jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127582 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BOVIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 décembre 2021, M. C A, représenté par Me Bovis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le ministre de l'économie et des finances et le ministre de l'intérieur ont prononcé, à son encontre, une mesure de gel de ses avoirs pour une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 562-1 et suivants du code monétaire et financier ;
- le gel ininterrompu de ses avoirs depuis 2019 porte une atteinte grave et manifestement disproportionnée à son doit à la propriété ; elle est disproportionnée dans le temps, alors même qu'il ne représente plus une menace à l'ordre public, et dans les effets qu'elle produit, puisqu'elle fait obstacle à sa réinsertion sociale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001 ;
- la position commune 2001/931/PESC du Conseil du 27 décembre 2001 ;
- le code monétaire et financier ;
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision n° 2015-524 QPC du 2 mars 2016 du Conseil constitutionnel ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 17 juin 2021, le ministre de l'intérieur, conjointement avec le ministre chargé de l'économie et des finances, a, en application des articles L. 562-2 et suivants du code monétaire et financier, décidé de renouveler le gel des avoirs de M. A pour une durée de six mois, au motif que son activité au sein de l'association " Killuminateam - Les soldats dans le sentier d'Allah " et sa proximité avec le fondateur de celle-ci, M. E B, doivent être regardées comme " incitant à la commission d'acte de terrorisme ". M. A demande l'annulation de l'arrêté pris à son encontre.
2. Aux termes de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier : " Le ministre chargé de l'économie et le ministre de l'intérieur peuvent décider, conjointement, pour une durée de six mois, renouvelable, le gel des fonds et ressources économiques : / 1° Qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales, ou toute autre entité qui commettent, tentent de commettre, facilitent ou financent des actes de terrorisme, y incitent ou y participent () ". Aux termes de l'article L. 562-1 du même code : " Pour l'application du présent chapitre, on entend par : / 1° "Acte de terrorisme": les actes définis au 4° de l'article 1er du règlement (UE) no 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001 concernant l'adoption de mesures restrictives spécifiques à l'encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ; () ". Ces dispositions renvoient elles-mêmes à la définition qui figure à l'article 1er, paragraphe 3, de la position commune 2001/931/PESC, aux termes duquel : " Aux fins de la présente position commune, on entend par "acte de terrorisme", l'un des actes intentionnels suivants, qui, par sa nature ou son contexte, peut gravement nuire à un pays ou à une organisation internationale, correspondant à la définition d'infraction dans le droit national, lorsqu'il est commis dans le but de : / i) gravement intimider une population, ou / ii) contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s'abstenir d'accomplir un acte quelconque, ou / iii) gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d'un pays ou d'une organisation internationale : / a) les atteintes à la vie d'une personne, pouvant entraîner la mort; / b) les atteintes graves à l'intégrité physique d'une personne ; / c) l'enlèvement ou la prise d'otage ; / d) le fait de causer des destructions massives à une installation gouvernementale ou publique, à un système de transport, à une infrastructure, y compris un système informatique, à une plate-forme fixe située sur le plateau continental, à un lieu public ou une propriété privée susceptible de mettre en danger des vies humaines ou de produire des pertes économiques considérables ; / e) la capture d'aéronefs, de navires ou d'autres moyens de transport collectifs ou de marchandises ; / f) la fabrication, la possession, l'acquisition, le transport, la fourniture ou l'utilisation d'armes à feu, d'explosifs, d'armes nucléaires, biologiques ou chimiques ainsi que, pour les armes biologiques ou chimiques, la recherche et le développement ; / g) la libération de substances dangereuses, ou la provocation d'incendies, d'inondations ou d'explosions, ayant pour effet de mettre en danger des vies humaines ; /h) la perturbation ou l'interruption de l'approvisionnement en eau, en électricité ou toute autre ressource naturelle fondamentale ayant pour effet de mettre en danger des vies humaines ; / i) la menace de réaliser un des comportements énumérés aux point a) à h) ; / j) la direction d'un groupe terroriste ; / k) la participation aux activités d'un groupe terroriste, y compris en lui fournissant des informations ou des moyens matériels, ou toute forme de financement de ses activités, en ayant connaissance que cette participation contribuera aux activités criminelles du groupe. / Aux fins du présent paragraphe, on entend par "groupe terroriste", l'association structurée, de plus de deux personnes, établie dans le temps, et agissant de façon concertée en vue de commettre des actes terroristes. Les termes "association structurée" désignent une association qui ne s'est pas constituée par hasard pour commettre immédiatement un acte terroriste et qui n'a pas nécessairement de rôles formellement définis pour ses membres, de continuité dans sa composition ou de structure élaborée. ".
3. Aucune disposition législative ni aucun principe ne s'oppose à ce que les faits relatés par les " notes blanches " versées au débat contradictoire et qui ne sont pas sérieusement contestés, soient susceptibles d'être pris en considération par le juge administratif.
4. D'abord, il est constant que M. A a été un membre actif de l'association " Killuminateam. Les soldats sur les sentiers d'Allah ", au sein de laquelle il a participé à de nombreuses manifestations et est apparu sur plusieurs clips vidéo diffusés sur internet. Cette association a été dissoute par décret du 26 février 2020, sur le fondement de l'article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure, aux motifs que cette association " affiche comme références des personnes légitimant le djihad armé et manifeste un soutien explicite à des organisations dissoutes en raison de leur soutien à des organisations terroristes ; qu'elle diffuse sur internet des vidéos citant des passages du Coran sur lesquels s'appuient certains djihadistes afin de légitimer la guerre sainte et évoquant les attentats commis notamment sur le sol français sous le seul prisme conspirationniste ; () que les propos tenus en ligne par les membres et sympathisants de l'association envers ceux qu'ils considèrent comme leurs ennemis sont particulièrement virulents et constituent de véritables appels à la violence, au meurtre ou au djihad armé, certains d'entre eux faisant, en outre, l'apologie d'organisations terroristes ou de la mort en martyr ; que les dirigeants de l'association ne procèdent à aucun retrait ou modération de ces propos ; que la violence des images diffusées et des discours ainsi tenus, en ligne ou à l'occasion des diverses manifestations organisées par l'association caractérisent des agissements perpétrés en vue de provoquer des actes de terrorisme ". Ensuite, il ressort des notes blanches produites par les services de renseignement et auxquelles le requérant n'a pas répliqué que celui-ci, après la dissolution de l'association, a soutenu publiquement son fondateur, dont il a été le témoin de mariage, accusé le ministre de l'intérieur d'avoir " inventé toutes ces histoires ", organisé un rassemblement de soutien en sa qualité de président de l'association " La communauté des enfants soldats " et participé à une manifestation interdite de la Ligue de défense noire africaine. Enfin, il n'est pas contesté par le requérant qu'il est l'employé de la société de transports avec chauffeur dirigée par le co-fondateur de l'association Killuminateam et, si M. A fait valoir que l'arrêté contesté l'a empêché de donner suite à la promesse d'embauche d'une autre société, où il devait travailler en qualité de cuisinier, il n'explique pas les motifs de ce refus. Dans ces conditions, c'est sans commettre ni erreur de fait ni erreur dans l'appréciation de l'actualité de la menace à l'ordre public que représente M. A que le ministre de l'intérieur a pris, conjointement avec le ministre chargé de l'économie et des finances, la décision attaquée.
5. Si les dispositions précitées de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier comportent une restriction à l'usage du droit de propriété, cette restriction est fondée sur un but légitime, tiré du maintien de l'ordre public, de la préservation de la sécurité et de la sûreté publiques et de la prévention d'infractions en matière d'actes terroristes. Une telle restriction est nécessaire afin d'atteindre efficacement le but poursuivi. En l'espèce, compte tenu des faits précédemment mentionnés, les restrictions à l'usage du droit de propriété de M. A, pour une durée de six mois, prévu par la mesure de police attaquée, ne présente pas de caractère disproportionné aux buts poursuivis. En outre, il n'est pas contesté que M. A n'a sollicité aucun dégel partiel de ses avoirs auprès du ministre chargé de l'économie et des finances alors que celui-ci peut, en application de l'article L. 562-11 du même code, autoriser en tout ou partie, les dépenses de loyer, les remboursements d'emprunts, les abonnements aux fournisseurs d'énergie, les abonnements liés aux transports publics, les frais de syndic, les dépenses liées à la scolarité des enfants, les dépenses liées à la santé, les taxes, impôts, redevances dus aux administrations et les virements entre les comptes gelés appartenant au requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait disproportionnée au regard de la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Duchon-Doris, président,
M. Perrot, conseiller,
M. Palla, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
V. D
Le président,
J-C. DUCHON-DORIS La greffière,
L. THOMAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026