lundi 28 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127390 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | BATAILLE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021 sous le numéro 2127390, et un mémoire, enregistré le 28 juillet 2022, M. B E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés", agissant en qualité de curatrice renforcée, représentés par Me Bataille, demandent au tribunal :
1°) d'admettre M. E à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le ministre de l'intérieur a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il sera expulsé ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de lui restituer son passeport et son titre de séjour en cours de validité, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à Me Bataille sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les arrêtés attaqués sont entachés d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la menace que M. E représenterait pour les intérêts fondamentaux de l'Etat n'est pas caractérisée ;
- ils sont entachés d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 632-1 et L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'urgence absolue n'est pas caractérisée ;
- ils portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ils méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ils sont entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 28 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 septembre 2022.
II. Par une ordonnance n° 2109137 du 23 décembre 2021, la présidente du tribunal administratif de Marseille, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. B E, enregistrée le 21 octobre 2021.
Par cette requête, enregistrée sous le n° 2128255, et un mémoire, enregistré le 28 juillet 2022, M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés", agissant en qualité de curatrice renforcée, représentés par Me Bataille, demandent au tribunal :
1°) d'admettre M. E à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a fixé l'Algérie comme pays à destination duquel il sera expulsé ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Bataille sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté fixant le pays à destination duquel M. E doit être expulsé est entaché d'incompétence ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juillet et 2 septembre 2022, ainsi que par un mémoire distinct, enregistré le 30 juin 2022, non soumis au contradictoire en application des dispositions de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2022.
Vu :
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant algérien né le 16 mars 1968, a fait l'objet d'un arrêté du 16 octobre 2021, par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français en urgence absolue. Par un arrêté du même jour, le ministre de l'intérieur a fixé l'Algérie comme pays de renvoi. Par les présentes requêtes, M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés", celle-ci agissant au titre de la mesure de curatelle renforcée dont le requérant fait l'objet, demandent l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes présentées par M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" sous les n° 2127390 et n° 2128255 concernent la situation du même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y être statué par un même jugement.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
4. Alors que depuis l'introduction de ces requêtes, les 17 et 23 décembre 2021, M. E n'a déposé aucune demande d'aide juridictionnelle, la condition d'urgence requise par l'article 20 précité de la loi du 10 juillet 1991 n'est pas remplie. Il n'y a pas lieu, par suite, d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision prononçant l'expulsion du territoire français :
5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".
6. Pour prononcer la mesure d'expulsion dont fait l'objet M. E, le ministre de l'intérieur a entendu se fonder exclusivement sur les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent l'expulsion du territoire français d'un ressortissant étranger dont le comportement est lié à des activités à caractère terroriste, alors même que l'intéressé justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le ministre de l'intérieur a prononcé l'expulsion de M. E du territoire français aux motifs qu'il est un délinquant multirécidiviste ayant été condamné vingt-et-une fois entre 1988 et 2013, notamment pour des faits de vols, d'infractions à la législation sur les stupéfiants, et de port prohibé d'armes de catégorie 6 ; qu'il a été condamné, le 26 octobre 2020, par le tribunal correctionnel de Marseille, pour des faits de menaces de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un avocat, à une peine d'emprisonnement de trois ans dont dix-huit mois assortis d'un sursis probatoire pendant une durée de deux ans ; et qu'il présente des troubles psychiatriques importants et une addiction aux produits stupéfiants. Il ressort des pièces du dossier que les menaces de mort adressées par M. E, à quinze reprises, entre le 20 septembre et le 17 octobre 2020, sur un réseau social, à l'avocate de certaines parties civiles au procès des attentats terroristes de janvier 2015 contre le journal Charlie Hebdo, expriment par leur teneur une adhésion à l'idéologie islamiste, et étaient assorties de propos haineux à l'égard de la France, légitimant ces attentats ainsi que l'assassinat du professeur C A. Dès lors, le ministre de l'intérieur n'a commis ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. E, alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale pour des faits de terrorisme, devait être regardé comme lié à des activités terroristes au sens de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : 1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée : a) du président du tribunal judiciaire du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ; b) d'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ; c) d'un conseiller de tribunal administratif. Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue. ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " La convocation mentionnée au 2° de l'article L. 632-1 est remise à l'étranger quinze jours au moins avant la réunion de la commission. Elle précise que l'intéressé a le droit d'être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et d'être entendu avec un interprète. () ".
8. M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" font valoir que l'urgence absolue n'est pas caractérisée, dès lors que M. E ne présente pas de dangerosité imminente, que le contexte temporel ne présente pas de circonstances particulières, et que l'administration disposait, compte tenu de l'incarcération de l'intéressé pour une période de dix-huit mois, d'un délai suffisant pour mettre en œuvre la procédure normale d'expulsion. S'il ressort du rapport de l'expert psychiatre qui l'a examiné le 23 octobre 2020 que M. E, ne représentait pas, à cette date, un danger psychiatrique pour lui-même ou pour autrui, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé présente des troubles psychiatriques importants, associés à une addiction aux produits stupéfiants, se manifestant notamment par " une symptomatologie cognitive déficitaire " ainsi que par " une tendance à l'interprétation et à la persécution ", et qu'il a été, pendant son incarcération, placé en unité de soins spécialisés. L'autorité administrative peut légalement prendre en compte l'état de santé mental de l'intéressé comme un élément de nature à caractériser l'existence d'une telle menace à l'ordre public, alors même que cet état n'atteindrait pas un degré de gravité suffisant pour justifier son hospitalisation d'office. En outre, il n'est pas sérieusement contesté que les décisions attaquées ont été prises dans le contexte d'un risque élevé d'attentats en France. Enfin, si le ministre produit, en défense, un rapport de l'administration pénitentiaire relatif au comportement en détention de M. E daté du 1er mars 2021 et indiquant qu'il " pourrait être libérable très prochainement ", il ne ressort pas des pièces du dossier que ce rapport ait été transmis au ministre à une date lui permettant de mettre en œuvre une procédure normale d'expulsion. Dans ces conditions, eu égard au comportement de M. E rappelé au point 6, et alors que l'intéressé était libérable au 20 octobre 2021, le ministre de l'intérieur, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant, à la date à laquelle cette mesure a été prononcée, que son expulsion revêtait un caractère d'urgence absolue au sens de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 632-1 et L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient l'audition de l'intéressé par une commission chargée de donner un avis à l'autorité administrative, dès lors que cette disposition n'est pas applicable en cas d'urgence absolue.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" font valoir que l'intéressé réside en France depuis l'âge de quatre ans, que sa mère ainsi que dix de ses onze frères et sœurs résident en France, et qu'il est dépourvu d'attaches en Algérie, où il se trouvera dans une situation de précarité sociale et sanitaire. Toutefois, M. E, qui est célibataire et sans enfant, n'établit pas entretenir de liens avec sa fratrie, et ne justifie en outre d'aucune insertion sociale ou professionnelle en France. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l'atteinte portée à sa vie privée et familiale n'apparaît pas excessive au regard de l'intérêt public que présente son éloignement du territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.
11. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de M. E doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement.
12. En dernier lieu, M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" ne peuvent utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale à l'appui de conclusions dirigées contre la décision prononçant l'expulsion de M. E du territoire français.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ". Aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. / Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L.212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision. ".
14. Aux termes de l'article R. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application des articles L. 521-2 ou L. 521-3 ainsi qu'en cas d'urgence absolue est le ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense () ".
15. Il ressort des pièces produites en défense, par un mémoire distinct en application des articles L. 773-9 et R. 412-2-1 du code de justice administrative, que l'original de l'arrêté contesté comporte la signature, le prénom et le nom et la qualité de son signataire en caractères lisibles. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
17. Il est constant que M. E est suivi pour des troubles psychiatriques sévères. Les requérants soutiennent qu'en cas de retour dans son pays, ce suivi ne pourra pas être assuré, et produisent un certificat d'un médecin psychiatre établi le 2 mars 2022, qui mentionne la nécessité d'une prise en charge pluridisciplinaire et d'un accompagnement médico-psycho-social. Toutefois, ce même certificat indique que " l'état de santé psychique de ce patient est actuellement stabilisé ". En outre, les requérants ne démontrent pas que M. E ne pourrait pas effectivement bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine. Par conséquent, les requérants n'établissent pas que la prise en charge disponible en Algérie exposerait M. E à des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement.
19. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que le ministre de l'intérieur aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de M. E doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement.
20. En dernier lieu, les moyens tirés de la violation des dispositions des articles L. 631-1, L. 632-1 et L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants à l'appui de conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel M. E doit être éloigné.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction, sous astreinte, et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. E et l'UDAF 13 "service majeurs protégés" sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à l'UDAF 13 "service majeurs protégés", et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.
La rapporteure,
F. D
La présidente,
M.-O. LE ROUX La greffière,
A. CHAPALAIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2128255
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026