19 juillet 2021 ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le requérant est éligible au séjour en France en raison de la réunion des circonstances exceptionnelles tirées de la durée de sa présence en France ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, le préfet de police, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 mai 2022.
Vu la décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Paris en date du 18 janvier 2022 admettant M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant congolais né le 24 juin 1989 et entré en France en février 2016, a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 novembre 2021, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le fondement de la demande de M. C, indique que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'il peut voyager sans risque vers la République démocratique du Congo et qu'il ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant de conclure qu'il ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale en France à laquelle sa décision porterait une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Ainsi, l'arrêté attaqué contient bien l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est dès lors suffisamment motivé, alors même qu'il ne mentionne pas tous les éléments de la situation personnelle du requérant avancés par celui-ci.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer la possibilité ou l'impossibilité pour le demandeur de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour lui de bénéficier effectivement de ce traitement dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
5. D'une part, il ne ressort ni des motifs de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de police s'est estimé en situation de compétence liée par l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII pour refuser la délivrance d'un titre de séjour et a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence. D'autre part, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. C, le préfet de police a estimé, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 19 juillet 2021, que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si le requérant produit des certificats médicaux établissant qu'il est suivi pour des troubles psychiatriques, ainsi que diverses ordonnances, ces seuls éléments insuffisamment circonstanciés sur la gravité de son état de santé ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. Il ne démontre pas davantage qu'il n'aurait pas accès au traitement préconisé dans son pays d'origine par la seule production de simples articles de presse. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. C fait valoir qu'il est entré en France en février 2016 et qu'il est père d'un enfant né 3 septembre 2020 à Montfermeil (Seine-Saint-Denis) qui réside sur le territoire français. Toutefois, il n'allègue ni n'établit par la seule production de l'acte de naissance de son enfant et d'une attestation de virement de 30 euros en date du 7 décembre 2021, soit postérieurement à la décision litigieuse, que celui-ci vivrait avec lui en France et qu'il contribuerait à son entretien et à son éducation. En particulier, il ne produit aucune pièce pour démontrer la réalité et l'intensité des liens avec son enfant, qu'il a par ailleurs reconnu tardivement. Il ne justifie pas davantage que la mère de l'enfant serait en situation régulière sur le territoire français. M. C, qui s'est déclaré célibataire et sans charge de famille tant lors de sa demande de titre en préfecture que dans ses déclarations fiscales produites à l'instance, n'apporte par ailleurs aucune précision sur son intégration sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a dès lors pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Ainsi qu'il a été dit au point 7 le requérant n'établit pas vivre avec l'enfant qu'il a reconnu le 8 mars 2021 qui vit en Seine-Saint-Denis. Il ne justifie pas davantage avoir des liens forts avec celui-ci, ni contribuer à son entretien et à son éducation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
10. En cinquième lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Si le requérant soutient d'une part qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants au Congo en raison de son orientation sexuelle, il ne produit à l'appui de sa requête aucun élément probant de nature à attester qu'il encourrait actuellement et personnellement de tels risques en cas de retour dans ce pays alors, au demeurant, que sa première demande tendant au bénéfice du statut de réfugié a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 7 avril 2017 et que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande de réexamen le 29 juillet 2020. D'autre part, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, le requérant n'établit pas qu'il n'aurait pas accès au traitement médical préconisé dans son pays d'origine et qu'il serait en conséquence susceptible de voir son pronostic vital fragilisé en cas de retour, alors même que l'avis médical du collège de l'OFII du 19 juillet 2021 précise que l'interruption éventuelle du traitement médical ne devrait pas avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut ainsi qu'être écarté.
11. En dernier lieu, si M. C fait valoir qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à sa durée de présence sur le territoire français, il est constant que sa demande était fondée uniquement sur les dispositions de l'article L. 425-9 du même code. Ce moyen ne peut dès lors qu'être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Il en va même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et de celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Evgénas, présidente,
Mme Laforêt, première conseillère,
M. Mazeau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
La présidente,
J. EVGENAS
L'assesseure la plus ancienne,
L. LAFORET
La greffière,
M-C. POCHOT
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026