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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127445

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127445

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBELYALETDINOVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Belyaletdinova, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler la décision du 7 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation dans un délai de 10 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de défaut de signataire ; elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, les conditions prévues aux articles L. 632-1 et R. 632-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas été respectées, alors même que la situation ne présentait pas d'urgence absolue ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public ; son expulsion ne présente pas d'urgence absolue ;

- elle est constitutive d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 6 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 21 février 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- et les observations de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant russe né le 20 août 1992 à Grozny (Russie), est entré en France le 6 avril 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 12 mai 2021. Par un arrêté du 7 décembre 2021, notifié le même jour, le ministre de l'intérieur a prononcé l'expulsion de du territoire français. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2022. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'insuffisance de motivation :

3. D'une part, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. D'autre part, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que l'arrêté attaqué n'est pas motivé au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le seul arrêté d'expulsion ne fixant par lui-même aucun pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

4. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ".

5. Aucune disposition législative ni aucun principe ne s'oppose à ce que les faits relatés par les " notes blanches " versées au débat contradictoire et qui ne sont pas sérieusement contestés, soient susceptibles d'être pris en considération par le juge administratif.

6. M. C fait valoir qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale, qu'il n'est pas responsable des actes de son entourage et que, au regard de l'ensemble de son comportement, son éloignement du territoire français ne représente pas une urgence absolue. Toutefois, en premier lieu, il ressort de la note blanche produite par le ministre de l'intérieur que M. C fait l'objet d'un signalement des autorités allemandes dans le système d'information Schengen (SIS) pour être entré en contact avec des individus liés à la mouvance islamiste radicale. En deuxième lieu, il est constant que l'entourage de M. C est composé de plusieurs individus connus des services de renseignement pour leur radicalité religieuse, outre ses frères Turpal Ali C, lequel a été éloigné du territoire français en raison de ses liens avec un recruteur de Daech, et Ayub C, engagé au sein de l'organisation Emirat du Caucase en Tchétchénie jusqu'à son décès en 2011. En se bornant à soutenir que les actes de ceux-ci n'engagent pas sa responsabilité, M. C n'établit ni qu'il n'en partagerait pas les idées ni qu'il ne les soutiendrait pas dans leurs actions. En dernier lieu, il n'est pas davantage contesté que M. C est défavorablement connu des services de police en Allemagne, où il lui est reproché onze infractions de droit commun, dont vol avec violence aggravée, vol en bande organisée aggravée, vol à main armée, vol avec effraction, ainsi qu'en France, où il a été mis en examen pour des faits d'enlèvement, séquestration et violences en réunion commis en 2021. Dans ces conditions, au regard de l'ancrage de M. C dans la délinquance et de ses liens avec la mouvance djihadiste, et compte tenu du contexte de menace terroriste élevée sur le territoire national, le ministre de l'intérieur n'a commis ni erreur de droit ni erreur dans l'appréciation des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que la présence de l'intéressé en France constituait une menace grave pour l'ordre public et en ordonnant son expulsion du territoire français en urgence absolue. Le moyen ainsi invoqué doit donc être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :

7. Aux termes de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : 1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée : a) du président du tribunal judiciaire du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ; b) d'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ; c) d'un conseiller de tribunal administratif. Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue ". Aux termes de l'article R. 632-3 du même code : " Sauf en cas d'urgence absolue, l'étranger à l'encontre duquel une procédure d'expulsion est engagée en est avisé au moyen d'un bulletin de notification.

Le bulletin de notification vaut convocation devant la commission d'expulsion mentionnée au 2° de l'article L. 632-2 ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 6, c'est à bon droit que le ministre de l'intérieur a eu recours à la procédure d'urgence absolue pour prononcer l'expulsion de M. C. Par suite, le moyen tiré de ce que les conditions prévues aux articles L. 632-1 et R. 632-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été respectées doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de signataire et de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée :

9. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / Toutefois, les décisions fondées sur des motifs en lien avec la prévention d'actes de terrorisme sont prises dans des conditions qui préservent l'anonymat de leur signataire. Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration. ". Aux termes de l'article L. 773-9 du code de justice administrative : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 sont adaptées à celles de la protection de la sécurité des auteurs des décisions mentionnées au second alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. / Lorsque dans le cadre d'un recours contre l'une de ces décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des formalités prescrites par le même article L.212-1 ou de l'incompétence de l'auteur de l'acte est invoqué par le requérant ou si le juge entend relever d'office ce dernier moyen, l'original de la décision ainsi que la justification de la compétence du signataire sont communiqués par l'administration à la juridiction qui statue sans soumettre les éléments qui lui ont été communiqués au débat contradictoire ni indiquer l'identité du signataire dans sa décision ".

10. En vertu de l'article R. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application de l'article L. 631-1 de ce code est, en cas d'urgence absolue, le ministre de l'intérieur.

11. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense, par un mémoire distinct en application des articles L. 773-9 et R. 412-2-1 du code de justice administrative, que le signataire de l'arrêté attaqué, agent du ministère de l'intérieur, détient une délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les mesures d'expulsion des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du détournement de pouvoir :

12. Le requérant soutient que l'arrêté attaqué est constitutif d'un détournement de pouvoir " dans le but d'assurer une base légale pour [le] garder en rétention administrative et cela au détriment des droits et principes fondamentaux ". Toutefois, le détournement de pouvoir allégué n'est établi par aucune pièce du dossier. Le moyen ainsi invoqué doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le rapporteur,

V. B

La présidente,

M-O. LE ROUX

La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2127445

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