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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127067

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127067

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET FLEURUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Jourdan, demande au tribunal :

1°) d'annuler de la décision du 29 septembre 2021 par laquelle le président de l'Université Paris II Panthéon-Assas a rejeté sa demande de réinscription en première année de master " droit international public " au titre de l'année universitaire 2021-2022, ensemble la décision en date du 15 octobre 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président de l'université Paris II Panthéon-Assas de l'admettre en master 1 " droit international public " ;

3°) de mettre à la charge de l'université Paris II Panthéon-Assas la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 15 octobre 2021 prise sur son recours gracieux est insuffisamment motivée ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'éducation dès lors que l'université Paris 2 Panthéon-Assas ne justifie pas avoir régulièrement fixé les capacités d'accueil du master " droit international public " ni les modalités de sélection y afférentes et que la délibération n'a fait l'objet d'aucune publication ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 612-6-1 du code de l'éducation dès lors que la double sélection est interdite ;

- le président de l'université et la vice-présidente en charge des études et de la formation se sont à tort estimés liés par l'avis négatif rendu par la commission de recrutement ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le président de l'université Paris II Panthéon-Assas conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public,

- et les observations de Me Vilerio, substituant Me Jourdan, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C était inscrit en première année de master mention " droit international public " à l'université Paris II Panthéon-Assas au cours de l'année universitaire 2020-2021. A la suite de son ajournement, il a sollicité l'autorisation de s'inscrire à nouveau en première année de ce même master au titre de l'année 2021-2022. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 29 septembre 2021 par laquelle le président de l'université Paris II Panthéon-Assas a refusé de l'autoriser à se réinscrire en première année de master au titre de l'année universitaire 2021-2022, ensemble la décision du

15 octobre 2021 de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 29 septembre 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'éducation : " Les formations du deuxième cycle sont ouvertes aux titulaires des diplômes sanctionnant les études du premier cycle () / Les établissements peuvent fixer des capacités d'accueil pour l'accès à la première année du deuxième cycle. L'admission est alors subordonnée au succès à un concours ou à l'examen du dossier du candidat () / Les capacités d'accueil fixées par les établissements font l'objet d'un dialogue avec l'Etat () ". Aux termes du IV de l'article L. 712-3 du même code : " Le conseil d'administration détermine la politique de l'établissement. A ce titre : / () 8° Il délibère sur toutes les questions que lui soumet le président, au vu notamment des avis et vœux émis par le conseil académique, et approuve les décisions de ce dernier en application du V de l'article L. 712-6-1 () ". Son article D. 612-36-2 dispose : " Les établissements autorisés par l'Etat à délivrer le diplôme national de master peuvent organiser un processus de recrutement conformément aux dispositions de l'article L. 612-6. Les refus d'admission sont notifiés. Les motifs pour lesquels l'admission est refusée sont communiqués aux candidats qui en font la demande dans le mois qui suit la notification de ce refus. ". Il résulte de ces dispositions que, au sein des universités, le conseil d'administration, auquel il appartient de déterminer la politique de l'établissement, est compétent pour fixer, s'il y a lieu, les capacités d'accueil et les modalités de sélection pour l'accès à la première année du deuxième cycle.

3. Aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables () ".

4. En l'absence de dispositions prescrivant une formalité de publicité déterminée, les actes à caractère réglementaire des organes délibérants d'une université sont opposables aux tiers à compter de la date de leur affichage sur des emplacements dédiés des locaux de cet établissement et permettant de répondre aux exigences d'information des tiers, ou, afin d'assurer une publicité adéquate de ces derniers, de celle de leur mise en ligne, dans des conditions garantissant sa fiabilité, sur le site internet de cette personne publique. Toutefois, compte tenu de l'objet des délibérations et des personnes qu'elles peuvent concerner, d'autres modalités sont susceptibles d'assurer une publicité suffisante. En cas de contestation, il appartient à l'autorité compétente d'établir l'accomplissement régulier des formalités de publicité.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par deux délibérations du

16 décembre 2020 et du 10 mars 2021, le conseil d'administration de l'université Paris II Panthéon-Assas a fixé les capacités d'accueil et les modalités de sélection pour l'accès en première année de master au titre de l'année universitaire 2021-2022, notamment celles relatives à l'accès en première année du master mention " droit international public ". Le requérant soutient que la décision attaquée est dénuée de base légale, dès lors que ces délibérations n'ont pas fait l'objet d'une publicité régulière et n'ont pas été transmises au recteur d'académie de Paris. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les capacités d'accueil, les modalités et les calendriers de recrutement en première année de master en droit sont exposés dans un document intitulé " modalités d'accès aux masters de droit de l'université " disponible sur la page consacrée à cette formation sur le site internet de l'université Paris II Panthéon-Assas. Ce document, qui contient les capacités d'accueil et les modalités de sélection des différentes formations en droit, fait référence aux délibérations du conseil d'administration de l'université du 16 décembre 2020 et du 10 mars 2021. En outre, il ressort des mentions portées sur lesdites délibérations que celles-ci ont été affichées le 5 janvier 2021 et le 22 mars 2021 dans les locaux de l'université. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que ces délibérations ont été transmises au recteur de l'académie de Paris le 5 janvier 2021 et le 17 mars 2021, la production des délibérations revêtues du tampon de l'université et mentionnant la transmission au recteur d'académie faisant foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, l'université Paris II Panthéon-Assas doit être regardée comme ayant assuré une publicité suffisante des délibérations du conseil d'administration du 16 décembre 2020 et du 10 mars 2021 qui, par suite, étaient opposables. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est dénuée de base légale et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'éducation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6-1 du code de l'éducation : " L'accès en deuxième année d'une formation du deuxième cycle conduisant au diplôme national de master est de droit pour les étudiants qui ont validé la première année de cette formation () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les étudiants ajournés à l'issue de la première année de master de " droit international public " devaient, au titre des dispositions transitoires prévues au titre de l'année universitaire 2021-2022, présenter une nouvelle candidature valant redoublement. M. C n'est donc pas fondé à soutenir qu'une procédure spécifique de sélection des étudiants ajournés ou de " double sélection " à l'entrée en première et en deuxième année de master a été mise en place par l'université dont les modalités n'ont pas été publiées et que les dispositions de l'article L. 612-6-1 du code de l'éducation ont ainsi été méconnues.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L.712-2 du code de l'éducation : " Le président assure la direction de l'université. A ce titre : / 1° Il préside le conseil d'administration, prépare et exécute ses délibérations. () 11° () / Le président peut déléguer sa signature à des agents placés sous son autorité. Il peut déléguer une partie de ses pouvoirs aux agents placés sous son autorité désignés pour exercer des fonctions de responsabilité administrative, scientifique ou pédagogique au sein de l'établissement, d'une composante ou d'une unité de recherche. Ces agents peuvent déléguer leur signature à des agents placés sous leur autorité. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions d'admission en première année de master ressortent de la compétence du président de l'université que celui-ci exerce sur proposition d'une commission de recrutement.

9. Si le requérant soutient que le président de l'université a méconnu l'étendue de sa compétence en prenant la décision attaquée, il ressort des termes même de cette décision qu'il a seulement mentionné l'avis de la commission de recrutement et qu'il ne peut être regardé comme s'étant estimé lié par son avis. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le président de l'université, en prenant la décision attaquée de rejet de la demande de réinscription de

M. C, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision du 15 octobre 2021 :

11. Il ressort des termes de la décision du 15 octobre 2021 de rejet du recours gracieux formé par M. C que la vice-présidente en charge des études et de la formation, qui avait reçu délégation du président de l'université, a informé l'intéressé de ce que " la commission de recrutement qui a examiné [sa] situation, a souverainement décidé de ne pas [l'] admettre à redoubler en première année de master au titre de l'année 2021-2022 ". Ainsi, la vice-présidente de l'université doit être regardée comme s'étant estimé liée par l'avis de la commission de recrutement alors que les avis émis par cette dernière ne sont pas des avis conformes. Dans ces conditions, la vice-présidente en charge des études et de la formation a méconnu l'étendue de son compétence et a commis une erreur de droit.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 15 octobre 2021 par laquelle la vice-présidente de l'université Paris II Panthéon-Assas a rejeté son recours gracieux présenté contre la décision du

29 septembre 2021 rejetant sa demande de réinscription en première année de master " droit international " au titre de l'année universitaire 2021-2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que l'université Paris II Panthéon Assas procède au réexamen de la candidature de M. C en première année de master " droit international public ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 1 100 euros, sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 octobre 2021 par laquelle la vice-présidente de l'université Paris II Panthéon-Assas a rejeté le recours gracieux présenté par M. C contre la décision du

29 septembre 2021 de rejet de sa demande de réinscription en première année de master " droit international " au titre de l'année universitaire 2021-2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président de l'université Paris II Panthéon-Assas de réexaminer la situation de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'université Paris II Panthéon-Assas versera la somme de 1 100 euros à M. C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au président de l'université Paris II Panthéon-Assas.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perfettini, présidente,

Mme Liogier, première conseillère,

M. Guiader, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le rapporteur,

V. B La présidente,

D. PERFETTINI

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2127067/1-3

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