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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2127518

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2127518

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2127518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantANDRIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2127518/5-2 et un mémoire enregistré le 21 décembre 2021 et le

18 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Andrieux, demande au tribunal :

1°) de condamner l'administration à lui verser la somme de 12 120 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'article 2 de son contrat d'engagement, stipulant qu'elle était renouvelée dans ses fonctions du 1er septembre 2019 au 31 août 2022, et de la décision du 15 juin 2021, par laquelle le proviseur du collège Janson de Sailly a mis fin à son engagement à compter du 31 août 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'administration une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration, en fixant sa période d'engagement du 1er septembre 2019 au

31 août 2022, alors qu'elle atteignait la limite d'âge le 23 mars 2021, a commis une faute ;

- la décision mettant fin à son contrat est entachée de vices de procédure, dès lors qu'aucune formalité préalable n'a été prise ;

- la décision est tardive, dès lors que l'administration a prononcé la fin de son engagement à compter du 31 août 2021, en juin 2021 ;

- elle a subi un préjudice financier, à hauteur de 9 120 euros, des troubles dans les conditions d'existence, à hauteur de 1 500 euros, et un préjudice moral, à hauteur de 1 500 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 février 2022 et 31 mars 2022, le recteur de l'académie de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que, étant tenu de mettre un terme au contrat d'engagement de Mme B, en raison de l'atteinte de la limite d'âge pour travailler, l'administration n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité.

Par une ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

15 septembre 2022.

Par un courrier du 23 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires qui, devant être regardées comme tendant à l'engagement de la responsabilité de l'Etat, sont mal dirigées, dès lors que les fautes alléguées résultent des agissements du chef d'établissement, agissant en qualité d'organe exécutif de l'établissement, personne morale distincte de l'Etat, et non en tant que représentant de l'Etat.

II. Par une requête n°2206562/5-2 et un mémoire enregistré le 18 mars 2022 et le

24 mai 2022, Mme C B, représenté par Me Andrieux, réitère ses conclusions dans les mêmes termes, à l'encontre du collège Janson de Sailly, et invoque les mêmes fautes que celles de la requête précédemment visée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, le proviseur du collège Janson de Sailly conclut au rejet de la requête.

Il soutient que, étant tenu de mettre un terme au contrat d'engagement de Mme B, en raison de l'atteinte de la limite d'âge pour travailler, l'administration n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité.

Par une ordonnance du 25 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

5 juillet 2022.

Par une décision du 6 septembre 2021, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 23 mars 1954, admise à la retraite depuis l'année 2016, a été engagée par le collège Janson de Sailly, pour exercer les fonctions d'accompagnant d'élèves en situation de handicap à compter de l'année 2016 lui apportant un complément de rémunération. Par un avenant en date du 31 juillet 2019, elle a été renouvelée dans ses fonctions, du 1er septembre 2019 au 31 août 2022. Par une décision du 15 juin 2021, le chef de l'établissement a mis fin à son contrat à compter du 31 août 2021. Par la présente requête, Mme B demande à être indemnisée des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de cette décision.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées concernent le même agent, présentent à juger des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur la requête N° 2127518 :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'éducation : " Les collèges, les lycées et les établissements d'éducation spéciale sont des établissements publics locaux d'enseignement. () ". Il en résulte que les établissements publics locaux d'enseignement sont dotés d'une personnalité morale distincte de celle de l'État.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 917-1 du code de l'éducation : " Des accompagnants des élèves en situation de handicap peuvent être recrutés pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves, y compris en dehors du temps scolaire. Ils sont recrutés () par les établissements d'enseignement mentionnés au chapitre II du titre Ier et au titre II du livre IV de la deuxième partie (). " Aux termes de l'article R. 421-9 du code de l'éducation, le chef d'établissement agit comme organe exécutif de l'établissement public local d'établissement à l'égard des agents non titulaires.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B, agent non titulaire, accompagnant d'élèves en situation de handicap, recrutée par le collège Janson de Sailly, ne peut demander à engager la responsabilité, au titre de son contrat d'engagement, que de l'établissement public local d'enseignement, personne morale distincte de l'Etat. Ainsi, Mme B, qui s'est bornée à demander la condamnation de " l'administration " auprès du recteur de l'académie de Paris, puis du collège Janson de Sailly, doit être regardée comme ayant demandé la condamnation de l'Etat auprès du recteur.

6. Dès lors, si l'action en réparation adressée au collège Janson de Sailly est recevable, en revanche, celle adressée au recteur de l'académie de Paris, qui doit être regardée comme mettant en cause la responsabilité de l'État, est mal dirigée. Par suite, la requête N° 2127518 doit être rejetée comme irrecevable.

Sur la requête N° 2206652 :

En ce qui concerne le contrat portant renouvellement de Mme B dans ses fonctions :

7. Aux termes de l'article 6-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public : " I. -Sous réserve des exceptions légalement prévues par des dispositions spéciales, la limite d'âge des agents contractuels employés par les administrations de l'Etat, les collectivités territoriales, leurs établissements publics ne présentant pas un caractère industriel et commercial, les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ainsi que par toutes autres personnes morales de droit public recrutant sous un régime de droit public est fixée à soixante-sept ans. "

8. Il résulte de l'instruction que l'établissement public local d'enseignement, qui avait pourtant connaissance de l'âge de Mme B et devait tenir compte de l'impossibilité de l'employer à compter du 23 mars 2021, date de de son soixante-septième anniversaire, ne pouvait fixer le terme de son contrat au-delà de cette date, sans méconnaître les dispositions citées au point 7. Cette illégalité fautive est susceptible d'engager la responsabilité du collège Janson de Sailly.

En ce qui concerne les préjudices :

9. Sauf s'il présente un caractère fictif ou frauduleux, le contrat de recrutement d'un agent contractuel de droit public crée normalement des droits au profit de celui-ci. En revanche, il ne saurait en créer en tant qu'il porterait sur une période postérieure à la limite d'âge, dès lors que la seule survenance de cette limite, définie par voie législative ou réglementaire, entraîne de plein droit la rupture de tout lien entre l'agent concerné et le service. Ainsi, en dehors des hypothèses expressément prévues par les dispositions précitées de l'article 6-1 de la loi du 13 septembre 1984, l'administration ne peut procéder au recrutement ou au maintien en fonctions d'un agent contractuel au-delà de la limite d'âge applicable à l'intéressé. Les décisions administratives individuelles prises en méconnaissance de la règle ainsi énoncée sont entachées d'un vice qui doit les faire regarder comme nulles et non avenues et ne sauraient, en conséquence, faire naître aucun droit au profit des intéressés. De même, le contrat d'engagement d'un agent ayant atteint la limite d'âge ne peut pas davantage faire naître de droits à son profit et doit être également déclaré nul et non avenu.

10. Mme B ayant atteint la limite d'âge le 23 mars 2021, l'administration était tenue de mettre fin, de manière anticipée, à son contrat d'engagement qui était devenu nul et non avenu. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir, au demeurant dans des termes peu circonstanciés, que le collège Janson de Sailly n'aurait pris aucune formalité préalable à sa décision du 15 juin 2021 prononçant la rupture anticipée de son contrat et que cette décision lui aurait été notifiée tardivement. De même, elle n'est fondée à se prévaloir, ni d'un préjudice financier au titre de la perte de la rémunération à laquelle elle aurait pu prétendre si son contrat avait été complètement exécuté, ni de troubles dans ses conditions d'existence ou d'un préjudice moral. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au collège Janson de Sailly.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Paris.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Riou, présidente,

M. Feghouli , premier conseiller,

M. Hélard, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

R. HELARD

La présidente,

C. RIOULa gréffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2127518/5-N°2206562/5-

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