mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2127785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ARVIS |
Vu la procédure suivante :
I une requête enregistrée le 22 décembre 2021, complétée un mémoire enregistré le 1er avril 2022, Mme C E, représentée I Me Arvis, demande au tribunal:
1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 I laquelle l'adjoint au directeur de l'Institution nationale des Invalides a, d'une part, refusé son intégration au sein de cette administration et, d'autre part, prolongé son détachement du 1er juillet 2021 au
21 janvier 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 25 novembre 2021 I laquelle l'adjoint au directeur de l'Institution nationale des Invalides a mis fin à son détachement à compter du
1er février 2022 ;
3°) d'enjoindre à l'Institution nationale des Invalides et au ministère des armées de prononcer son intégration dans le corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés du ministère des armées dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-les décisions contestées ont été signées I une autorité incompétente ;
-la décision du 2 juin 2021 de l'Institution nationale des Invalides a prononcé son intégration dans le corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés du ministère des armées, et qu'ainsi cette décision ne pouvait être légalement retirée I la décision contestée du 21 octobre 2021 ;
- contrairement à ce que soutient l'administration, elle a bien sollicité son intégration au sein de l'Institution nationale des Invalides dès le 31 mars 2021 puis une nouvelle fois le 31 septembre 2021, soit pendant la durée de prolongation de son détachement ;
- l'Institution nationale des Invalides était parfaitement satisfaite de son travail et a, en tout état de cause, fait un mauvais usage des dispositions de la loi du 5 août 2021, lesquelles ne peuvent fonder un refus d'intégration fondé sur l'absence de présentation d'un schéma vaccinal complet, mais seulement une suspension des agents concernés ;
I un mémoire enregistré le 17 février 2022, l'Institution nationale des Invalides conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, d'une part, que les conclusions dirigées contre l'avis rendu le
2 juin 2021 sont irrecevables et que, d'autre part, les moyens exposés I la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-631 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendus, au cours de l'audience publique:
- le rapport de M. Feghouli,
- les conclusions de Mme Florence Nikolic, rapporteure publique,
- les observations de Me Bourgeois, représentant Mme E
- le directeur de l'Institution nationale des invalides n'était pas présent, ni représenté.
1. Mme E C, infirmière titulaire de la fonction publique hospitalière en poste à l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, a été détachée à compter du
1er juillet 2020 dans le corps des infirmières civiles du ministère de la défense au sein de l'Institution nationale des invalides. Le 2 juin 2021, son administration d'accueil se prononce favorablement sur sa demande d'intégration. Compte tenu des obligations nées de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, et faute pour la requérante d'établir la preuve du respect de son obligation vaccinale, l'Institution nationale des Invalides, I une décision du 21 octobre 2021, informe la requérante de son refus de l'intégrer et prolonge son détachement du 1er juillet 2021 au 21 janvier 2022. I une seconde décision, en date du 25 novembre 202, l'Institution nationale des Invalides met fin à son détachement à compter du 1er février 2022. Mme E demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur la fin de non-recevoir soulevé I l'Institution national des invalides :
2. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, aucune des conclusions présentées I la requérante n'est dirigée contre l'avis rendu le 2 juin 2021 I l'Institution nationale des Invalides. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée I l'Institution nationale des Invalides doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. I une décision du 1er février, M. B D, directeur de l'Institution nationale des Invalides, a donné délégation à M. G A, son adjoint, pour signer l'ensemble des actes relevant de sa compétence, au nombre desquels figure la gestion des personnels, conformément aux dispositions de l'article L. 622-3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait
4.Aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite / () A l'expiration de son détachement, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réintégré dans son corps d'origine () ". Aux termes de l'article 22 du décret du 16 septembre 1985 : " Trois mois au moins avant l'expiration du détachement de longue durée, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement du détachement ou de réintégrer son corps d'origine. / Deux mois au moins avant le terme de la même période, l'administration ou l'organisme d'accueil fait connaître au fonctionnaire concerné et à son administration d'origine sa décision de renouveler ou non le détachement ou, le cas échéant, sa proposition d'intégration () ". Aux termes de l'article 57 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires peuvent, sur leur demande ou avec leur accord, être intégrés dans le corps ou emploi de détachement dans les conditions prévues I le statut particulier de ce corps ou emploi ". Aux termes de l'article de l'article 58-1 de la même loi : " Le fonctionnaire peut être intégré directement dans un corps de niveau comparable à celui de son corps ou cadre d'emplois d'origine, ce niveau étant apprécié au regard des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues I les statuts particuliers. L'intégration directe est prononcée I l'administration d'accueil, après accord de l'administration d'origine et de l'intéressé, dans les mêmes conditions de classement que celles afférentes au détachement ". Enfin, aux termes de l'article 26 du décret n° 2014-847 du 28 juillet 2014 portant statut particulier du corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés du ministère de la défense: " Les fonctionnaires placés en position de détachement dans le corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés peuvent être à tout moment intégrés sur leur demande. Au-delà d'une période de détachement de cinq ans, l'intégration est de droit. Les services accomplis dans le corps ou cadre d'emplois d'origine sont assimilés à des services accomplis dans le corps des infirmiers civils en soins généraux et spécialisés ".
5. Aux termes de l'article 12 de la loi susvisée du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () / () II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. () / III. - Le I ne s'applique pas aux personnes chargées de l'exécution d'une tâche ponctuelle au sein des locaux dans lesquels les personnes mentionnées aux 1°, 2°, 3° et 4° du même I exercent ou travaillent () ". Aux termes de l'article 13 de cette même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / I dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. / () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. () / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont () agents publics. () / () V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 I les personnes placées sous leur responsabilité. () ". Et aux termes de l'article 14 de cette même loi : " I. - A. - A compter du lendemain de la publication de la présente loi et jusqu'au 14 septembre 2021 inclus, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises I le décret mentionné au II de l'article 12 ou le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination I la covid-19 prévu I le même décret. / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises I le décret mentionné au II de l'article 12 ().
En ce qui concerne la décision du 21 octobre 2021 I laquelle l'adjoint au directeur de l'Institution nationale des Invalides a refusé l'intégration de la requérante et prolongé son détachement du 1er juillet 2021 au 21 janvier 2022 :
6.La requérante soutient qu'elle a été intégrée dans le corps des infirmières civils du ministère de la défense I une décision de l'Institution nationale des Invalides du 2 juin 2021 et qu'ainsi la décision du 21 octobre 2021 retire illégalement une décision créatrice de droit. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date du 2 juin 2021 seul un courrier faisant mention de l'avis favorable de l'Institution nationale des Invalides suite à la demande d'intégration de la requérante était communiqué " pour agrément " à la direction des ressources humaines de l'Hôpital Georges Pompidou, administration d'origine de la requérante. Il n'est, en outre, pas établi que l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris ait répondu à ce courrier ni que le ministère des armées et l'Institution nationale des Invalides n'aient formellement pris la décision d'intégrer la requérante dans le corps des infirmières civiles du ministère de la défense. I suite, le moyen tiré du retrait illégal d'une décision créatrice de droit doit être écarté.
En ce qui concerne la décision du 25 novembre 2021 I laquelle l'adjoint au directeur de l'Institution nationale des Invalides a mis fin au détachement de la requérante à compter du 1er février 2027. Le fonctionnaire détaché n'a pas de droit au maintien de son détachement, auquel il peut être mis fin à tout moment pour des motifs tirés de l'intérêt du service, le juge n'exerçant sur cette décision qu'un contrôle restreint. Il en va de même s'agissant de la décision de non-renouvellement du détachement, qui ne doit pas être entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du fonctionnaire.
8. En l'espèce, l'Institution nationale des Invalides a motivé son refus de renouveler le détachement de Mme E I le motif que cette dernière n'avait pas présenté la preuve du respect de son obligation vaccinale. Il ressort en effet des pièces du dossier que la requérante relève des obligations prévues I les dispositions de la loi
n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, notamment son article 14 B qui exige des personnels soignants la preuve d'au moins une première dose de vaccination au plus tard le 15 septembre 2021, ou à défaut la production d'un certificat de rétablissement ou d'un certificat médical de contre-indication à la vaccination. Il est constant que ses obligations légales ont été rappelées à la requérante I un premier courrier en date du 16 septembre 2021, puis de nouveau I la décision contestée du 21 octobre 2021 et que la circonstance que la requérante ait été en congés maladie est sans incidence sur ses obligations en la matière. Il n'est pas davantage contesté qu'en dépit de ces avertissements, à la date de la décision contestée, la requérante n'a pas fourni de certificats de vaccination ou rétablissement ni justifié en quoi son état de santé empêchait le respect des obligations légales en cause. Dans ces conditions, compte des missions de la requérante au sein de l'Institution nationale des Invalides, son directeur a pu, sans se fonder sur des faits matériellement inexacts et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, décider dans l'intérêt du service de refuser de renouveler le détachement de la requérante.
9.Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à contester les deux décisions attaquées. I suite, ses conclusions à fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées I l'Institution nationale des Invalides :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de l'Institution nationale des Invalides présentées sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'Institution nationale des Invalides présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, au ministre des armées et au directeur de l'Institution nationale des Invalides.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Duchon-Doris, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public I mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur, Le président,
M. FEGHOULIJ.C DUCHON-DORIS
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026