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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127174

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127174

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2021, complétée par un mémoire enregistré le 9 août 2022, Mme C A, représentée par Me De Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de la rétablir au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans les 15 jours suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et n'a pas fait l'objet d'un examen particulier de sa situation ;

- elle n'a pas pu bénéficier d'un entretien pour évaluer sa vulnérabilité conformément aux dispositions réglementaires en vigueur ;

- la décision attaquée est, en tout état de cause, illégale par la voie de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors, d'une part, qu'il n'est pas établi qu'elle n'a pas respecté ses obligations vis-à-vis des autorités chargées de l'asile, d'autre part qu'elle ne dispose ni d'un hébergement ni de ressources suffisantes et qu'elle justifie ainsi d'une particulière vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, complété par un mémoire enregistré le 11 août 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019, n° 428530, 428564 ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B

- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.

- Mme A et le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étaient pas présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante ivoirienne née le

22 septembre 1979, a présenté une demande d'asile en France, enregistrée le

15 décembre 2020 au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de police et a été admise le même jour au bénéfice des conditions matérielles d'accueil par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un courrier du 29 septembre 2021, la directrice territoriale de l'OFII lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ses convocations. Par une décision du

20 octobre 2021, l'OFII a effectivement procédé à cette suspension. Par la présente requête Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 20 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de Mme A. Par suite, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites ".

5. En premier lieu, la décision du 20 octobre 2021 par laquelle l'OFII a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme A précise les textes dont il est fait application et indique que l'intéressée n'a pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII, notamment l'obligation de se présenter aux autorités. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, si la requérante soutient que l'OFII a procédé au retrait de ses conditions matérielles d'accueil en méconnaissance de la procédure contradictoire, il ressort des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII a adressé à Mme A un document daté du 29 septembre 2021 valant notification d'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil, par lequel il lui a été indiqué qu'elle bénéficiait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit être écarté.

7.En troisième lieu, Mme A fait également valoir que la décision attaquée aurait dû être précédée d'un entretien de vulnérabilité. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle a bénéficié d'un tel entretien le 15 décembre 2020 lors de l'enregistrement de sa demande d'asile en France. En outre, aucune disposition n'impose que soit portée la mention, sur ce compte-rendu, de l'identité de l'agent qui a conduit l'entretien, lequel en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la capture d'écran versée en défense, extraite de l'application informatique mentionnée à l'article 2 de l'arrêté du 23 octobre 2015 susvisé, comporte l'ensemble des questions figurant dans le questionnaire annexé à cet arrêté, auquel Mme A a répondu. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, Mme A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

9. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de retirer les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de Mme A, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

10. Pour justifier la décision attaquée, le directeur de l'OFII s'est fondé d'une part, sur la circonstance que la requérante n'avait déférée aux convocations des autorités chargées de l'asile, et d'autre part, sur le fait que sa situation personnelle ne faisait apparaître aucune vulnérabilité.

11. Si Mme A conteste avoir manqué à ses obligations à l'égard des autorités de l'asile, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée ne s'est pas présentée le

14 septembre 2021 en vue de son éloignement, sans justifier à cette date d'un motif légitime d'absence. Si elle produit dans le cadre de la présente instance, un certificat médical établi le jour même de sa convocation, le 14 septembre 2020, émanant d'un médecin généraliste, il est rédigé de manière succincte et stéréotypée et ne précise aucunement la nature, la gravité et les conséquences des troubles dont elle souffre et qui aurait justifié son absence à ladite convocation. En outre, si la requérante soutient que la décision attaquée n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité, elle n'apporte toutefois aucune précision, ni aucun élément probant à ce sujet, notamment s'agissant de sa situation familiale ou médicale. Par suite, la décision attaquée n'est entachée ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil

13. Par suite, la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur, Le président,

M. BD

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2127174/5-

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