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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127387

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127387

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET BREILLAT, DIEUMEGARD, MASSON (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2021 Mme B A, représentée par la SCP Breillat, Dieumegard, Masson, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 20 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur l'a assignée à résidence ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser directement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle n'est assortie d'aucune durée;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la fréquence à laquelle elle doit se présenter est disproportionnée au regard de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Par une décision du 27 décembre 2021, le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été refusé à Mme A.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante nigériane née le 11 août 1983 est entrée en France le 5 octobre 2005. Par une décision du 30 janvier 2007, infirmant la décision du 9 février 2006 prise par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), la Commission de recours des réfugiés lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire. Par une décision du 11 décembre 2018, la cour d'appel de Bordeaux a prononcé, à son encontre, une interdiction définitive du territoire français. Par une décision du 15 octobre 2019, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 janvier 2021, l'OFPRA a mis fin à la protection subsidiaire dont elle bénéficiait. Le 20 octobre 2021, le ministre de l'intérieur a pris un arrêté l'assignant à résidence dans le département de la Vienne, à Poitiers, assorti d'une obligation de présentation deux fois par semaine dans un commissariat de cette commune. Par le présent recours, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 27 décembre 2021. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle de la requérante.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence, en application des 7o ou 8o de l'article L. 731-3 ou de l'article L. 731-5 est le ministre de l'intérieur ". D'autre part, l'arrêté du 12 août 2013 portant organisation du secrétariat général du ministère de l'intérieur, régulièrement publié au journal officiel de la République française, prévoit que la direction des libertés publiques et des affaires juridiques comprend notamment la sous-direction des polices administratives, chargée, en particulier, en lien avec la direction générale des étrangers en France, d'élaborer et de mettre en œuvre la réglementation relative à l'éloignement et à l'interdiction du territoire des ressortissants étrangers pour des motifs d'ordre public. Enfin, par une décision du 28 juin 2021 portant délégation de signature au sein de la direction des libertés publiques et des affaires juridiques régulièrement publiée au journal officiel de la République française, une délégation de signature a été accordée par la directrice des libertés publiques et des affaires juridiques à Mme E D, cheffe du bureau du droit et des procédures d'expulsion, placée sous l'autorité du sous-directeur des polices administratives. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

5. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de la requérante.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / () 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; / () ". L'article L. 732-5 du même code dispose que : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 6°, 7° ou 8° de l'article L. 731-3 ou des articles L. 731-4 ou L. 731-5, la durée maximale de six mois prévue à l'article L. 732-4 ne s'applique pas. / () ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 1, il ressort des pièces du dossier que Mme A fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français prononcée par la cour d'appel de Bordeaux le 11 décembre 2018. Par suite, le ministre de l'intérieur pouvait légalement se fonder sur les dispositions précitées pour n'assortir l'assignation à résidence prononcée par l'arrêté du 20 octobre 2021 d'aucune durée.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions précitées, l'arrêté attaqué fait obligation à Mme A de se présenter périodiquement aux services de police de la commune où elle est assignée à résidence. Le ministre de l'intérieur a décidé de fixer la périodicité de cette obligation à une présentation deux fois par semaine, les lundis et vendredis, à 8 heures, cette obligation s'appliquant également aux jours fériés ou chômés. Mme A conteste la proportionnalité de cette mesure en faisant valoir, d'une part, qu'elle est contraignante et injustifiée et, d'autre part, qu'elle porte atteinte à sa vie privée et familiale dès lors qu'elle présente d'importantes difficultés de santé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été condamnée pour des faits de traite des êtres humains aggravée en récidive, proxénétisme aggravé et en récidive et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement. Dès lors, compte tenu de la gravité de ces faits, le caractère contraignant de la mesure contestée apparait justifié. En outre, Mme A ne précise pas en quoi les traitements médicaux qui lui sont prescrits seraient incompatibles avec les modalités, définies par le ministre de l'intérieur, de contrôle de l'arrêté d'assignation à résidence. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que ces modalités seraient disproportionnées avec l'objectif poursuivi.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 20 octobre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

F. C

La présidente,

M-O. LE ROUX La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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